apic/Edition Religieuse/SuisseAPIC - ENQUETEGros succès de certains livres, mais c’est l’arbre qui cache la forêtPar Pierre Rottet, de l’Agence APICFribourg, 15décembre(APIC) La Bible reste un best-seller en librairie, etcertains titres de livres religieux se vendent par dizaines voire par centaines de milliers d’exemplaires. L’arbre qui cache la forêt? En Suisse romande, les difficultés sont grandes aujourd’hui pour faire passer le capdes 500 exemplaires pour la plupart des bouquins à caractère religieux.Quant aux Maisons d’éditions spécialisées dans le livres religieux, ellesconnaissent elles aussi des problèmes, ne serait-ce que pour s’imposer aupublic romand et en France.Avec les fêtes de Noël, les livres seront eux aussi à l’honneur: cadeauxobligent et surtout idée toute trouvée pour qui aime la lecture. Et le livre religieux aura sans doute son lot de succès. Livre religieux? Le marchéde ce type de publication a des contours souvent mal connus: entre le livred’ésotérisme et l’ouvrage philosophique, où se situe l’ouvrage religieux?Quelle place occupe-t-il en Suisse romande? L’APIC fait le point, après unrapide tour d’horizon dans les principales librairies spécialisées et lestrois principales maisons d’édition de livres religieux.Le livre religieux a suscité un regain d’intérêt ces dernières années.Grâce à la publication du "Catéchisme de l’Eglise catholique", véritablebest-seller de l’édition, suite aussi à la publication, cette année, dulivre de Jean Paul II, "Entrez dans l’espérance", et de quelques autresgrands titres sortis en France: "Testament", de l’abbé Pierre, "Jésus", deJacques Duquesne et "Manuscrit du Saint-Sépulcre", du belge Jacques Neyrinck, professeur au poly de Lausanne. Titres à succès, auxquels il convient d’ajouter, pour la Suisse romande, "Rencontres au monastère", de Patrice Favre et Jean-Claude Gadmer, véritable phénomène à en juger par lenombre d’ouvrages vendus deux mois seulement après sa parution: 7’000 exemplaires. Une troisième édition est d’ores et déjà à l’impression.L’arbre qui cache la forêtPublications à grands tirages et locomotives de la production des livresreligieux, ces titres - un peu comme l’arbre qui cache la forêt -, ne sauraient masquer les difficultés de l’édition spécialisée. Difficultés parcequ’on assiste actuellement à un tassement de la vente des ouvragesreligieux, qui ont aujourd’hui de la peine à s’imposer à une clientèle nese renouvelant guère. De l’avis de plusieurs éditeurs suisses et français,nombre de ces ouvrages ne répondent plus guère aux attentes d’une clientèlejeune, davantage tournée vers d’autres préoccupations spirituelles, type"New Age" par exemple.Dans ce contexte, la décision du Groupe Mame (éditeur du Nouveau catéchisme) de réduire sa production en 1994, la faisant passer de 135 à 30 titres, ne surprend dès lors personne. Dans l’attente du produit miracle, lemarché du livre religieux reste fragilisé, en Suisse comme en France.Entre 2 et 4% de l’ensemble du marché du livre, à tout casserSelon une étude du service catholique français de presse et d’information (SNOP), l’édition religieuse représente entre 2 et 2,5% du marché dulivre en France. Elle enregistre entre 500 et 700 nouveautés par an, surles 25’000 généralement réalisées par l’édition française. Une dizained’éditeurs ont une activité essentiellement tournée vers le religieux etune cinquantaine d’autres produisent, à l’occasion, un livre religieux. Lechiffre d’affaires des commerces du livre religieux est estimé à 250 millions de francs (61 millions de francs suisses environ).Aucune statistique sur le livre religieux n’a en revanche été réaliséeen Suisse romande, où selon des estimations fournies par les principaleslibrairies à vocation religieuse et les Maisons d’édition spécialisées, lelivre religieux représente entre 3,5 et 4% du marché du livre. Chiffres révélateurs: 99% de ce qui paraît en Romandie dans le domaine du livre religieux vient de France. La soustraction est aisée. La difficulté des éditeurs romands de s’imposer en Suisse, en France ou dans le monde francophone s’explique certes en terme de rapport de force ou de moyens, publicitaires ou autres. Il n’en demeure pas moins qu’une maison de la place entrevoyait difficilement un tirage de 3’000 exemplaires pour "Rencontres au monastère". Or l’ouvrage fait aujourd’hui un tabac. Ceci explique peut-êtrecela. Les auteurs l’ont édité à leur compte.34 titres publiés cette année en Suisse romandeLes Editions St-Paul, à Fribourg, qui éditent des livres religieux enlangue allemande pour le marché allemand, autrichien et alémanique, tout enassurant la diffusion des ouvrages sortis de leur Maison à Paris, n’ont publié aucun ouvrage en langue française en 1994. Contre deux seulement parusaux Editions St-Augustin à St-Maurice, tirés à 3’000 exemplaires chacun,dûs à la plume du cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan: "Abraham, notre père commun dans la foi" et "La vie de Moïse". La palme revenant, comme chaque année du reste, aux Editions Labor et Fides, la plusgrande maison d’édition protestante, avec une