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    apic/enquête/coopérants de retour en Suisse

    APIC - enquête

    Comment revivre dans son propre pays?

    Après avoir vécu dans le tiers monde,

    le retour "nostalgique" des coopérants

    Bernard Bavaud, Agence APIC

    Fribourg, 11octobre(APIC) Atterrissant à Cointrin ou à Kloten, riches

    d’une expérience humaine qui les ont marqués pour la vie, les coopérants

    suisses gardent un bout d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie attaché à

    leur coeur. La réinsertion dans la vie suisse ne peut donc se faire que par

    paliers. Il faut redécouvrir son propre pays. Enquête sur ce vague à l’âme

    et sur la manière de se replonger dans ses racines helvétiques.

    Marie-Pascale et Maurice Clerc-Roduit, logopédiste et ingénieur-agronome, habitent Ecuvillens, près de Fribourg. Maurice est maintenant professeur à l’Ecole cantonale d’agriculture de Grangeneuve. Anciens volontaires

    "Frères sans frontières", ils ont vécu durant huit ans un projet passionnant avec des paysans de la région de Hinche en Haïti en lien avec une

    communauté de religieux haïtiens. Ils ont de plus adopté trois enfants de

    l’île des Caraïbes. Le retour et la réintégration, à leurs yeux, se sont

    relativement bien passés: "Nous avons reçu un accueil chaleureux de nos familles et de nos amis, mais nous avons eu la chance de retrouver rapidement

    du travail. Nous avons surtout rencontré des gens en Suisse engagés dans un

    mouvement de solidarité avec le Sud. Cela nous a donné envie de cheminer

    avec eux".

    "Le retour au pays, c’est très dur, entend-on souvent", poursuivent Marie-Pascale et Maurice. Serait-ce un cliché? Pas tout à fait. Il faut admettre que la Suisse quittée n’était pas la même que celle retrouvée au retour. Mais si l’on revient avec cette idée fixe que la réinsertion sera

    difficile, alors effectivement: "Bonjour le mal du pays du Sud que tu viens

    de quitter!. Il faut se secouer un peu et accepter de réapprendre à vivre

    avec les gens de son pays natal".

    Ne pas perdre l’expérience vécue dans les pays du Sud

    Marie-Pascale et Maurice ont découvert à leur retour des gens et des organisations soucieuses "de capitaliser" l’expérience vécue par les volontaires suisses durant leur séjour au Sud. Afin que ce vécu ne se perde pas.

    Les futurs volontaires qui se préparent à partir pour le tiers monde doivent connaître le positif et négatif d’un projet de développement, comme

    les partenaires du Sud pouvoir améliorer leurs rapports avec les gens du

    Nord.

    Autre satisfaction: leurs enfants, qui étaient les premiers "Noirs" dans

    les villages de Posieux et d’Ecuvillens, ont été bien accueillis par la population locale. Pas de méfiance, pas de racisme. Les gens s’extasient facilement sur la beauté et le charme de ces petits. Une question vient cependant naturellement à l’esprit: Si les parents étaient également noirs,

    l’accueil aurait-il été le même ?

    Les Clerc ont aussi rencontré quelques déceptions: D’anciens coopérants

    et volontaires en Haïti - pas tous - certes s’intéressent aux projets de

    développement dans ce pays, mais semblent peu critiques sur le rôle - souvent néfaste - des pays du Nord, spécialement des Etats-Unis, dans la crise

    sociale et politique que vit actuellement Haïti.

    Comment ont-ils retrouvé la Suisse?

    Ce qui les a le plus frappés, en rentrant en Suisse, c’est la réelle

    prise de conscience écologique. Elle a véritablement fait un bond en avant.

    Mais au niveau de l’intensification de la solidarité avec le Sud, il leur

    semble percevoir plutôt un tassement, une sorte de lassitude. Effet de la

    crise économique? Racisme non exprimé, mais bien réel, xénophobie comme l’a

    révélé la campagne des opposants à la loi anti-raciste du 25 septembre?

    Pourtant leur vie quotidienne en Haïti a créé de si fortes et de si belles

    relations avec un peuple pauvre qui lutte pour sa dignité qu’elle les motive à ne pas trop s’installer. Avec d’autres, ils restent mobilisés pour

    établir des relations plus justes entre les pays du Nord et du Sud.

