APIC - Dossier
Une société destructurée en proie à la misère morale et matérielle
Santiago/Fribourg, 15décembre(APIC) Le sida n’est plus une maladie de
pays riches. Actuellement au Chili, le taux de progression annuel des malades du sida est de 30 % et celui des séropositifs de 46 %. La maladie touche toutes les couches de la société, mais les plus pauvres, en état d’extrême nécessité, n’ont pas d’endroit pour se soigner et mourir. Une organisation d’origine chrétienne, la Fondation "Gente Para Un Amor Nuevo", vient
d’être lancée pour venir en aide à ces "pestiférés des temps modernes" que
la société chilienne "machiste et ignorante" discrimine et rejette. Selon
le Ministère de la santé, les personnes touchées par le sida sont 2’900,
mais des sources privées avancent le chiffre d’au moins 10’000.
Militant chrétien de longue date, Felipe Rodriguez, responsable numéro 2
du GEAMN (Gens pour un amour nouveau), est actuellement en tournée en Suisse pour récolter des fonds en faveur des sidéens chiliens. En effet, le
gouvernement chilien, qui investit désormais dans des campagnes de prévention, n’a pas les moyens d’ouvrir des maisons pour héberger les malades en
état de nécessité.
Le jeune journaliste, qui a travaillé dans les quartiers pauvres et dans
le milieu de la prostitution à Santiago, a été marqué par l’histoire de Ian
Saavedra et de sa femme Sonia, atteints par le virus fatal. "Pour nous,
cette maladie est une catastrophe de plus parmi celles que nous devons déjà
subir", disait Ian, un homme qui vivait avec son épouse dans une chambre de
7 m2 dans le quartier ouvrier de Pudahuel, dans la zone nord-est de la capitale Santiago.
200’000 enfants de la rue
Ian et Sonia faisaient partie de ces 5 millions de Chiliens (sur une population de 14 millions) qui vivent, selon les dernières statistiques gouvernementales, dans un état d’extrême pauvreté. C’est que depuis le coup
d’Etat de Pinochet, en 1973, et en raison du modèle socio-économique que la
dictature militaire a imposé au peuple chilien, la classe moyenne a pratiquement disparu. Aujourd’hui, la polarisation sociale est extrême: officiellement, 81,1 % de la richesse est aux mains de 19,3 % de la population
la plus favorisée. Les agressions sont devenues quotidiennes dans les rues
de Santiago, et de nombreuses personnes volent ou se prostituent pour survivre. Dans le pays, on rencontre plus de 200’000 "enfants de la rue". Ils
sont souvent la proie de touristes nord-américains, note Felipe Rodriguez.
Dans les parcs publics, des enfants et des jeunes la tête dans un sac de
plastique, respirent du "Neopren", une colle spéciale qui provoque des hallucinations et "coupe" la faim. Même des fils de riches, qui se payaient
dans les années 80 de la drogue plus "huppée" comme la cocaïne ou les amphétamines, se sont mis au "Neopren". "Ce n’est pas toujours par manque
d’argent, note Felipe Rodriguez, mais parce dans la société chilienne, il y
a un grand vide spirituel, une absence de valeurs, une grande destructuration morale des familles".
Le "libéralisme désordonné" du gouvernement démocratique actuel n’a pas
changé fondamentalement la situation, soutient Felipe Rodriguez, "corseté"
qu’il est par les institutions politiques et administratives mises en place
par le général Pinochet avant de passer le pouvoir aux civils.
Dans ces malades du sida, "c’est Jésus Christ qui est crucifié"
En juillet de l’année dernière, le couple Ian et Sonia Saavedra, poursuit Felipe Rodriguez, est arrivé au centre de santé "Hogar de Cristo" en
raison de graves problèmes de santé au niveau des poumons. Accueillis par
un collaborateur de cette oeuvre de bienfaisance, le Frère Claudio Espinoza, qui les a accompagnés dans leur lutte pour la vie, ils sont morts en
janvier dans leur baraque faite de bois couvert de carton goudronné qu’ils
appelaient "notre maison". Cette expérience douloureuse a interpellé Frère
Claudio Espinoza et Felipe Rodriguez, car dans ces hommes pauvres, malades
du sida, "c’est Jésus Christ qui est crucifié".
C’est parce qu’il n’existe pas aujourd’hui au Chili de lieux pour accueillir des gens comme Ian et Sonia - et qu’il ne faut rien attendre à
moyen terme dans ce secteur de la part du gouvernement - qu’a été mise sur
pied cette année la Fondation GEAMN, présidée par Frère Claudio Espinoza,
une institution qui bénéficie du soutien de Mgr Christian Caro Cordero,
évêque auxiliaire et vicaire épiscopal à Santiago du Chili. Les membres du
GEAMN, qui s’inspirent un peu du modèle de Mère Teresa de Calcutta, ont
consacré leur vie à Dieu pour se mettre totalement au service des malades
du sida qui vivent dans l’extrême pauvreté, "par charité, mais aussi pour
la dignité de l’Homme". (Jacques Berset/apic)
(Ceux qui aimeraient aider la Fondation GEAMN à acquérir une maison pour
l’accueil, le traitement médical et social des malades du sida vivant dans
l’extrême pauvreté, peuvent le faire par le biais du Compte SBG ZH
No 470.430.01 Y. Pour de plus amples informations, vous pouvez contacter M.
Marius Zosso, canton de Fribourg, tél. 037/43 20 28)