APIC - Dossier (Suite et fin)
(APIC/CIP) Le 25 janvier prochain, Jean Paul II entamera sa sixième tournée
apostolique en Afrique. Il visitera cinq pays : le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad, pays où la proportion de chrétiens est très variable : de 90% au Cap-Vert à 1% au Mali. Un seul de ces
pays a déjà reçu la visite de Jean Paul II, le Burkina Faso, en 1980, et il
s’appelait à l’époque la Haute-Volta.
Dans le service APIC de mardi, nous avons donné une présentation des
trois premiers pays visités. Voici celle des deux dernières étapes de ce
nouveau périple africain : le Burkina Faso et le Tchad.
Le Burkina Faso
Jusqu’en 1984, le Burkina Faso s’appelait Haute-Volta, du nom de trois
cours d’eau (Volta noire, Volta rouge et Volta blanche) qui se rejoignent
au Ghana pour former le fleuve Volta. Son nouveau nom signifie "le pays des
hommes intègres". De Voltaïques, les habitants sont devenus Burkinabè.
Le pays a une superficie de 274’200 km2 pour près de 9 millions d’habitants. Il a des frontières communes avec le Mali, le Niger, le Bénin, le
Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Tout comme son voisin malien, le Burkina Faso ne dispose d’aucun accès direct à la mer. Un chemin de fer traversant la Côte d’Ivoire le relie au port d’Abidjan. Près de soixantes ethnies
constituent la population burkinabè. Les Mossi (48%) résultent eux-mêmes
d’un brassage de divers groupes ethniques.
L’histoire politique du Burkina Faso a été particulièrement agitée depuis l’indépendance, acquise en 1960. Quand le capitaine Thomas Sankara
prit le pouvoir, en août 1983, il insuffla une nouvelle dynamique au pays
et lui imposa un programme révolutionnaire de développement. Mais l’équipe
de jeunes militaires qui s’était emparée du pouvoir à ce moment-là perdit
sa cohésion : le 15 octobre 1987, Blaise Compaoré fomenta un coup d’Etat
contre son ancien compagnon Sankara, qui fut tué; deux ans plus tard, Compaoré fit périr les deux autres co-auteurs de la révolution de 1983 : Lingani et Zongo. Plus récemment, fin décembre 1989, un complot contre Compaoré, ourdi par un admirateur de Sankara, a été déjoué.
Tous ces conflits ne facilitent pas la recherche de solutions au problème angoissant de la pauvreté : le pays fait partie du groupe peu enviable
des PMA (Pays les Moins Avancés). Sans doute n’est-il que moyennement endetté et exporte-t-il même de plus en plus d’or, mais les spécialistes
s’inquiètent des menaces graves qui pèsent sur l’environnement. Le désert
ne cesse de progresser, surexploité par l’homme et les animaux. Le combat
de la société burkinabé pour sa survie doit être mené sur divers fronts :
dans le nord, il s’agit de préserver l’eau, de garder la terre, de lutter
contre la déforestation; dans le sud, la priorité va à la lutte contre les
feux de brousse, contre la divagation du bétail (qui détruit jalons et
plantations) et contre la coupe abusive du bois. René Dumont, spécialiste
des questions de développement en Afrique insiste sur la nécessité impérieuse d’une politique démographique si l’on veut éviter la destruction pure et simple de ces régions.
L’Eglise au Burkina Faso
Le Burkina Faso compte 55 % d’adhérents de la religion traditionnelle,
30% de musulmans, 13% de catholiques et 2% de protestants. Les neuf diocèses catholiques ont à leur tête une évêque burkinabé. L’archevêque de Ouagadougou, la capitale, Mgr Paul Zoungrana, est cardinal. Mgr Anselme Titianma Sanon, évêque de Bobo-Dioulasso et président de la Conférence épiscopale est connu en Europe. Le nombre des prêtres locaux dépasse depuis peu
celui des missionnaires.
Les évêques insistent beaucoup sur la place des laïcs dans l’Eglise et
sur l’effort à consentir pour rendre celle-ci moins cléricale. L’un des
grands thèmes qu’ils ont mis en avant est celui de "l’Eglise-famille".
L’Eglise burkinabé est soucieuse d’évangélisation. Les baptêmes d’adultes sont nombreux malgré la longueur du catéchuménat, qui dure quatre ans.
Les catéchistes jouent un rôle de premier plan dans l’animation d’une foi
bien concrète qui ne reste pas étrangère à l’amélioration des conditions de
vie. Quant au catéchiste, qui joue un rôle important, c’est un chrétien,
marié la plupart du temps, d’accord pour suivre en internat, avec sa femme,
pendant trois ans, un cours de sciences religieuses (Ecriture, théologie
sacramentaire, pastorale,...), en même temps qu’une formation à la culture
attelée (on attèle des boeufs le plus souvent) : charruage, semailles,
charriage,...
Les chrétiens ne sont pas les seuls à participer à la lutte pour le développement. Dans le nord du pays, des chrétiens et des musulmans se sont
groupés au sein d’une Union Fraternelle des Croyants (UFC). Ils ont mis en
commun leurs efforts afin d’aider les populations de la région à résister à
la sécheresse et à lutter contre elle.
