APIC DOSSIER: Des jeunes chrétiens suisses engagés contre la torture
Le défi des jeunes de l’ACAT-Suisse
Fribourg, 24mai(APIC/Pierre Rottet) La torture doit disparaître en l’an
2000. Ce défi, quelque 10.000 personnes, répondant à l’invitation de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), l’avaient lancé
le 11 décembre dernier au Bourget (France). L’objectif est stimulant si
l’on considère que près de 70% des pays du globe pratiquent la torture. Pari impossible? Les jeunes de l’ACAT-Suisse entendent bien le relever. Lancée en Suisse en 1979, implantée depuis lors en Romandie, l’ACAT-Jeunes se
développe maintenant sur territoire alémanique: à idée stimulante, dynamisme nouveau.
L’objectif formulé à Paris, l’ACAT-Jeunes en Suisse l’a repris à son
compte. En partant du principe que pour parler aux jeunes des droits de
l’homme, qui mieux que des jeunes, entre 14 et 25 ans, pour s’atteler à
cette tâche? "Des jeunes s’adressent aux jeunes" est ainsi devenu le leitmotiv du mouvement. Avec un critère: agir et prier. "Une action sans la
prière n’est pas fondée, pas davantage que ne l’est la prière sans l’action", résume Frédéric Maillard, l’un des responsables de l’ACAT-Jeunes.
Organisée un peu partout dans les cantons romands, l’ACAT-Jeunes est
désormais présente en Suisse alémanique, plus précisément dans les cantons
de Berne, de Zurich et de Lucerne. Pour animer les différents groupes, note
Frédéric Maillard, il faut relever la présence d’une majorité de filles.
C’est notamment le cas dans les cantons du Jura, de Vaud et de Genève. Pour
le reste de la Romandie, nombreux sont les jeunes qui militent aujourd’hui
dans les régions du Valais, de Neuchâtel et en particulier à Fribourg pour
faire avancer l’idée que la torture doit à jamais disparaître partout dans
le monde.
Rendre attentif son entourage aux mécanismes de la torture, inciter la
prise de conscience et à l’action, et refuser de croire que la torture est
une fatalité, sont autant d’actions concrètes que l’ACAT-Jeunes entend
poursuivre et développer. Des groupes y sont impliqués, avec, pour chacun
d’entre eux, des tâches précises que coordonnent une équipe de responsables. A travers des montages audiovisuels, des témoignages, ou des expositions, l’ACAT-Jeunes sensibilise ainsi d’autres jeunes au problème de la
torture. Terrain privilégié pour aborder le sujet, les écoles, les collèges
ou autres institutions pour jeunes représentent un tribune idéale. Leurs
portes durant les cours de religion ou d’histoire s’ouvrent volontiers,
confie encore Frédéric Maillard, qui précise: "Pas toutes cependant dans la
mesure ou certains professeurs redoutent une perturbation des classes en
voyant dans notre action une arrière-pensée politique".
Pour l’heure, l’ACAT-Jeunes s’active à la préparation d’un dossier. Son
titre: "Education aux droits de l’homme". Un clin d’oeil donné aux directions des Instructions publiques cantonales. (apic/pr)
ENCADRE
Ne pas se taire, le silence est l’allié du bourreau
Sensibiliser le monde aux problèmes de la torture est une chose, cela ne
saurait toutefois suffire si à cette action ne venait s’ajouter celle visant à alerter l’opinion publique au sujet de cas précis. L’ACAT s’y
emploie en intervenant directement auprès des gouvernements par l’intermédiaire de milliers de lettres écrites. Ne pas se taire est l’autre leitmotiv de l’ACAT. Le silence est le meilleur allié du bourreau. Et la révolte des mots permet de soutenir un prisonnier voire de le faire sortir de
prison, d’appuyer une famille victime des abus du pouvoir, de dénoncer la
disparition d’un enfant.
En 1988, quelque 128 actions menées dans 37 pays par l’ACAT-Suisse en
faveur de 350 personnes réparties en Europe, Asie, Afrique et Amérique latine ont permis la libération de 62 d’entre elles. Pour des statistiques
sensiblement égales en 1987, l’action rapide et personnelle des membres de
l’ACAT-Suisse avait contraint les gouvernements de 31 pays à libérer 143
détenus.
