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    8e voyage du pape en Afrique: le Sénégal, la Gambie et la Guinée (140292)

    APIC-DOSSIER

    Sous le signe du dialogue entre musulmans et catholiques

    Fribourg, 14 février(APIC) Le pape Jean Paul II entamera le 19 février son

    huitième voyage africain qui le mènera jusqu’au 26 février dans trois pays.

    Au programme de ce 54e voyage hors d’Italie: le Sénégal, la Gambie et la

    Guinée. Il faut dire que sa visite au Sénégal était attendue depuis de nombreuses années. Le 18 octobre 1978, soit deux jours après son élection, le

    pape recevait une invitation du cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de

    Dakar. Ce voyage est placé sous le signe du dialogue entre musulmans et

    catholiques. Jean Paul II rencontrera à plusieurs reprises des responsables

    musulmans.

    L’étape la plus importante de ce nouveau périple pourrait bien être le

    Sénégal. Non seulement parce qu’il s’agit du premier voyage du pape en terre sénégalaise, pays dans lequel les chrétiens ne sont que 6& de la population pour 90% de musulmans, mais aussi en raison de l’importance que représentent les confréries islamiques et les très influents marabouts.

    Le Sénégal, pays laïc connu pour son esprit de tolérance et de respect,

    l’est aussi pour avoir inscrit dans sa Constitution la garantie de la liberté de culte, en dépit de l’influence des marabouts dont l’exorbitant

    pouvoir est pour la première fois ces derniers mois, dénoncé par les médias

    du pays.

    Grâce à sa situation géographique, le Sénégal joue depuis plusieurs siècles un rôle de pont entre l’Afrique et l’Amérique. Un passage obligé pour

    les navigateurs, les marchands et... les esclaves. C’est en effet sur l’île

    de Gorée, dans la baie de Dakar, que les esclaves transitaient jusqu’au moment de leur embarquement pour l’Amérique. Bordé par l’Atlantique à l’ouest, la Mauritanie au nord, le Mali à l’Est, la Guinée et la Guinée-Bissau

    au sud - sans parler de la Gambie, qui correspond à la vallée où coule le

    fleuve du même nom au coeur même du Sénégal sur une profondeur de 330 km -,

    le pays couvre une superficie de 196’200 km2 pour une population estimée à

    7,3 millions habitants.

    Le premier contact de l’Europe avec le Sénégal remonte à 1445, quand le

    Portugais Denis Diaz atteint la presqu’île du Cap Vert. Territoire français

    d’Outre-Mer en 1946, le Sénégal acquiert l’autonomie après le référendum de

    1958. Au plan culturel, le pays a joué et continue à jouer un rôle important. Président de ce pays de 1963 à 1980, Léopold Senghor est le premier

    noir à avoir été élu à l’Académie française (1983). Côté économique, le Sénégal demeure très fragile. Le pays exporte des arachides, du poisson et du

    coton. La désertification gagne de plus chaque année du terrain, provoquant

    l’appauvrissement et l’exode des paysans vers la capitale Dakar, dans laquelle s’entasse plus du quart des Sénégalais.

    6% de catholiques et un rôle non négligeable de l’Eglise

    Au plan religieux, l’islam est apportée par les Maures dès le XIe siècle

    pour se développer progressivement au cours des siècles suivants avant de

    bénéficier de la politique pro-musulmane de Louis Faidherbe, gouverneur de

    1854 à 1864. L’histoire de l’évanglisation, elle, remonte à l’arrivée des

    premiers Portugais. Les 3 premiers prêtres autochtones seront ordonnés en

    France en 1840. Aujourd’hui, 85% des Sénégalais sont musulmans (sunnites).

    Quant aux catholiques, avec une représentation de 6%, ils jouent un rôle

    non négligeable dans la vie du pays.

    L’archevêque de Dakar, Mgr Thiandoum, avait été ordonné prêtre par Mgr

    Lefebvre, avant de lui succéder en 1962. Les catholiques sénégalais, qui

    espéraient depuis longtemps une visite du pape, crurent bien qu’elle se ferait en 1988, à l’occasion du centenaire du sanctuaire marial de Poponguine. Leur déception fut d’autant plus vive qu’un mois plus tard, le pape visitait cinq pays voisins. "Qui a peur du pape?", titrait à l’époque un quotidien local. On murmure à Dakar que la raison de ce retard n’est pas à

    chercher ailleurs que dans la tenue, en 1991 à Dakar, de la Conférence islamique.

    Du côté de l’Eglise, on veut croire qu’il n’en est rien. D’autant plus

    que les relations du clergé catholique avec les chefs des grandes confréries musulmanes sont excellentes, dit-on. Ce qui est certain est que

    l’Eglise sénégalaise est consciente que l’un de ses grands défis est celui

    du dialogue avec l’islam. En mai de l’année dernière, les évêques du pays

    écrivaient en effet une lettre pastorale sur les relations "Islamo-chrétiennes". Quatre formes de dialogue étaient proposés dans le document: le

    "dialogue de vie" dans les relations quotidiennes; le "dialogue de collaboration" dans tout ce qui fait grandir la communauté humaine; le "dialogue

    spirituel", qui peut aller jusqu’à la prière commune; le "dialogue doctrinal", fondé sur le respect et évitant toute polémique.

