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    apic/Encyclique/Réactions

    L’Encyclique du pape bien accueillie, malgré certaines réserves

    Réactions protestantes, anglicanes et des milieux oecuméniques (010695)

    Genève, 1erjuin(APIC) L’encyclique de pape Jean Paul II "Ut unum sint",

    publiée le 30 mai, est généralement bien accueillie, malgré certaines réserves émises côté protestant, notamment. Plusieurs responsables chrétiens,

    dont des anglicans, se sont félicités de l’engagement du pape Jean-Paul II

    envers l’oecuménisme, inscrit dans cette encyclique. D’autres expriment

    toutefois leur déception devant l’insistance du pape à affirmer son rôle de

    principal gardien de la foi chrétienne et de garant de l’unité des Eglises.

    Le rôle de la papauté catholique romaine a souvent, dans l’histoire des

    Eglises chrétiennes, été source de controverses et de divisions. Pour Milan

    Opocensky, secrétaire général de l’Alliance réformée mondiale (ARM), "il

    est impensable d’accepter la papauté comme le symbole de l’unité entre les

    chrétiens".

    "Nous devons avoir une nouvelle forme d’oecuménisme, qui ne soit pas

    liée à cette institution ambiguë", a-t-il souligné. Et de relever: "L’oecuménisme de demain ne peut signifier la domination, qu’elle soit ouverte

    ou déguisée, de l’Eglise catholique-romaine".

    Milan Opocensky s’est félicité de cette initiative qui vise à renforcer

    et à approfondir la coopération oecuménique. "Malheureusement, a-t-il

    déploré, en certaines régions du monde, la vision oecuménique est encore

    plutôt rudimentaire. Parfois la hiérarchie catholique-romaine entrave

    fortement l’oecuménisme".

    Milan Opocensky demande que "la coopération oecuménique englobe ces préoccupations fondamentales de l’humanité que sont la justice, la paix et

    l’environnement.

    Un espoir pour l’unité future

    Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale

    (FLM), a de son côté accueilli avec satisfaction la publication de l’encyclique: "De toute évidence, le pape Jean-Paul II ne partage pas l’idée largement répandue que nous traversons ’un hiver oecuméniqué..."

    "Les luthériens, a ajouté le secrétaire général de la FLM, se féliciteront de "cette réaffirmation énergique et positive de l’engagement de

    l’Eglise catholique-romaine en faveur de l’unité chrétienne. Dans son engagement public envers l’unité visible de l’Eglise du Christ, l’Eglise catholique-romaine est sans égale. L’encyclique du pape réaffirmant cet engagement devrait, par son esprit de conciliation, aider à apaiser les tensions

    qui s’intensifient entre luthériens et catholiques en Europe orientale..."

    "En tant que testament sur l’oecuménisme, au seuil du prochain millénaire, ce document est une encyclique pleine d’espoir pour l’unité future de

    tous les chrétiens, estime encore le secrétaire général de la FLM.

    Un encouragement précis en faveur de l’engagement oecuménique

    Interrogé par l’agence de presse oecuménique ENI, Georges Lemopoulos,

    secrétaire exécutif chargé des relations avec les Eglises et la communauté

    oecuménique auprès du Conseil oecuménique des Eglises, a pour sa part lu

    l’encyclique comme un document personnel du pape, "et je l’ai lue avec beaucoup d’intérêt, en particulier en raison de son style, qui associe la réflexion théologique, des vues spirituelles et un exposé des événements importants du mouvement oecuménique".

    "Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est l’encouragement précis lancé

    par le pape à l’Eglise catholique en faveur de l’engagement oecuménique",

    a-t-il souligné.

    Deux expressions que le pape utilise sont importantes, aux yeux de G.

    Lemopoulos: le mouvement oecuménique est "irréversible" et le mouvement oecuménique ne peut être considéré comme un "appendice quelconque" dans la

    vie de l’Eglise mais est une "partie intégrante de sa vie et de son action".

    Avec deux documents publiés récemment par le Vatican - "Tertio Millennio

    Adveniente" et "Orientale Lumen" - a précisé G. Lemopoulos, la dernière encyclique donne une "image plus forte de l’engagement oecuménique du pape".

