Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    APIC - ENQUETE (010293)

    Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

    Nouvelle campagne de Benetton: avec la collaboration de Caritas Suisse

    Controverses au sein des Caritas nationales européennes

    L’humanitaire et la pub ne font pas bon ménage

    Fribourg, 1erfévrier(APIC) "Je veux récupérer mes habits": Benetton ne

    faillit pas à son agressivité publicitaire. Le sénateur italien Benetton se

    charge de le proclamer, en apparaissant nu sur l’affiche de la nouvelle

    campagne. La multinationale vise à récupérer dans ses 5’500 magasins les

    vêtements dont les clients ne savent que faire. Pour les remettre à Caritas

    Suisse, notamment. Le mariage de l’humanitaire et de la pub. Une union qui

    file du mauvaus coton et provoque la controverse au sein des Caritas nationales européennes.

    A peine lancée, la nouvelle campagne publicitaire de Benetton provoque

    des remous. Du côté des Caritas nationales, principalement, aujourd’hui divisées sur la question de la collaboration à laquelle Benetton les a appelées à participer. Sept d’entre elles n’y ont vu aucun inconvénient. Les

    autres, en grande majorité ont refusé. Certaines invoquant le manque de

    structures, d’autres des raisons d’ordre moral et éthique. Au centre du mécontentement: Caritas Suisse, principale collaboratrice de Benetton dans

    cette campagne. Commencée la semaine dernière, la campagne Benetton pourrait connaître un temps d’arrêt en Belgique. Un tribunal de Bruxelles, sur

    plainte de la Caritas locale, a ordonné vendredi de retirer toute mention

    de Caritas dans la publicité de la multinationale. L’indignation n’est pas

    moins grande au sein des Caritas française et italienne notamment.

    Pour sa nouvelle campagne publicitaire, Benetton innove. La multinationale du vêtement se lance dans le marketing "humanitaire". En y associant

    la Croix-Rouge, le Croissant Rouge et surtout Caritas. Lancée en Suisse la

    semaine dernière par voie d’annonces, mise en pratique dès mardi à Fribourg

    - les quatre magasins se chargeant de récolter les vêtements -, cette nouvelle campagne - à l’instar des autres du reste - suscite d’ores et déjà la

    controverse. Par son orientation. Mais aussi et principalement en raison de

    la collaboration de certaines Caritas nationales, dont celle de Suisse,

    chargée de recueillir les vêtements dans son centre d’Emmen, près de Lucerne. Du côté de Caritas Suisse, à Lucerne, on se refuse à qualifier de commercial" le marketing humanitaire de Benetton. Au siège de la multinationale, à Ponzano, proche de la ville italienne de Treviso, on confirme: c’est

    au centre d’Emmen que parviendront et seront triés les vêtements venus du

    monde entier. Benetton a attribué 40’000 dollars à Caritas Suisse à titre

    de compensation pour le surplus de travail et l’engagement temporaire de

    quelques personnes. Une goutte d’eau en comparaison du montant investi par

    Benetton pour sa campagne: entre 40 et 50 millions de dollars.

    "Je veux récupérer mes habits"

    Le sénateur italien Luciano Benetton et ses agents publicitaires ne sont

    décidemment pas à cours d’imagination. Après les photos chocs sur le sida,

    le bébé sanguignolant et la religieuse qui échange un doux baiser avec un

    prêtre, Benetton se découvre une vocation de philanthrope. Sur une pleine

    page de publicité, le sénateur, qui apparaît nu, les mains croisées sur le

    sexe, s’exclame sur toutes les affiches: "Je veux récupérer mes habits".

    Une note explicative en bas de page présente le projet humanitaire; elle

    invite les consommateurs à déposer les vêtements qu’ils ne portent plus

    dans l’un des 7’000 points de vente de la firme, dont 5’500 "Benetton".

    Une démarche généreuse? Encore fallait-il tenter de convaincre. Difficile pour Benetton d’y parvenir à elle seule. D’où son idée d’y associer les

    Caritas nationales notamment. Plus crédibles. "C’est vrai, confirme à Rome

    Esther Geisser, responsable du secrétariat du Département des opérations de

    Caritas Internationalis, Benetton s’est approchée de nous en vue d’obtenir

    notre collaboration. Nous l’avons dirigée auprès des Caritas nationales,

    compétentes et autonomes pour décider ou non de leur participation. Caritas

    Internationalis ne participe donc pas en tant que telle à cette campagne et

    n’entend pas prendre position sur la question, insiste-t-elle.

