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    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    Assemblée spéciale du synode des évêques pour l’Afrique (290394)

    APIC - Dossier

    Rome 10 avril - 8 mai 1994

    Bruxelles, 29mars(APIC/CIP) L’assemblée spéciale du Synode des évêques

    pour l’Afrique, qui se déroulera à Rome du 10 avril au 8 mai 1994, sera à

    n’en pas douter un événement de portée historique non seulement pour

    l’Eglise en Afrique, mais pour toute l’Eglise. Il s’agit de la première

    concertation à ce niveau de l’Eglise de ce continent, annoncée par JeanPaul II le 6 janvier 1989.

    Le 27 février dernier le pape soulignait encore: "L’Afrique a un besoin

    urgent de solidarité. Mais elle a aussi beaucoup à offrir, dans un échange

    fécond de dons, en puisant dans ses grandes richesses humaines et spirituelles que l’Eglise considère avec respect et admiration, puisque l’annonce

    du Christ n’humilie pas les différentes cultures, mais, au contraire, en

    reprend les valeurs authentiques, les portant à leur plénitude".

    Une longue attente

    La démarche en vue d’une assemblée africaine remonte à une trentaine

    d’années, la requête portant selon les cas sur une concertation, un concile

    ou un synode. Il en était déjà question dans les couloirs de Vatican II,

    rapporte le cardinal Gantin. Les aspirations à "l’indigénisation" de

    l’Eglise, de la pratique pastorale et de la théologie, se sont exprimées

    dès avant les indépendances nationales. Paul VI en 1969 reconnaît la légitimité de ces aspirations. Mais il faut attendre 1989 pour voir Jean Paul

    II annoncer à Rome la convocation d’une "assemblée spéciale pour l’Afrique

    du Synode des évêques". Il s’agit, précise le pape, d’une initiative souhaitée par un très grand nombre d’évêques, prêtres et laïcs africains,

    qu’il a volontiers faite sienne dans le but de favoriser "une solidarité

    pastorale organique sur le territoire africain tout entier et les îles voisines".

    La décision papale est reçue en Afrique comme une réponse dont l’attente

    risquait, par sa lenteur exceptionnelle, de décourager les pasteurs et les

    fidèles. Beaucoup la reçoivent avec gratitude. Pour Mgr Matondo, évêque de

    Basankusu (Zaïre), "la convocation de ce synode constitue (...) une satisfaction sans doute partielle mais importante. Personne n’ignore que, en

    Afrique même, des conférences épiscopales, des groupes divers étaient tout

    à fait opposés à l’idée d’un concile ou même d’un synode. Aussi faut-il saluer le courage du Saint Père et le remercier parce qu’il offre aux Africains une occasion de s’exprimer. Combien d’Eglises d’Afrique demandaient

    un concile? La moitié? Le tiers? Je ne sais pas. Mais que le pape ait répondu aux voeux d’une minorité montre assez qu’il a reconnu la légitimité

    de sa requête." (La Croix, 28 mars 1990).

    Beaucoup d’observateurs attribuent le retard mis à convoquer le synode à

    la curie romaine, qui aurait mis en doute les capacités matérielles des

    Eglises africaines d’organiser un tel rassemblement et, surtout, aurait

    craint qu’il ne se transforme en instrument de revendication d’une plus

    grande autonomie. Pourtant, notait à l’époque Paul Rutayisire (Burundi), le

    scepticisme ne se situait pas d’un seul côté. En effet, des observateurs

    avertis ont mis en garde les promoteurs de l’idée initiale d’un concile

    africain contre un double danger: celui d’"une réunion cléricale de plus,

    sans résultat réel, sinon le simple constat des problèmes"; et celui d’"un

    renforcement du contrôle romain sur les Eglises africaines".

    Concile et synode

    Outre les conciles oecuméniques qui rassemblent toute l’Eglise universelle, le droit canon prévoit des conciles locaux ou régionaux qui réunissent des Eglises particulières. Le droit ne prévoit pas de concile à

    l’échelle d’un continent, mais on estime que le pape aurait le droit de

    permettre une telle réunion. Le concile est l’affaire des évêques locaux

    qui en sont membres de plein droit avec voix délibérative, même s’il ne

    peut promulguer de décret sans l’approbation du pape.

    Le Synode des évêques, créé par Paul VI, est une assemblée d’évêques

    chargée d’aider le pape à exercer son rôle de primat pour des problèmes déterminés. Il est "directement soumis à l’autorité du pontife romain" auquel

    revient le droit de le convoquer, de choisir le lieu de sa réunion, de le

    présider (par lui-même ou par d’autres) et de le conclure.

    Il y a donc, note Maurice Cheza, théologien belge, une différence de nature entre ce qu’aurait été un concile africain et ce que sera le synode

    spécial des évêques pour l’Afrique. Dans le premier cas, les évêques auraient été là en raison de leur charge pastorale (...) et ils auraient délibéré de plein droit tout en exprimant leur communion avec le successeur

    de Pierre. Dans le second cas, l’assemblée n’est normalement pas délibérative, mais elle a pour but "d’aider le Pontife romain de ses conseils" (canon 342) et tous les évêques n’y sont pas nécessairement convoqués. Dans le

    premier cas, les évêques africains auraient été les acteurs principaux du

    concile, dans le second cas, c’est le Saint-Siège qui organise l’assemblée."

    Une première consultation

    Au début 1989 se réunit à Rome une "commission antépréparatoire" composée du président du Symposium des conférence épiscopales d’Afrique et de

    Madagascar (SCEAM) et des présidents des neuf conférences épiscopales régionales. Après l’installation d’un secrétariat, le thème général est annoncé au mois de juin: "L’Eglise en Afrique et sa mission évanglisatrice

    vers l’an 2000"."Vous serez mes témoins (Ac 1,8). Cinq thèmes particuliers

    seront à traîter: l’évangélisation, l’inculturation, le dialogue oecuménique, la justice et la paix, les médias.

    En juillet 1990 sont publiés les "lineamenta", document préparatoire qui

    doit permettre aux évêques, aux prêtres et aux laïcs d’approfondir la réflexion. Ces "lineamenta" s’accompagnent d’une consultation composée de 81

    questions dont les réponses serviront à la préparation du document de travail du synode.

    Le document de travail du synode

    Ce document de travail ou "instrumentum laboris" (IL) est publié, en

    présence du pape, en février 1993 à Kampala, où sont annoncés le lieu (Rome) et la date de l’ouverture du synode (10 avril 1994), ainsi que la tenue

    en Afrique même, en présence du pape, de plusieurs cérémonies de promulgation.

    A l’instar des Lineamenta, l’I.L. rappelle que la seule préoccupation du

    synode est l’évangélisation: "Des millions de personnes sur le continent

    africain n’ont pas encore été évangélisées", avant de décliner concrètement

    ce thème unique en cinq tâches, sur lesquelles il apporte un éclairage à la

    fois théologique et pastoral.

    L’évangélisation est annonce, dans la continuation des premières communautés missionnaires, mais en mettant en oeuvre les enseignements du concile Vatican II. Une lecture des "signes des temps" s’impose, où le positif

    (maturation des Eglises particulières, esprit communautaire, dynamisme des

    mouvements apostoliques, prise de conscience sociale, renouveau biblique et

    catéchétique...) voisine avec le négatif (tendance au syncrétisme, fragilité de la foi, évolution de l’islam, prolifération des sectes, relâchement

    moral...). Dans ce contexte, l’Eglise est présentée comme la "famille de

    Dieu" (appellation qui parle aux Africains, car elle souligne les valeurs

    d’unité et de solidarité). Toute cette "famille" doit se mettre en dynamique d’évangélisation: le clergé (d’où l’importance de la formation et de la

    sélection minutieuse des futurs prêtres), les religieux, les catéchistes,

    les "communautés ecclésiales vivantes". Pour la diffusion du message, le

    texte insiste sur le caractère central de la Parole de Dieu.

    L’inculturation, à laquelle l’I.L. consacre quinze pages, est décrite

    comme une "urgence". Le christianisme, qui répond à une logique d’incarnation, doit prendre chair dans la vie et les croyances des peuples qui accueillent le Christ. Notant que beaucoup d’Africains éprouvent une sorte de

    duplicité dans leur manière de vivre la foi, une partie de leur vie et de

    leur être restant en marge de l’Evangile, l’I.L. ajoute que "le christianisme est lui-même enrichi quand il entre en dialogue avec les peuples et

    leurs cultures". Le document précise que l’inculturation n’est pas la propriété des seuls experts, mais incombe à toute la communauté croyante et

    touche l’ensemble de l’expression de la foi. Il rappelle que "l’Eglise a

    survécu là où elle a respecté les principes d’inculturation" (Egypte, Ethiopie). A noter la mention des problèmes du mariage et de la santé, que

    les "lineamenta" n’abordaient pas. Enfin, cette expression imagée pour définir l’inculturation: "C’est Jésus guidant la communauté en une danse nouvelle au rythme nouveau de son tambour." Le résultat en sera de "nouveaux

    visages" du Christ.

    Le dialogue est une dimension de l’évangélisation. L’oecuménisme est

    d’une importance vitale car, selon certaines projections, les catholiques

    ne représenteraient, en l’an 2000, que 30 % des 393 millions de chrétiens

    en Afrique. Longtemps limitée à diffusion de la Bible, la collaboration

    doit s’ouvrir à de nouveaux domaines. Les rapports avec les nouveaux mouvements religieux et les "Eglises africaines indépendantes" posent des questions spécifiques. Au sujet du dialogue avec l’islam, dont l’expansion inquiète, l’I.L. insiste sur le principe de réciprocité comme "condition sine

    qua non de tout progrès dans le dialogue". Le dialogue avec la religion

    traditionnelle, enfin, renvoie au problème de l’inculturation. L’I.L. décrit surtout les aspects positifs et négatifs de ce héritage ancestral qui

    reste très présent, ne serait-ce qu’au niveau subconscient.

    La justice et la paix

    La justice et la paix sont d’autres dimensions de l’évangélisation. Cela

    regarde la conversion des coeurs, mais également la transformation des

    structures sociales, économiques, politiques et culturelles. L’I.L. signale

    que la situation actuelle en Afrique en fait de promotion humaine est

    "préoccupante", voire "désastreuse". Il prend acte de l’évolution vers la

    démocratisation et du rôle que des évêques sont appelés à jouer dans cette

    "transition". "Le synode, précise-t-il, devrait permettre de faire un bilan

    de l’engagement de l’Eglise dans ces nouvelles situations et de préciser le

    rôle propre de l’Eglise."

    Les médias africains doivent compter avec de nombreux obstacles, comme

    en ont témoigné la préparation et l’organisation du synode lui-même: manque

    de moyens, infrastructures déficientes, problèmes de langue. Or l’évangélisation est communication. L’I.L. suggère de mettre en valeur des ressources

    africaines que sont les "médias populaires" comme l’incontournable palabre,

    le théâtre, les histoires, les contes, les légendes, les proverbes, les

    danses, le tambour, l’expression artistique. (apic/cip)

    Encadré

    Une longue attente

    La démarche en vue d’une assemblée africaine remonte à une trentaine d’années, la requête portant selon les cas, sur "une concertation", sur un concile ou sur un synode. Il était déjà question d’un concile africain dans

    les couloirs de Vatican II, rapporte le cardinal Gantin. Les aspirations à

    l’"indigénisation" de l’Eglise, de la pratique pastorale et de la théologie, se sont exprimées dès avant les indépendances nationales.

    Paul VI proclame clairement la légitimité de ces aspirations dans un important discours prononcé à Kampala en juillet 1969, où se tient la première assemblée générale du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et

    de Madagascar (SCEAM): "Africains, vous pouvez et vous devez avoir un

    christianisme africain".

    En 1972, l’idée d’une concertation de l’ensemble de l’épiscopat africain

    est suggérée aux évêques de la conférence épiscopale régionale de l’Afrique

    de l’Ouest par un laïc, Alioune Diop, secrétaire général de la Société

    africaine de culture. Au synode des évêques de 1974, à Rome, Mgr Yago

    (Abidjan) demande la tenue d’un synode extraordinaire afin de traîter plus

    largement la question des jeunes Eglises. Les évêques africains présents à

    ce synode publient une déclaration sur la "coresponsabilité dans l’évangélisation", où ils relèvent que "la théologie de l’adaptation est dépassée

    et doit être remplacée par la théologie de l’incarnation".

    Interpellations zaïroises

    L’idée d’un "concile" africain, émise par le Père Fabien Eboussi Boulaga, figure explicitement parmi les recommandations d’un colloque organisé

    en 1977 à Abidjan par la Société africaine de culture sur "Civilisation

    noire et Eglise catholique". Elle fait son chemin, principalement au Zaïre

    et au Cameroun, ainsi que dans des lieux comme le SCEAM et l’Association

    oecuménique des théologiens africains (AOTA).

    Par deux fois, l’épiscopat du Zaïre évoque publiquement le sujet devant

    le pape. A Kinshasa le 3 mai 1980, Mgr Kaseba, président de la Conférence

    épiscopale, suggère "la convocation d’un concile ou du moins, dans un premier temps, d’un synode particulier qui mobiliserait l’ensemble du peuple

    de Dieu"; à Rome, en avril 1983, le cardinal Malula renouvelle le souhait

    d’un concile africain "qui permettra à nos Eglises de faire le point de la

    situation du christianisme en Afrique et d’établir en concertation des bases adéquates pour l’évangélisation intégrale de notre continent à l’avenir". Jean-Paul II y répond favorablement en acceptant le principe d’une

    telle rencontre.

    A la septième assemblée du SCEAM (Kinshasa, 1984), qui voit l’élection à

    la présidence du cardinal Malula, l’idée d’un concile africain revient sur

    le tapis. Dans une atmosphère euphorique l’assemblée du SCEAM décide de

    consulter les conférences épiscopales. Sept mois plus tard, le 17 février

    1985, la Congrégation romaine pour l’évangélisation des peuples adresse une

    lettre à chaque évêque, par voie diplomatique, pour une consultation confidentielle sur l’idée d’un concile africain, émettant pour sa part des "réserves particulières". En 1987, après consultation des épiscopats, le SCEAM

    révèle qu’un tiers est opposé à la proposition d’un concile, qu’un autre

    tiers y est favorable, les autres répondant "oui, mais pas tout de suite".

    C’est enfin le 6 janvier 1989 que Jean Paul II annonce à Rome la convocation d’une assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques.

    (apic/cip)

    Encadré

    Concile et synode

    Outre les conciles oecuméniques, le droit ecclésiastique prévoit la possibilité de conciles particuliers pléniers (territoire d’une conférence épiscopale) ou provinciaux (territoire d’une province ecclésiastique), en prévoyant certaines normes de communion avec l’Eglise universelle et, plus

    particulièrement avec le Siège de Pierre. Les décrets d’un concile particulier ne peuvent être promulgués qu’une fois reconnus par le pape. Le concile particulier reste cependant totalement l’affaire des évêques locaux, ils

    en sont membres de plein droit avec voix délibérative.

    Le droit canon ne prévoit pas de concile particulier pour un territoire

    dépassant les limites d’une conférence épiscopale, mais les canonistes

    estiment que le pape aurait le droit de permettre la réunion d’un concile

    continental. C’était le souhait des partisans d’un concile africain.

    Le Synode des évêques est une institution créée par Paul VI avant la fin

    du concile Vatican II, non comme organe de la collégialité épiscopale,

    mais, pour aider le pape à exercer son rôle de primat pour des problèmes

    déterminés. Il y a trois types de synodes des évêques. L’assemblée ordinaire, convoquée tous les trois ans, voit la participation d’évêques élus par

    les conférences épiscopales. L’assemblée extraordinaire, réunissant entre

    autres les présidents des conférences épiscopales, a pour but de donner des

    réponses rapides à des questions regardant l’Eglise universelle. L’assemblée spéciale, enfin, réunit des membres choisis principalement dans les

    régions pour lesquelles il est convoqué pour étudier les affaires concernant directement une ou plusieurs régions déterminées. C’est de ce type que

    relèvent les prochains synodes africain et libanais.

    Le droit prévoit que le synode des évêques est "directement soumis à

    l’autorité du Pontife romain", auquel il revient de le convoquer, de choisir le lieu de sa réunion, de le présider (par lui-même ou par d’autres) et

    de le conclure. (apic/cip)

    Encadré

    Les "lineamenta", premier document préparatoire

    En janvier et en mars 1989 se réunit à Rome une "commission antépréparatoire" composée du président du SCEAM et des présidents des neuf conférences

    épiscopales régionales. Suivent en juin l’installation du "Conseil du Secrétariat général de l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des évêques" et l’annonce du thème général: L’Eglise en Afrique et sa mission

    évangélisatrice vers l’an 2000. "Vous serez mes témoins" (Ac 1,8), ainsi

    que des cinq thèmes à traiter: l’évangélisation, l’inculturation, le dialogue, la justice et la paix, les médias. Depuis, ce conseil a tenu une dizaine de réunions, certaines en Afrique même, à l’occasion de voyages du

    pape.

    C’est à la 9e assemblée du SCEAM, à Lomé, en juillet 1990, que sont rendus publics les "lineamenta", document préparatoire qui doit permettre aux

    évêques, aux prêtres et aux laïcs d’approfondir la réflexion. Le document,

    d’une centaine de pages, aborde le thème général de l’évangélisation, en

    mettant en évidence la nécessité de poursuivre l’effort missionnaire. La

    seconde partie aborde les cinq thèmes du synode. Le document s’achève sur

    81 questions, nombre élevé à mettre en relation avec la diversité des situations dans les 54 pays du continent. Les réponses à la consultation, à

    formuler par écrit pour le 30 novembre 1991, permettront au Conseil général

    du synode d’élaborer le document de travail de l’assemblée.

    Bruno Chenu remarque "l’absence de questionnement sur la famille et le

    mariage chrétien, la place des femmes et des jeunes, les pratiques de guérison, les ministères, les structures et les finances de l’Eglise"; de même, "la faiblesse du document sur des sujets clés comme l’inculturation, où

    on souligne bien la transformation des cultures par le surgissement de

    l’Evangile mais pas la réinterprétation de l’Evangile dans la rencontre

    d’une nouvelle culture" (La Croix, 15 février 1992). La démarche même inquiète, qui part plus de la doctrine que des réalités africaines, note Bruno Chenu: "Va-t-on vraiment cuire le synode dans une marmite africaine?"

    Encadré

    L’instrumentum laboris: un texte romano-centrique

    L’avis de Maurice Cheza, professeur à Louvain-la-Neuve

    Dans son "Aide-mémoire", Maurice Cheza, professeur de théologie à Louvainla-Neuve, relève quelques mérites de l’"instrumentum laboris": La centralité de la Parole de Dieu est réaffirmée. Son contenu laisse une meilleure

    impression que celui des "lineamenta". Les rédacteurs ont tenu compte des

    réponses au questionnaire de 1990, rassemblées par les conférences épiscopales.

    La volonté d’impliquer les communautés dans la recherche est affirmée.

    Par exemple, on recommande de diffuser largement le document. Le texte évoque des thèmes intéressants: les "communautés ecclésiales vivantes",

    l’"Eglise-famille", les "médias populaires". A propos de l’inculturation,

    l’I.L. invite à poursuivre la recherche, y compris dans des domaines délicats comme le mariage, la vie sacerdotale et religieuse. Dans ce dernier

    domaine, les dangers d’hypocrisie sont même évoqués à travers l’expression

    "porter continuellement des masques".

    M. Cheza signale aussi des aspects décevants: Certains sujets importants

    sont évités: la dépendance financière des Eglises africaines, et donc leur

    dépendance théologique et pastorale; la nécessité d’une réflexion approfondie sur les ministères; des jalons pour un droit canonique africain; le

    problème démographique. Alors qu’en plusieurs de ses régions l’Afrique traverse une grave crise de société, l’I.L. n’y consacre que quelques pages,

    ce qui accroît l’impression que l’Eglise est plus sensible à son propre

    avenir qu’à l’épanouissement humain et chrétien des femmes et des hommes

    qui peuplent le continent. Le douloureux problème du sida est évoqué en une

    seule ligne: "Récemment, le sida a créé un problème social et médical en

    certains lieux" (sic)!

    Le texte dit bien qu’il est important de dépasser le "cléricalisme",

    mais l’ensemble de la réflexion baigne dans une atmosphère très ecclésiastique. Par exemple, malgré l’évocation judicieuse du danger des "masques"

    évoqué ci-dessus, la formation des prêtres semble bien rester un secteur

    fermé. A propos des petits séminaires, on dit même qu’ils "doivent être

    véritablement des séminaires avec leur but spécifique propre". Et M. Cheza

    de se demander quelle conception de la "vocation" soustend de telles affirmations.

    D’une manière plus fondamentale, le texte est jugé par M. Cheza très

    "romano-centrique": le centre du document, c’est Rome. Pour le théologien

    namurois, ce fait est perceptible à deux niveaux: "D’une part, les réalités

    concrètes de la vie des gens ne sont pas vues en elle-mêmes, mais seulement

    à partir du "monde chrétien", souligne M. Cheza; on est loin de la mentalité du "voir-juger-agir". Dans le document de travail, le concept si caractéristique des "signes des temps" est immédiatement connoté en positif ou

    en négatif. Au lieu d’une analyse et d’un effort de recherche des causes,

    on porte un jugement moral."

    D’autre part, ce "monde chrétien" est essentiellement romain. Pourtant,

    selon la doctrine de Vatican II, tout évêque entre par son ordination épiscopale dans le Collège des Evêques qui succède au Collège des Apôtres, et,

    de ce fait, devient porteur d’une "parole magistérielle", rapelle M. Cheza.

    Le théologien ajoute: "Les évêques africains, en communion avec le Successeur de Pierre, exercent donc un réel magistère. Ce dernier est d’autant

    plus fort que ses auteurs agissent en groupe. Toute la philosophie du document de travail laisse entendre qu’il n’y a qu’un magistère (le romain) et

    que tout découle de lui.(...) L’enjeu est important: pour le document, tout

    se passe comme si Rome enfermait les évêques africains dans un rôle de porte-parole du magistère romain, alors que la doctrine catholique fait d’eux

    de véritables successeurs des Apôtres et donc des acteurs responsables."

    (apic/cip)

    (à suivre...)

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