    Pierre-Yves Maillard, secrétaire général de Frères sans frontières (FSF)

    à Fribourg, qui a travaillé autrefois en République Centrafricaine et au

    Liban, souhaite que la parole soit donnée le plus possible aux volontaires

    de retour, détenteurs d’une expérience unique: "Ils ont vécu l’échange interculturel, non pas en théorie, mais avec des personnes avec lesquels ils

    gardent des liens profonds, très longtemps après leur retour, voire leur

    vie entière. Ils sont des acteurs potentiels de changement, parce qu’ils

    sont des témoins crédibles du Sud ici en Europe".

    Le séjour outre-mer n’est pas une parenthèse

    "La justice, l’équité dans les relations Nord-Sud, sont des valeurs pour

    lesquelles il vaut la peine de se battre. Les volontaires ont un vécu intéressant à transmettre. Pour le volontaire qui rentre en Suisse, poursuit

    Pierre-Yves Maillard, son séjour outre-mer ne veut pas être une parenthèse.

    C’est un choix de vie. Les ONG d’envoi sont d’ailleurs souvent ressenties

    par les volontaires comme une famille spirituelle et idéologique où ils aiment se retrouver.

    Pour satisfaire ce souhait, FSF a amélioré la formule de l’entretien-bilan, qui consiste à écouter les expériences et le vécu de plusieurs volontaires rentrés dernièrement. Ce contact réciproque est vécu en général avec

    beaucoup de bonheur. Actuellement, cette session des rentrants, d’une durée

    de trois jours, est d’abord une sorte de plage d’échanges où les gens peuvent se transmettre les joies et les épreuves de leur projet. La deuxième

    journée essaye de prendre en compte certains aspects du vécu partagé la

    première journée pour le systématiser en des outils de travail et d’analyse. Le troisième jour est animé par des ex-volontaires rentrés depuis plusieurs années. Ces derniers expliquent le parcours qu’ils ont fait eux-mêmes: leur réinsertion en Suisse, comment ils ont repris leur ancien métier

    ou assez souvent, comment ils se sont engagés ailleurs dans d’autres ONG

    suisses, par exemple Caritas, le CICR, ou des organisations s’occupant de

    réfugiés.

    La tentation de repartir

    Pour plusieurs rentrants, la réinsertion est hésitante, souvent assez

    douloureuse. Car lors des premières semaines en Suisse, il y a pour quelques-uns la grande tentation de repartir dans le tiers monde. Après les

    premiers échanges chaleureux avec des parents ou des amis chers, les rentrants sentent la rigueur d’une société plus froide. Un certain dépaysement

    s’installe. On les dirait un peu "déboussolés". Ils s’achoppent à un rythme

    de vie plus rapide, plus stressant, marqué terriblement par un style de

    compétitivité et une volonté manifeste de rendre les gens productifs. Et

    cela les choque.

    Les volontaires de retour, poursuit le secrétaire général, ont besoin de

    partager. Ils rencontrent parfois quelques personnes intéressées à écouter

    leur expérience. Mais aussi une grande masse indifférente et qui, à part

    quelques questions banales sur la géographie ou le climat du pays tropical

    en question, n’est pas prête à comprendre le chemin intérieur, voire la

    transformation humaine et politique opérées par les années vécues. Ajoutez

    à cela, le poids administratif nécessaire: rechercher un appartement, s’inscrire dans une commune ou peut-être s’annoncer au chômage: Un certain désarroi s’installe.

    Il est cependant possible de sortir des difficultés rencontrées. En

    Suisse aussi, on peut trouver un nouvel équilibre et des raisons de vivre

    en continuité avec ce qui a été vécu outre-mer. Des rentrants offrent

    joyeusement leur collaboration au comité ou à une commission de l’ONG d’envoi.

    Les questions matérielles

    Un mouvement comme FSF a aussi la responsabilité d’accorder un cadre matériel d’accueil et de réintégration socio-professionnelle. Les coopérants

    partis dans un cadre de volontariat rentrent dans une période de crise économique avec un marché du travail plus restreint qu’autrefois. Certes un

    pécule de reclassement permet d’assurer matériellement les premiers mois de

    vie en Suisse. Un nouveau pas a été fait. Un Fonds social, grâce à une donation de la Direction de la coopération au développement et de l’aide

    humanitaire (DDA), permet dès le 7e mois, de faire bénéficier les volontaires d’une petite prestation salariale complétant l’allocation de chômage.