    Ne pas confondre pub et solidarité...

    Officiellement, dit-on à Rome, sept Caritas nationales ont donné leur

    accord: Hong-Kong, Turquie, Egypte, Danemark, Mexique, Brésil et Suisse.

    Mais la liste pour ne pas dire le front du refus est impressionnante: Angleterre, Inde, Autriche, Allemagne, Pays-Bas, Argentine, Espagne, EtatsUnis, Finlande, Taïwan, Suède, France et Belgique. Les autres organisations

    nationales n’ont pas jugé bon de répondre: "On peut assimiler ce silence à

    un refus". C’est notamment le cas pour la Caritas italienne qui laisse

    clairement entendre: pas question de confondre la pub et la solidarité avec

    les pays les plus démunis. Une démarche au goût de scandale dit-on à Rome

    et au sénat. Comme un malaise, teinté d’incompréhension pour certaines organisations caritatives. Responsable du Secours International de Caritas

    Catholica en Belgique, Luc Heymans traduit ce sentiment: "Le fait que la

    Suisse collabore, qu’elle accepte de s’occuper du tri des vêtements récoltés dans le monde, y compris des pays dont les Caritas locales ont refusé

    de participer, nous contrarie très fortement. Nous ne sommes pas contre une

    collaboration avec le secteur privé. Mais dans le cas présent, il s’agit

    d’une campagne purement commerciale et publicitaire qui risque de faire

    beaucoup de tort à nos organisations et d’en ternir l’action".

    "Alors que des personnes meurent de faim et de froid, un géant du prêtà-porter se permet d’utiliser ces souffrances à des fins commerciales",

    critique l’organisation belge. Selon elle, l’aide humanitaire est bien plus

    qu’une composante de l’une ou l’autre stratégie commerciale: l’aide humanitaire commence par la reconnaissance de l’autre et de son besoin. C’est

    aussi reconnaître ces besoins comme un défi et certainement pas comme un

    moyen d’habiller un produit de vente. Contrariée de voir mêlé son nom à

    cette campagne, la Caritas belge a porté l’affaire devant le tribunal de

    première instance de Bruxelles. Qui vient de lui donner raison. En ordonnant à Benetton de retirer toute mention de Caritas dans sa publicité. Luc

    Heymans, qui a faxé lundi à Lucerne la décision du tribunal, compte bien ne

    pas en rester là: "J’en parlerai à Rome lors de la prochaine réunion de Caritas Internationalis. Je doute de l’efficacité de cette action".

    En France, le Secours catholique - du nom de la Caritas locale - motive

    son refus en invoquant des raisons pratiques d’organisation, mais aussi la

    ligne publicitaire du fabriquant: elle "ne va pas dans la ligne du respect

    de l’homme et de la femme". Il s’agit d’une décision "d’ordre éthique",

    fait-on remarquer à Paris.

    La générosité: un acte naturel dans nos sociétés de consommation

    Au siège de la firme, à Ponzano, on se refuse à ne voir que l’aspect

    commercial de la campagne. Qu’on ne nie pas pour autant. Oui, c’est vrai,

    convient Pascal Somarriba, responsable de la coordination publicitaire de

    la multinationale: derrière le slogan invitant les gens à se débarrasser

    des vêtements qu’ils ne portent plus, peut effectivement se profiler l’idée

    de donner les habits de marque Benetton ou autre, de préférence pour en acquérir de nouveaux, Benetton il va sans dire.

    Sa nouvelle campagne à "vocation philanthropique", Benetton l’a mise au

    point en visitant notamment la Russie et l’Asie. Le Japon par exemple. Les

    Japonais sont obligés "de penser à chaque objet qu’ils achètent. Consommateurs par excellence, ces gens ne savent plus où mettre les choses acquises. Et à côté de cela, il existe des besoins énormes dans le monde. C’est

    finalement presque une faveur que l’on fait aux Japonais de libérer leurs

    armoires en faisant de la place. De leur permettre de se libérer en les

    donnant des habits jamais mis ou désormais ignorés: ce fut le concept

    étrange qui nous a frappés: la générosité peut être un service pour celui

    qui donne". A partir de cette constatation, poursuit-il, "nous avons commencé à penser aux problèmes Nord-Sud, à la redistribution des richesses.

