APIC-DOSSIER
L’Indonésie
Fribourg, 27septembre(APIC) Dans moins de deux semaines, Jean Paul II
s’envolera pour commencer son 44e voyage hors d’Italie. Dans le cadre de
cette nouvelle visite pastorale qui le conduira en Asie du 6 au 16 octobre,
le pape se rendra en Corée du Sud, en particulier à Séoul à l’occasion du
Congrès eucharistique ( voir "APIC-DOSSIER" du lundi 18 septembre), en Indonésie, à Timor-Est et à l’Ile Maurice. Le 9 octobre, Jean Paul II quittera la Corée du Sud pour l’Indonésie, sa deuxième étape. Il entamera sa visite par la capitale, Djakarta, une ville de 7 millions d’habitants.
On parle peu de l’Indonésie en Europe, l’un des pays pourtant le plus
peuplé du globe avec ses 180 millions d’habitants. Un chiffre qui le place
au cinquième rang mondial. On estime à 3 millions l’augmentation annuelle
de ses habitants. Géographiquement, l’Indonésie est une véritable mosaïque
composée de plusieurs milliers d’îles pour une superficie totale de
2’087’000 km2. Les plus importantes sont Java (63% de la population), Sumatra, Bornéo, les Célèbes et les Moluques, Situé à cheval sur l’Equateur,
entre la Malaisie et l’Australie, l’archipel s’étend sur 5’000 km d’est en
ouest et sur 2’000 km du nord au sud.
La population indonésienne est répartie de façon très inégale: les quatre îles dites intérieures recouvrent seulement 7% du territoire total,
mais groupent plus des deux tiers de la population, dont la moitié a moins
de 20 ans. C’est ce qui a amené le gouvernement à mettre sur pied un vaste
programme soutenu par plusieurs instances internationales et baptisé
"Transmisagri", qui propose aux volontaires d’être transférés dans une région moins peuplée. Leur terre leur est garantie, ainsi que l’alimentation
pendant une année. Ce programme s’est déjà réalisé - avec des fortunes diverses - pour plusieurs millions de personnes.
Timor-Est: une question non résolue
Le premier contact de l’Europe avec l’Indonésie remonte au début du 16e
siècle. Ce sont d’abord les Portugais qui s’assurent quelques comptoirs.
Ils sont suivis par les Hollandais, qui s’implantent dans l’archipel en
1596. L’actuelle Djakarta est fondée en 1619 sous le nom de Batavia. La
proclamation de la République indonésienne, en 1945, ne résoudra pas tous
les problèmes post-coloniaux. Ainsi, la question de Timor-Est, occupée par
l’Indonésie en 1976, reste pendante jusqu’à aujourd’hui - c’est sans doute
le problème le plus délicat auquel Jean Paul II sera confronté durant sa
visite.
Le gaz liquéfié et le pétrole ont longtemps constitué les deux tiers des
exportations du pays, ce qui montre à quel point la santé économique de
l’Indonésie est tributaire des fluctuations des cours énergétiques mondiaux. Ces dernières années, le pays doit affronter trois problèmes principaux: la chute des revenus pétroliers, la dette extérieure (qui s’est
alourdie de 50% en 1987) et le chômage.
Comme beaucoup de pays du tiers monde, l’Indonésie souffre de graves
corruptions, notamment en raison de la collusion entre les militaires et
les milieux commerçants, dans lesquels domine une minorité chinoise influente. A côté d’une bourgoisie installée dans le luxe, la masse s’efforce de
vivre au jour le jour, la solidarité permettant aux plus pauvres de ne pas
basculer dans la misère.
Les cinq piliers
En 1945, Suharto, le fondateur de la nation, a édicté le "Pancasila",
appellation qui désigne cinq principes de base: la croyance de Dieu; la
dignité humaine; la primauté de l’unité nationale dans la richesse des diversités; la démocratie basée sur la sagesse et la délibération entre les
représentants; la justice sociale et la solidarité nationale.
Cette charte vise à rassembler des populations extrêments diverses (deux
cents langues différentes sont parlées dans l’archipel) et à permettre aux
religions minoritaires de s’exprimer librement. En vertu du Pancasile, tout
Indonésien doit appartenir à l’une des cinq religions reconnues par la
Constitution, dont l’une, l’islam, est largement majoritaire: près de 90%,
dit-on. Les autres religions reconnues sont le catholicisme, le protestantisme, le bouddhisme et l’hindouisme. Paradoxalement, l’Eglise catholique
s’est longtemps méfiée du Pancasila: ce n’est qu’en janvier 1987 que la
Conférence épiscopale a annoncé son acceptation de l’idéologie nationale.
Jean Paul II a confirmé cette annonce en recevant le nouvel ambassadeur
d’Indonésie près le Saint-Siège, le 14 décembre 1987.
L’Indonésie compte une majorité de musulmans. C’est même, en nombre, le
premier pays islamique. Toutefois, les taux habituellement cités - de 80%
selon certaines sources à plus de 95% selon d’autres - sont largement exagérés: ils incluent une majorité d’adeptes de cultes syncrétistes où animiste, bouddhisme, hindouisme et islam sont mêlés. L’islam, qui a pénétré
l’Indonésie aux 15e et 16e siècles, est en effet loin d’avoir éliminé tout
ce qui le précédait. De plus, il ne s’est pas implanté partout.
Si cinq religions sont, en théorie, traitées sur un pied d’égalité, des
musulmans réclament une modification de la Constitution pour faire de leur
pays un Etat islamique. Craignant de voir l’unité du pays menacée, le gouvernement a jusqu’ici toujours résisté. Cependant, l’islam est très favorisé; l’Etat prélève des impôts en sa faveur, rémunère ses ministres, finance
l’organisation de ses fêtes et bon nombre de ses mosquées. Certes, la domination de l’islam est importante - il y a des mosquées jusque dans les
coins le splus reculés et les pèlerinages à la Mecque connaissent une affluence croissante -, mais la pratique de la religion est moins voyante que
dans bien d’autres pays. Reste qu’en Indonésie, des poussées d’intégrisme
existent comme ailleurs, elles semblent même gagner du terrain.
La présence chrétienne
Les chrétiens représentent 8% de la population (les catholiques 2,7%,
soit 4’340’000 fidèles), ils sont répartis de façon très inégalement dans
l’archipel. Presque tous les habitants de Florès et de Timor sont chrétiens, ainsi que les Bataks, au nord de Sumatra; les Dayaks de Bornéo sont
(comme en Nouvelle-Guinée) nettement sympathisants; d’autres ethnies, tels
les Sundanais, y sont farouchement opposés.
Les catholiques forment une Eglise jeune et dynamique: 60% d’entre eux
ont moins de 25 ans et le taux de croissance est de 4,6% par an. Une Eglise
jeune aussi par l’histoire, puisque le plus ancien diocèse, celui de Djakarta, n’a été érigé qu’en 1807 seulement, sous forme de préfecture apostolique. C’était l’année de la proclamation de la liberté religieuse (décret
de Louis Bonaparte).
S’ils représentent à peine moins de 3% de la population, les catholiques
- comme du reste les autres chrétiens - exercent néanmoins une très grande
influence, sans proportion aucune avec leur représentation. Ajoutons que
les catholiques possèdent leur groupe de presse et un journal, "Kompas",
qui publie également le mensuel "Intisari". La Centrale catholique de la
Radio et de la Télévision "Sangghar Prathivi" fournit pour sa part cinq
programmes quotidiens à une cinquantaine d’émetteurs. A ce jour, on compte
6 émetteurs diocésains et une bonne vingtaine de centres de productions
catholiques.
L’Université catholique Alma Jaya de Djakarta accueille plus de 6’000
étudiants, dont 56% seulement sont catholiques. L’Eglise est également présente dans le secteur hospitalier (un établissement sur 10) et dans les
projets de développement.
Présente à la fois dans les milieux influents et dans les couches défavorisées, l’Eglise n’a pas toujours adopté une attitude claire au plan social. L’un des premiers documents importants en la matière a été publié par
les évêques en 1970. Il s’agissait d’"Orientations pour l’action des catholiques indonésiens". L’Indonésie compte 24 diocèses et 36 évêques (dont un
tiers sont étrangers et cinq seulement sont des séculiers), environ 5’000
religieux et 1800 prêtres (chiffres de 1984) dont moins de 400 séculiers et
plus de 30% d’étrangers. (apic/cip/pr)