Le Tchad
Colonie française de 1900 à 1960, le Tchad est un vaste pays qui s’étend
sur 1’284’000 km2. Il est complètement enclavé au centre de l’Afrique. Il
possède des frontières communes avec le Soudan, la République Centrafricaine, le Cameroun, le Nigéria, le Niger et la Libye. Un conflit frontalier à
propos de la bande d’Aouzou (114’000 km2) a violemment opposé pendant dixsept ans le Tchad et la Libye. C’est le 31 août 1989 seulement qu’un accord
a pu être signé entre les deux pays.
La population tchadienne est évaluée à quelque 5,5 millions d’habitants,
très inégalement répartis. Dans le sud (savane), on compte 14 habitants au
km2; la densité tombe à 4,5 dans la région sahélienne et à 0,2 au nord,
dans la région du Sahara. Le pays manque d’unité : on y parle plus de cent
langues et dialectes et croyances et coutumes y sont extrêmement diversifiées.
Aux problèmes - classiques - de pauvreté sont venues s’ajouter les séquelles de la guerre. La pauvreté freine tout progrès économique : sécheresse, progression du désert, irrégularités climatiques, prolifération des
criquets, découragement des paysans, désertion des campagnes, famine. Pendant plusieurs années, la guerre a destructuré encore davantage la société
et, pour reprendre les mots de Mgr Charles Vandame, archevêque de N’Djamena, la capitale, "la destruction du tissu social et, pendant un temps, du
tissu administratif du pays ont favorisé l’exploitation de l’homme par
l’homme".
Hissène Habré dirige le pays depuis 1982, de manière peu démocratique :
il est à la tête d’un régime civil à parti unique, l’UNIR (Union nationale
pour l’Indépendance et la Révolution). Arrestations et assassinats sont
monnaie courante. En outre, dans l’est du pays, le pouvoir doit faire face
à une opposition armée qui a donné lieu à des combats meurtriers. Le régime
est soutenu par les Etats-Unis et la France. Le français est d’ailleurs la
langue officielle du Tchad. En décembre 1989, les Tchadiens ont été appelés
aux urnes pour approuver une nouvelle Constitution et confirmer à son poste
le chef de l’Etat.
L’Eglise tchadienne
La présence de l’Eglise au Tchad est relativement récente. Ce n’est
qu’en 1929 que les premiers prêtres catholiques pénétrèrent dans le pays,
venant de l’Oubangui-Chari (Centrafrique). L’Eglise tchadienne compte aujourd’hui quatre diocèses. 7 % des habitants sont catholiques, mais, selon
Mgr Vandame, "si l’on ajoute aux catholiques les sympathisants qui se réclament de l’Eglise, sans encore lui appartenir par une foi explicite, leur
ensemble constitue peut-être 15 % de la population du pays".
La moitié de la population est musulmane. Les protestants rassemblent
environ le même nombre de fidèles que les catholiques. Les autres habitants
restent attachés aux religions traditionnelles. L’Islam est en expansion,
ce qui s’explique notamment par la destructuration de la société coutumière
provoquée par la guerre et par le fait qu’à l’Islam correspond, au-delà de
l’aspect proprement religieux, un type d’organisation sociale.
L’Eglise tchadienne est trop récente pour avoir un épiscopat totalement
autochtone. Le premier évêque tchadien, Mgr Mathias N’Garteri Mayadi, évêque de Sarh, n’a été nommé qu’en 1986. Cependant les vocations sacerdotales
et religieuses sont en plein essor. Un grand séminaire national s’est ouvert à N’Djamena en octobre 1985.
Pas épargnée par les tragédies : la mort de Mgr Balet, capucin valaisan
L’Eglise du Tchad n’a pas été épargnée par la guerre et toute l’agressivité qui l’a accompagnée (pertes en vies humaines, destructions et pillages
d’églises, d’écoles, de centres de soins), ni par le terrorisme. C’est
ainsi que l’évêque de Moundou, le capucin valaisan Gabriel Balet, perdit la
vie le 19 septembre dernier dans l’attentat contre un DC-10 de la compagnie
française UTA qui explosa dans le désert du Ténéré, au Niger.
Cet évêque missionnaire, originaire de Grimisuat (VS), dirigeait depuis
1985 le diocèse de Moundou, dans le Sud du Tchad, pays où il travaillait
pastoralement depuis 16 ans. Mgr Balet se voulait la "voix des pauvres et
des exploités" et avait le souci de promouvoir la réconciliation dans une
région qui a été ravagée par la guerre civile, la sécheresse et la faim. A
Moundou, où le pape célébrera une messe dans le stade le 31 janvier, comme
dans bon nombre d’endroits, ces épreuves ont favorisé l’approfondissement
de la foi et la prise de responsabilités par les laïcs.
L’Eglise s’est fortement engagée au Tchad dans les actions de secours et
les tâches de développement. De ce fait, elle a donné d’elle-même une image
de richesse et de puissance qui rend difficile l’autofinancement auquel les
évêques souhaitent arriver. (apic/cip/cor)