    La Gambie

    Deuxième pays à recevoir la visite de Jean Paul II, la Gambie est une

    enclave dans le Sénégal. Le fleuve Gambie constitue l’épine dorsale du

    pays, l’un des plus petits d’Afrique: 11’300 km2, 330 kilomètres de longueur, 40 de largeur. La population n’arrivant pas au million d’habitants.

    Le découpage étonnant des frontières provient de la période coloniale

    et, en particulier, des rivalités anglo-françaises. Aujourd’hui encore, la

    langue officielle de la Gambie est l’anglais alors que celle du Sénégal est

    le français. C’est en 1889 qu’un accord fut conclu entre les deux puissances européennes pour fixer les frontières de la Gambie actuelle. Après les

    indépendances africaines, de longues tractations aboutirent à la création,

    en janvier 1982, de la Confédération Sénégambienne. Tout en respectant la

    souveraineté des deux pays, cette confédération réalisait une unité d’action dans un certain nombre de secteurs: armée, économie, monnaie, politique étrangère, communications.

    En août 1989, le grand frère sénégalais annonça le gel de la confédération, qui fut dissoute peu après. Les causes de cette rupture sont économiques et subsidiairement politiques, alors qu’en de nombreux domaines (climat, ethnies, cultures, religion, production), la Gambie ressemble fort à

    son voisin.

    Economiquement, le pays a besoin d’une aide extérieure. Outre les productions vivrières, on y cultive notamment le coton et l’arachide. La Gambie a tout pour attirer les touristes: beautés naturelles, vestiges préhistoriques et historiques, traditions culturelles de toutes ses populations.

    Pourtant, le tourisme est controversé: il profite plus aux sociétés internationales qu’aux autochtones et il introduit des modèles culturels et moraux qui heurtent la mentalité locale, commente-t-on du côté de Banjul, la

    capitale du pays.

    Au plan religieux, les musulmans constituent la grande majorité (85% de

    la population). Les religions traditionnelles gardent une influence certaine. Les chrétiens représentent quelque 3%, les anglicans étant les plus

    nombreux. Mais aucune des Eglises chrétiennes présentes en Gambie (anglican, méthodiste et catholique), réunies dans un Conseil chrétien, n’a jamais véritablement rencontré de succès. En 1931, le travail missionnaire

    catholique a été confié aux Spiritains irlandais. Le diocèse de Banjul,

    l’unique dans le pays, a été érigé en 1957.

    La Guinée

    Pour sa première visite en Guinée, Jean Paul II limitera son séjour à la

    seule capitale, Conakry. Le pays, d’une superficie de 245’860 km2, compte

    6,7 millions d’habitants, dont 44% ont moins de 15 ans. Ouvert sur l’Atlantique par une côte de 300 kilomètres, il partage des frontières communes

    avec 6 pays (Guinée Bissau, Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Libéria et Sierre

    Leone).

    La Guinée est potentiellement riche: sol très généreux, ressources minières considérables. Malgré cela, la Guinée fait partie des pays les moins

    avancés. Il faut sans doute en chercher la raison dans l’enchaînement de

    deux causes. D’abord, en 1958, lorsque le général de Gaulle proposa aux colonies françaises d’Afrique le choix entre l’indépendance et l’appartenance

    à la communauté franco-africaine. Sekou Touré opta pour la première et fut

    massivement approuvé quelques semaines plus tard par un référendum. La

    France fit payer très cher ce choix. La politique de Sekou Touré ensuite

    (centralisation, collectivisation, autoritarisme), qui amena le pays à

    l’isolement et au sous-développement. Une semaine après la mort de Sekou

    Touré, le 26 mars 1984, le pays, par un coup d’Etat conduisait le colonel

    Lansana Conté à la présidence de la Guinée.

    La situation politique eut évidemment des répercussions religieuses. Les

    vieux fonds de religion traditionnelle africaine et de religion musulmane

    (70% de la population) ont survécu aux aléas politiques. La religion chrétienne, entre 3 et 4% de catholiques et 2 à 3% de protestants, était perçue

    comme liée à l’Europe.

    Contrairement à celle du Sénégal, l’Eglise de Gambie a souffert après

    l’indépendance et surtout après la rupture avec la France en 1958. Sekou

    Touré s’en prit aux mouvements chrétiens de jeunes, aux écoles et aux petits séminaires. Quand Mgr de Milleville, archevêque de Conakry, voulut

    protester... il fut expulsé du pays (1966). En mai 1967, le président annonça le renvoi de tous les missionnaires étrangers.

    Cette situation entraîna au moins deux conséquences. Sur place, des

    laïcs guinéens prirent des responsabilités dans la vie de l’Eglise, tandis

    qu’au plan régional, quelques prêtres africains de pays voisins vinrent

    dépanner l’Eglise éprouvée. Il est possible, notent les observateurs, que

    la situation guinéenne ait stimulé Paul VI à accélérer la création de

    l’épiscopat africain dans le reste de l’Afrique.

    L’archevêque lui-même, Mgr Tchidimbo, fut arrêté en 1971. Détenu au camp

    de Boiro, il ne fut relâché qu’en 1979, mais ne reprit jamais sa charge. En

    1986, les relations diplomatiques avec le Saint-Siège étaient rétablies.

    L’archevêque actuel de Conakry, Mgr Robert Sarah, jouit du reste d’un grand

    prestige en Guinée, y compris auprès des musulmans, et ses homélies sont

    écoutées et commentées dans tout le pays. (apic/cip/pr)

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