    D’où l’idée: qu’est-ce que nous avons, nous Benetton? Un formidable système de distribution. Un circuit permettant de faire passer un message dans

    beaucoup de pays. Un message de générosité". Et Pascal Somarriba de renchérir: "La générosité est un acte naturel de nos sociétés de consommation".

    Une société de consommation à laquelle contribue pourtant largement la

    multinationale, présente sur le marché mondial - y compris à Cuba désormais

    - avec un chiffre d’affaire de l’ordre de 2’300 milliards de lires réalisé

    en 1991 (près de deux milliards de dollars) et de 2’500 milliards de lires

    environ en 1992. Présente aussi grâce au puissant instrument publicitaire

    développé par la firme chaque année lors de deux campagnes estimées à quelque 100 millions de dollars, dont une cinquantaine pour la campagne en

    cours appelée à se terminer le 13 mars. "80’000 sacs ont été répartis dans

    nos points de vente dans 80 pays", assure-t-on chez Benetton pour qui cette

    campagne représente une première: "Nous avons renoncé à l’affichage traditionnel pour des annonces publicitaires confiés, dans un premier temps, aux

    plus prestigieux journaux du monde, aux principaux hebdomadaires dans un

    second, aux mensuels enfin". Et Benetton d’expliquer en ces termes les raisons de son action: "Dans les années 60 à 70, le monde occidental est toujours parti de l’idée selon laquelle toute forme de collaboration sociale

    devait se faire par le biais de l’Etat. On n’a jamais accepté que les entreprises pouvaient avoir un rôle social. Les années 90 vont créer un changement. D’abord parce que la crédibilité de l’Etat a diminué et que beaucoup d’individus pensent qu’une entreprise est capable de mieux gérer l’argent destiné au caritatif. Ensuite parce qu’on accepte de plus en plus

    qu’une entreprise ne soit pas simplement un système de production, mais un

    système qui fait travailler les hommes tout en ayant des idées".

    Abusée ou séduite?

    L’idée? Celle de la campagne de Benetton a semble-t-il séduit Caritas

    Suisse. Ou abusé l’oeuvre aux dires de certains observateurs. Pour Jürg

    Krummenacher, directeur de Caritas Suisse, son organisation accepte les vêtements de beaucoup d’endroits. Il n’y a donc pas de raison pour refuser

    une collaboration en vue de récolter ces habits. "J’avais entendu dire que

    le refus des différentes Caritas nationales était motivé par un manque de

    structures. Mais si certaines Caritas estiment que notre action dérange

    dans leur propre pays ou nuit à l’image des oeuvres d’entraide, alors Caritas Suisse se devra encore de réfléchir à cette campagne". Une campagne

    dont il est impossible de calculer les retombées financières pour Benetton,

    assure un professionnel de la publicité de Fribourg. Comme toute entreprise, la firme espère en tirer le maximum. Seule une multinationale peut

    d’ailleurs engager pareille somme. (apic/pr)

    ENCADRE

    "Confondre publicité ou en tout cas risquer d’entrer dans une opération

    purement publicitaire sous prétexte humanitaire peut conduire au dérapage,

    commente le Père Albert Longchamp, professeur d’éthique à l’Institut de

    journalisme de l’Université de Fribourg et rédacteur en chef de "L’Echo Illustré". "A priori, associer une oeuvre caritative à une entreprise n’est

    pas forcément immoral", ajoute-t-il, tout en mettant en garde contre les

    confusions énormes qu’une telle association peut entraîner, là "où l’humanitaire devient la promotion du capital". Pour Albert Longchamp, "c’est

    dans les compromissions des interprétations possibles que tout devient

    faussé. L’entreprise est là pour produire et non pour faire de la philanthropie. Les organisations humanitaires sont faites pour la philantropie et

    non pour soutenir l’entreprise et encore moins la publicité. Et l’Etat est

    là pour réguler justement les écarts..." (apic/pr)

    ENCADRE

    L’opération récupération débute mardi, du moins en ce qui concerne Fribourg, déclare la gérante de l’un des quatre magasins Benetton de la capitale fribourgeoise. "Dès le 2 février, nous mettrons à la disposition des

    clients les 15 sacs reçus dans chacune de nos boutiques". (apic/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus