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    Quel avenir pour la presse catholique ?

    APIC-Dossier

    Réflexions à l’occasion du Dimanche des Médias, le 31 mai

    Armes de combat au XIXe siècle pour une communauté sur la défensive après

    la défaite du Sonderbund et le Kulturkampf, les journaux catholiques sont

    nés chez nous à une époque où l’Eglise et le peuple de Dieu n’avaient guère

    voix au chapitre. C’est ainsi que naissent en 1871 "La Liberté" à Fribourg

    et le "Vaterland" à Lucerne, suivis d’autres titres. Il n’y avait guère

    d’autres canaux d’expression pour les catholiques suisses avant la naissance du parti conservateur chrétien-social au début du siècle. Aujourd’hui,

    les temps ont changé, des titres disparaissent ou sont absorbés et la presse catholique est en crise. Diagnostic de l’éditeur de "La Liberté", Hugo

    Baeriswyl.

    APIC: La presse catholique a-t-elle encore un rôle spécifique à jouer, a-telle finalement encore un avenir ?

    H.B.:Dès le lancement de la presse catholique, on ne recherchait pas un

    objectif économique, mais un objectif idéal: être présent dans toutes les

    sphères de la vie publique et religieuse. Au cours de la première moitié du

    XXe siècle, cette presse connaît un grand développement. Mais on sent déjà

    une première mutation. On ne s’abonne plus au journal parce qu’on veut soutenir un organe catholique, mais pour avoir une information plus large. Les

    journaux deviennent des journaux globaux dans lesquels s’intègrent une réflexion et une pensée catholique.

    L’Eglise d’après Vatican II n’est plus en position défensive, elle est

    reconnue. Parallèlement, on assiste à un énorme défi de la presse neutre

    qui s’occupe aussi d’informations religieuses. Le défi technologique exige

    pour sa part d’énormes investissements.

    La presse catholique connaît donc aujourd’hui une certaine crise. La motivation du lectorat catholique tout comme la pratique religieuse tendent à

    baisser. Et la chute des recettes publicitaires - jusqu’à 30% - qui touche

    de plein fouet la presse n’épargne pas les journaux catholiques.

    Il y a aussi une mutation dans l’information religieuse, devenue plus

    ouverte et plus oecuménique. L’information de combat du XIXe siècle a disparu. Le catholique ne ressent plus le "devoir moral" d’avoir son journal.

    Pourtant la présence d’un journal catholique même minoritaire dans les

    grandes villes oblige les grands journaux à ne pas ignorer l’information

    religieuse. La Nouvelle Gazette de Zurich (NZZ) offre ainsi une des meilleures rubriques religieuses du pays. Les voyages du pape et l’affaire Haas

    par exemple sont traités avec beaucoup de respect.

    Faire le saut du journal de combat au journal moderne

    Mais la presse catholique a désormais disparu à Bâle, à Zurich et à Berne et elle est menacée à Genève où "Le Courrier" n’est pas sûr de son avenir. Pourtant, c’est là aussi que se trouvent les grandes agglomérations

    catholiques. Le potentiel était là, mais les journaux ne sont pas arrivés à

    faire ce saut du journal de combat au journal moderne qui, certes, apporte

    une information religieuse mais est d’abord un produit dans sa globalité.

    Là nous avons perdu une manche.

    APIC:Que peut faire l’Eglise pour la presse catholique?

    H.B.:L’Eglise en tant que telle peut soutenir un certain courant, mais

    elle n’a pas les moyens d’investir dans un journal soumis aux lois du marché et aux règles régies par les attentes des lecteurs. Elle doit d’abord

    attirer l’attention des fidèles sur la nécessité de maintenir cette presse

    catholique, qu’elle soit quotidienne ou hebdomadaire comme "l’Echo Illustré" ou le "Sonntag". Par ailleurs, on ignore souvent les grands services

    rendus par l’Agence de presse catholique APIC/KIPA, qui joue un rôle important de distribution de l’information religieuse en Suisse, mais également

    dans toute l’Europe, notamment à l’Est, sans oublier le tiers-monde.

    En ce sens, l’argent de l’Action de Carême ou de la Collecte du Dimanche

    des Médias, sans lequel l’APIC ne pourrait exister, est bien placé. Il

    s’agit aussi que l’APIC devienne de plus en plus présente auprès des journaux neutres afin qu’ils aient la matière première concernant la vie et le

    message de l’Eglise dans une ouverture très oecuménique. Il faut que cette

    matière puisse arriver dans les bureaux des rédactions et trouver sa place

    dans les colonnes des journaux. Dans le domaine de la formation de la relève journalistique et de la formation continue, il ne faut pas oublier non

    plus le rôle non négligeable joué par l’Institut de Journalisme et de Communications Sociales de l’Université de Fribourg.

    Un autre moyen important: la présence de journalistes catholiques dans

    les rédactions pour manifester une autre sensibilité envers le message de

    l’Eglise et retrouver le chemin vers le lecteur. Ce n’est pas seulement la

    presse catholique, mais la presse dans son ensemble qui peut transmettre ce

    message. Là, il faut peut-être aussi dépasser cette conception de la presse

    catholique comme unique moyen de faire passer le message de l’Eglise.

    Répondre par la qualité au défi lancé par la presse de boulevard

    Le défi de la presse de boulevard nous est lancé, non pas par son contenu, mais par une nouvelle technique dans le traitement de l’information.

    Qu’on le veuille ou non, ces journaux ont une manière de présenter la matière rédactionelle de façon à ce qu’elle soit lue. Il y a là une réflexion

    journalistique à faire. Comment pouvons-nous écrire pour être lu, notamment

    quand on touche l’information religieuse qui est encore plus difficile à

    traiter. C’est un phénomène de société contre lequel il est inutile de vouloir lutter avec des interdits, il faut lutter par la qualité. A un moment

    donné le lecteur fait le tri.

    APIC:Il n’y a pas que la qualité qui assure la survie d’un journal...

    H.B.:Malgré l’élargissement des horizons, on assiste aussi à une régionalisation toujours plus poussée. Le journal doit être conçu dans ce sens

    comme un "passage obligé" sans négliger pour autant les autres rubriques.

    Le journal doit s’enraciner fortement dans sa région, c’est un moyen de développer son tirage et son volume publicitaire, et finalement d’assurer sa

    survie économique. Le rapport entre les recettes d’abonnements et de ventes

    et les recettes publicitaires est de 40 % à 60 %. Si le journal n’a pas la

    position de support publicitaire obligé dans une région, il se trouvera rapidement dans une zone de crise. C’est le cas du "Courrier" à Genève.

    Repenser le journal

    L’émergence de nouveaux médias offre une multiplication de choix pour le

    public. Cela oblige les journaux à repenser leur contenu rédactionnel vers

    des recherches plus en profondeur et des analyses présentées avec un certain recul. Donner de l’information brute ne suffit plus. L’écrit que je

    peux relire et conserver prend une toute autre importance. Il est clair que

    cela réduit les parts du gâteau publicitaire réservées à la presse. La consommation de médias risque aussi d’aboutir à une certaine saturation. Un

    ménage suisse dépense environ 5’000 francs par an pour les journaux, la radio, la TV, la photo et la video. A un moment donné, le consommateur doit

    freiner cette tendance et lâcher quelque chose.

    Pour faire face, il faut en outre développer les possibilités de la collaboration soit au sein de la presse catholique soit au niveau de la presse

    régionale. Aujourd’hui, alors que la transmission des données n’est plus un

    problème, on en est encore trop resté à la notion du plomb qui empêchait

    l’échange d’information. On peut créer des pools regroupant plusieurs journaux pour couvrir des événements et ainsi dégager des possibilités d’économies. Mais là il y a encore du chemin à faire, tant du côté des journalistes que du côté des éditeurs.

    En conclusion, je suis plutôt optimiste, mais la qualité au niveau rédactionnel et dans la conception du journal, la qualité technique et la lisibilité sont plus indispensables que jamais. Si nous ne répondons pas à

    ces critères, c’est la loi du marché, qui est impitoyable, qui règlera le

    sort de la presse.

    Propos recueillis par Maurice Page et Yvan Stern

    Encadré

    Radio Cité, une voix chrétienne dans la ville

    A l’écart de l’agitation fiévreuse de la rue, dans les combles d’un immeuble en ville de Carouge, voici Radio Cité, la seule radio locale des Eglises en Suisse. Elle a été fondée en 1987 par les trois Eglises nationales à

    Genève, et elle est l’un des nombreux moyens de communication sociale qui

    bénéficient du soutien indispensable de la Collecte du Dimanche des Médias,

    ce 31 mai.

    Radio Cité: "La voix de Dieu"? "J’espère que Dieu touche plus de monde

    que nous", ironise Jean-François Kister, responsable d’exploitation et seul

    collaborateur permanent de Radio Cité. Depuis 5 ans, Radio Cité, qui arrose

    la région genevoise et la côte vaudoise en direction de Lausanne, a su se

    trouver un public et se faire apprécier. Le nombre d’auditeurs qui oscille

    entre 8’000 et 15’000 chaque jour - ces auditeurs écoutent Radio Cité en

    moyenne 1h 10 par jour - n’est pas négligeable. De même que la vingtaine de

    réactions quotidiennes des auditeurs.

    En plus de J.-F. Kister, et d’un technicien à mi-temps, ce ne sont pas

    moins de 160 personnes bénévoles dont 16 prêtres et pasteurs qui collaborent à Radio-Cité. Ils assurent toute l’année pour les 18 heures d’émissions quotidiennes. La musique occupe environ la moitié du temps d’antenne.

    La chanson française, le jazz, la musique classique et les variétés y

    trouvent leur place. Les émissions à caractère proprement religieux occupent aussi une large part des programmes. Si certaines émissions sont confessionnelles, beaucoup sont oecuméniques, car l’oecumémisme est ici particulièrement important. Chaque mois une émission relate les rencontres des

    Eglises et communautés de Genève. Orthodoxes russes, orthodoxes grecs et

    méthodistes entre autres, y participent régulièrement.

    D’autre émissions sont consacrées aux thèmes sociaux. Radio Cité diffuse

    aussi des bulletins d’information. Ils sont repris, ainsi que certaines

    émissions dominicales (le culte, la messe et "Bleu Ciel") de la Radio Romande. Bien que les 160 collaborateurs de Radio Cité travaillent pour

    "leur" radio par idéal et non pas dans un but de profit, une station de radio engendre des coûts importants. D’autant qu’on songe à la création d’un

    troisième studio à côté des deux existants.

    Le budget courant se monte à 240’000 francs. 40 % environ sont supportés

    par les Eglises de Genève qui viennent d’augmenter leur contribution. Plusieurs paroisses accordent aussi un soutien régulier. Pour le reste, une

    part importante est couverte par les dons des quelque 700 souscripteurs individuels, par l’association Pro Radio Cité ainsi que par d’autres contributions, notamment celles du Dimanche des Médias. Radio Cité n’a pas de publicité commerciale sur ses ondes. (apic/dz/mp)

    Encadré

    Répartition nationale et internationale des dons pour 1991

    420’200.- francs

    1. 23,3% Projets en Suisse allemande 1. 40,4% Agences

    2. 21,7% Projets en Suisse romande 2. 32,4% Presse

    3. 9,5% Projets au Tessin 3. 7% Sono- et videothèques

    4. 37,2% Projets nationaux 4. 2,6% Film

    5. 8,3% Projets internationaux 5. 13,6% Radio-TV

    6. 4% Formation aux médias

    Centre catholique des médias Cath-Info

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