    D’office, la plupart s’inscrivent au chômage. Le Fonds social est un complément, car l’allocation de chômage fait le 80% de 1’500 francs environ,

    car ils ne sont pas payés en fonction du salaire de leur ancienne profession avant leur départ outre-mer mais sur leur dernier salaire de volontaire.

    Ce "vague à l’âme" persistant...

    Brunella Brazzola, ancienne coopérante en Colombie, actuellement responsable du Centre d’information et d’orientation pour les coopérants (Cinfo)

    à Bienne, rejoint l’analyse faite par Pierre-Yves Maillard. "Les personnes

    qui rentrent d’une expérience quelque part en Afrique, en Amérique latine

    ou en Asie se retrouvent en Suisse enrichies par les rencontres humaines,

    pleines de couleurs et d’expériences qui les ont souvent changées. C’est

    avec "le vague à l’âme" et le souvenir d’autres mondes, d’autres cultures

    et d’autres gens qu’elles arrivent ici sans plus savoir très bien où est

    leur "chez soi". Le retour représente donc une phase pleine d’émotions et

    de sensibilités diverses. La Suisse n’a été, tout au long du séjour à

    l’étranger, qu’un point de référence bien lointain, petit comme la grandeur

    réelle de ce pays sur la carte du monde".

    Une fois arrivées ici, continue la Tessinnoise Brunella Brazzola, "l’envie d’échanger et de faire connaître ce qu’elles ont vécu est prioritaire

    au début. Avant de s’occuper de se réinsérer (trouver un logement ou un

    boulot, inscrire les enfants à l’école, comprendre ce qui a changé entre

    temps en Suisse ou en Europe), il est nécessaire de vivre le choc culturel

    du retour qui est souvent plus rude que celui du départ et de l’arrivée

    dans une culture différente de la sienne. Mais cette étape nouvelle de

    transition, pour qu’une expérience de la vie se ferme et qu’une autre commence de façon créatrice et satisfaisante, doit pouvoir bénéficier d’un accueil et d’une écoute suffisants. Cinfo essaye d’offrir son appui à cette

    réinsertion. Mais il voudrait aussi s’efforcer de renforcer, petit à petit,

    un réseau de personnes de retour en Suisse qui puissent d’un côté animer

    les groupes de celles qui partent pour le Sud, et d’autre part être actives

    dans les associations qui s’engagent en Suisse pour des relations Nord-Sud

    plus équitables". (apic/ba)

    E N C A D R E

    Depuis sa création, il y a quatre ans, Cinfo est le Centre d’information

    et d’orientation pour les professions relatives à la coopération au développement (CDD) et à l’aide humanitaire (AH). Cinfo informe sur les possibilités de collaboration avec les organisation gouvernementales ou non gouvernementales (ONG), en Suisse et à l’étranger. Le Centre offre des services de consultation et d’information concernant les possibilités existantes

    de perfectionnement professionnel et de formation continue, au retour des

    coopérants.

    Cinfo existe depuis 1990 et il est soutenu par une fondation dont les

    membres sont la Confédération suisse, Intercoopération, Helvetas, Swissconctact, Institut universitaire d’études de développement (IUED), Unité,

    Communauté de travail des organismes de développement et l’Association

    suisse pour l’orientation scolaire et professionnelle. Les activités de

    Cinfo sont financées par la DDA. Son siège se trouve à Bienne et son personnel est composé d’une dizaine de personnes.

    Cinfo se veut un lieu de rencontre pour les personnes de retour et souhaite leur offrir un accompagnement individualisé alors qu’elles sont encore à l’étranger. Au moment de leur arrivée en Suisse, Cinfo peut les appuyer dans une première évaluation de leur situation personnelle et professionnelle et les orienter dans leurs premières démarches pratiques.

    Un petit manuel pratique intitulé: "Retour? Retour! Retourner...", vient

    d’être édité par Cinfo. On peut choisir la version française, allemande ou

    italienne. Il est destiné à tous les coopérants de retour. Cinfo publie

    également mensuellement le bulletin "cinfoposte" qui recense les postes de

    travail vacants en Suisse et à l’étranger offerts par les organisations

    membres de la fondation. (apic/ba)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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