moyenne annuelle d’une trentaine de titres, dont 32 cette année."Suivant le type de publications éditées - ouvrages de commentaires,exégétiques, scientifiques ou de théologie fondamentale -, explique Gabrielde Montmollin, directeur de Labor et Fides, à Genève, nous tirons 1’000exemplaires. Les autres titres, plus "vulgarisés", donc moins universitaires, font l’objet d’un tirage qui oscille entre 2’000 et 3’000 ex. Rarement3’500". Selon lui, un ouvrage type universitaire vendu entre 600 et 800 ex.en Suisse, ou un autre, vulgarisé, écoulé 1’500 fois, peut être considérécomme un succès, compte tenu du fait que Labor et Fides écoule le 60% de saproduction en France. On peut calculer une moyenne de vente de 500 ex parlivre pour la Suisse romande, précise-t-on à Genève.Des livres en chantierLa difficulté d’éditer du livre religieux ne se ressent pas seulement ducôté de Genève. Elle est aussi réelle à Saint-Maurice, où les Editions StAugustin tentent, à travers leur réseau de diffuseurs en Suisse romande, enFrance, en Belgique et au Québec, d’écouler leur production. Pour le directeur, Marc Larivé, le seuil de rentabilité d’un ouvrage se situe au deuxtiers du premier tirage. "Lorsqu’on vend la première année 5’000 exemplaires d’un ouvrage, on peut parler de bonne opération... Si on en écoule20’000, on peut dire de ce livre qu’il est un best-seller dans le domainereligieux". Actuellement 40 manuscrits sont en lecture à St-Maurice. Unetrentaine ont été envoyés spontanément. Contre une dizaine expressémentcommandés par l’éditeur.Si aucun titre en français n’est sorti aux Editions St-Paul, à Fribourg,hormis "L’Almanach catholique de la Suisse romande", tirés à 5’000 ex. etquelques autres publications ponctuellement publiées chaque année, unouvrage prévu pour l’an prochain, "L’histoire du christianisme en Suisse",(l’édition allemande de cet ouvrage a été publiée cette année déjà sous letitre "Oekumenische Kirchengeschichte der Schweiz) devrait faire un tabac.Les manuscrits qui parviennent à Fribourg? "Nous les transmettons à StPaul, à Paris. Ce sont eux qui décident ou non de l’éditer. Charge à nousd’assurer sa diffusion en Suisse". (apic/pr)ENCADRELes hit-parades en librairie700 librairies spécialisées dans le domaine de la vente du livre religieux en Allemagne, 170 en France... contre un peu plus d’une vingtaine enSuisse romande. En France comme en Suisse, "Entrez dans l’espérance" deJean Paul II est le livre religieux le plus vendu en 1994. Son rythme mensuel de vente est d’environ 3’000 dans une seule librairie à Paris. Plusdifficile, en Suisse, d’obtenir des chiffres sur la vente de cet ouvragedans les librairies spécialisées. Les librairies St-Augustin, à St-Mauriceet Fribourg, estiment à 800 le nombre d’exemplaires vendus à ce jour, StPaul à 350. L’ouvrage figure également en tête du hit-parade des livres àla Librairie oecuménique, à Genève, et à La Nef, à Lausanne.Parmi les ouvrages les plus fréquemment cités dans l’ensemble des magasins en question figurent, juste après le titre du pape, "Rencontres au monastère", de Favre et Gadmer, "Jésus", de Duquesne, "Le Testament inachevé", de feu le cardinal Albert Decourtray, "Le pardon originel", de LyttaBasset, "L’humanité de Dieu", du cardinal Godfried Danneels, "Les cris duchoeur", de l’évêque d’Evreux, Mgr Jacques Gaillot, "Big Bang" enfin, signépar Albert de Pury.Sont également cités les livres "Oser vivre l’amour", de Georgette Blaquière, "Prier avec l’Ancien Testament" et "Prier avec le Nouveau Testament", du prêtre lausannois Philippe Baud, "L’initiation à saint Thomasd’Aquin" et "La théologie catholique", du Père Torrell, professeur à l’Université de Fribourg, "Journal d’une passion", de François Varillon, "LeTrès-bas", de Christian Bobin. Tous ces ouvrages ont été publiés en 1994.Les librairies catholiques mentionnent en outre la forte demande des dernières encycliques de Jean Paul II, ainsi que les lettres pastorales diffusées cette année, à savoir la lettre du pape aux familles et "A l’aube dutroisième millénaire". Quant au "Livre des livres", la Bible, il reste parmi les ouvrages religieux les plus vendus, sinon le plus vendu, estiment laplupart des libraires interrogés. (apic/pr)ENCADRELes grands noms de l’édition... et les autresCréées en 1969, les Editions du Parvis, à Hauteville, dans le canton deFribourg, n’ont pas la prétention de rivaliser avec les "grands" du livrereligieux. Et pourtant. Entreprise familiale fondée par André Castella,cette maison emploie aujourd’hui une dizaine d’employés à plein temps, plusun certain nombre de collaborateurs, de traducteurs et de rédacteurs. Bonan mal an, les Editions du Parvis publient une douzaine d’ouvrages en français et en allemand. Ce fut encore le cas en 1994. Spécialisée dans le livre catholique plus spécialement orienté vers la dévotion et la piété, l’entreprise ne tire jamais en dessous de 4’000. Sa moyenne se situant plus généralement à 5’000 exemplaires. Le 75% de sa production part à l’étranger,en France, en Allemagne ou en Autriche, selon que l’ouvrage est rédigé enfrançais ou en allemand. (apic/pr)