S’agissant de l’ACAT-Jeunes, ces activités s’étendent en outre à
d’autres formes d’action. A titre d’exemple, il convient de mentionner le
parrainage de Sakina Polat, une femme kurde de Turquie, militante du PKK
(Parti des travailleurs du Kurdistan), condamnée à 76 ans de prison parce
qu’elle était responsable de la propagande auprès des femmes. Le groupe
ACAT-Jeune de Marly écrit toutes les trois semaines aux autorités du pays à
propos de ce cas. Dans une missive récemment adressée au groupe de Marly,
Sakina Polat suppliait pour que les lettres continuent d’affluer.
Autre parrainage, celui accordé aux enfants soldats iraniens prisonniers
dans le camp de Ramadi en Iraq. Là aussi, des milliers de cartes de soutien
partent de toute l’Europe... (apic/pr)
ENCADRE
L’ACAT-Suisse: un moyen d’agir pour plus de 2.500 membres
La création en Suisse de l’ACAT s’inspire du mouvement du même nom en
France, fondé en 1974. Depuis, l’ACAT a pris naissance dans plusieurs autres pays: Belgique, Espagne, Grande-Bretagne, Hollande, Italie, Luxembourg, RFA, Canada et Etats-Unis. En 1986, une Fédération internationale
des ACAT des pays précités, la FIACAT, a vu le jour. Cette dernière, qui
avait obtenu en 1987 le statut consultatif au Conseil de l’Europe en sa
qualité d’Organisation non-gouvernementale (ONG), vient de se voir doter de
ce même statut auprès des Nations-Unies. L’ACAT-Suisse compte aujourd’hui
2500 membres, dont 120 jeunes chargés d’établir le dialogue avec les jeunes.
Des hommes, des femmes et des enfants sont chaque jour victimes de leurs
tortionnaires. "Il est torturé, intervenez", "Il a disparu, soyez son secours", "Il est réduit au silence, soyez son cri"... A elles seules ces
trois phrases expliquent l’action de l’ACAT, qui se veut sentinelle pour
informer et mobiliser les chrétiens par la prière et l’action. Le mouvement
considère que le combat contre la torture fait partie intégrante de la mission de l’Eglise: "Ce combat concerne chaque chrétien", insiste-il, en expliquant que son action se limite à la lutte contre la torture qui doit
être abolie comme l’a été l’esclavage.
Agir! L’ACAT le fait, en intervenant notamment auprès des gouvernements
en faveur des torturés, en organisant des séances d’information, des expositions, des manifestations, mais aussi en demeurant attentif à toute forme
de torture et aux moyens de la prévenir. Pour ce faire, elle examine les
renseignements provenant des Eglises, d’Amnesty international et d’autres
sources dûment vérifiées concernant les cas de torture. Elle sélectionne
les actions urgentes et rédige les lettres destinées aux autorités des pays
ou sévit la torture.
Dans un premier livre intitulé "Laura Pinto ou la chronique d’un
séquestre ordinaire au Salvador", l’ACAT-Suisse raconte comment grâce à
l’action d’un groupe de jeunes de Marly, près de Fribourg, relayée ensuite
au niveau international, a abouti la libération de Laura Pinto, prisonnière
d’opinion au Salvador... Un exemple d’action parmi tant d’autres. Que
l’ACAT se propose de renouveler. Jusqu’au jour ou la torture aura disparu.
(apic/pr)
ENCADRE
La foi pour motivation
Pas besoin de grands discours pour expliquer ce qui motive un jeune à
s’engager aux côtés de l’ACAT. Corinne Goumaz, 22 ans, secrétaire, est
responsable du groupe ACAT-Jeunes de Grolley (Fribourg). Pour elle, l’amitié rencontrée au sein d’un groupe de jeunes qui réalisent diverses activités pour faire cesser la torture, agissent pour libérer des prisonniers
torturés et travaillent pour leur libération sont autant de motivations.
Pourquoi l’ACAT et non pas Amnesty International? Ces deux mouvements
sont assez semblables en effet, admet Corinne. "La différence, qui est importante pour moi, poursuit-elle, c’est que nous allions la prière à l’action. Ce qui représente également un moyen d’être motivée, de ne pas se
décourager et d’avoir une certaine continuité. La prière porte aussi notre
action". Face à la recrudescence de la torture dans le monde, il ne peut y
avoir de place pour la désillusion. "J’ai entendu des témoignages de prisonniers libérés. Ils ont raconté ce qu’ils avaient vécu... et lorsqu’il
nous est donné d’écouter des témoignages aussi poignants, surtout venant
d’une personne pour laquelle le mouvement est intervenu, c’est stimulant et
engageant pour poursuivre notre action", souligne encore Corinne Goumaz.
(apic/pr)