    "Il y aura diverses interprétations de cet engagement, mais l’on ne peut

    négliger l’importance de trois documents fondamentaux consacrés à l’oecuménisme", constate-t-il. Avant de commenter: "J’ai lu l’encyclique comme un

    document ecclésial, une sorte de commentaire autorisé sur le Concile Vatican II (1962-1965), et j’ai apprécié son sens de réalisme parce qu’il est

    dit implicitement qu’après trente ans, l’Eglise catholique-romaine lutte

    encore pour assimiler l’enseignement du Concile.

    G. Lemopoulos regrette toutefois "deux omissions" dans le document, "des

    références au dialogue de vie entre les chrétiens qui souffrent en plusieurs régions du monde" et "des références aux structures oecuméniques nationales et régionales existantes", au sein desquelles un travail important a

    été réalisé avec la participation de l’Eglise catholique-romaine.

    Au-delà du seul peuple catholique

    De son côté, la Fédération protestante de France (FPF) déclare dans un

    communiqué publié à Paris que l’encyclique "prend aussi en compte la réalité actuelle des dialogues théologiques entre les ’Eglises soeurs’ (Eglises

    d’Orient) ou avec celles plus éloignées de la pleine communion reconnues

    seulement comme ’communautés ecclésiales’ (Eglises de la Réforme) et fait

    place à l’engagement positif du Conseil oecuménique des Eglises, notamment

    par son département théologique ’Foi et constitution’."

    La FPF réaffirme en outre son attachement à la démarche oecuménique,

    conviction inscrite dans sa Charte" mais souligne que "si le contenu de la

    foi doit rester un dans le cadre de notre patrimoine commun, il est nécessaire pour une vraie communion des Eglises de préserver la pluralité des

    expressions de la foi. Même si elle ne peut souscrire à l’ensemble des affirmations de cette encyclique, la Fédération protestante de France entend

    bien que cet appel du pape va bien au-delà du seul peuple catholique".

    Des questions restent posées

    Pour Lukas Vischer, théologien suisse réformé et ancien directeur de

    "Foi et constitution" du Conseil oecuménique des Eglises, "l’encyclique

    nous met devant un dilemme. D’une part, nous ne pouvons que saluer les convictions fondamentales exprimées dans le texte. Elles correspondent dans

    une large mesure aux convictions que le Conseil oecuménique propage depuis

    des années", écrit-il dans un article à paraître dans le quotidien catholique français "La Croix".

    "D’autre part, poursuit le théologien, le texte émane de l’autorité suprême de l’Eglise catholique-romaine et comme, selon la doctrine catholique, le ministère du pape est essentiel pour le rétablissement de l’unité,

    l’encyclique devient forcément un plaidoyer pour ’le ministère de l’unité’

    du pape".

    Dans la dernière partie de l’encyclique, ajoute L. Vischer, le pape salue l’initiative du Conseil oecuménique des Eglises d’entreprendre une étude approfondie du ’ministère de l’unité’ dans l’Eglise et offre lui-même la

    description de son rôle parmi les Eglises - il donne l’image d’un ministère

    entièrement au service de la communion. Cette description reprend beaucoup

    d’éléments élaborés par les dialogues bilatéraux au cours des dernières années. A première vue, elle semble rendre plus acceptable le ministère pontifical".

    "Mais se pose de nouveau la même question", constate Lukas Vischer.

    "Est-ce que le pontificat de Jean-Paul II correspond à la vision d’un ministère entièrement au service de la communion? Ne suit-il pas en réalité un

    modèle beaucoup plus autoritaire et centralisateur? Les Eglises issues de

    la Réforme ne pourront jamais en bonne conscience s’associer à la vision de

    l’unité comme elle est vécue dans l’Eglise catholique aujourd’hui".

    Des éléments acceptables pour les anglicans

    Dans une première réaction, l’Eglise d’Angleterre affirme qu’il y a "de

    nombreux d’éléments dans l’encyclique que les anglicans pouvaient accepter

    sans réserve". L’Eglise s’est engagée à "surmonter, avec l’Eglise catholique-romaine, ces points de divergences abordés dans le texte" et s’est déclarée prête à "considérer plus à fond le ministère d’unité qui relève de

    l’évêque de Rome".

    A l’heure où le mouvement oecuménique suscite des déceptions et où l’on

    tend à abandonner la quête de l’unité visible, cet appel urgent du pape à

    suivre une voie, difficile certes mais pourtant pleine de joie, nous encourage à continuer avec une plus grande détermination", indique en conclusion

    l’Eglise d’Angleterre. (apic/eni/pr)

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