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    Cinquième centenaire de la naissance d’Ignace

    APIC-Dossier

    de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus

    La Suisse romande pas oubliée

    Geneviève Cornet, Agence APIC

    L’année 1991 marquera le 5e centenaire de la naissance du fondateur de la

    Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola. Diverses manifestations souligneront

    cet anniversaire tout au long de l’"Année Ignatienne", qui débutera le 27

    septembre prochain par une célébration solennelle au Château de Loyola,

    maison natale du fondateur, au Pays basque, et se terminera le 31 juillet

    1991, en la fête de saint Ignace.

    Célébrations, congrès, cours, pèlerinages, retraites, concerts, articles, pièces de théâtre et films aideront à "comprendre mieux l’esprit et

    le coeur d’Ignace, mais aussi à saisir l’importance qu’ils continuent

    d’avoir pour la vie et l’apostolat des Jésuites". En Suisse romande, Genève, Fribourg, Porrentruy et Sion accueilleront expositions, tables rondes,

    conférences et célébrations, donnant un éventail des engagements de la Compagnie dans le pays et abordant des questions essentielles concernant son

    existence.

    Mais les Jésuites, qui sont-ils vraiment ? "Ils se mêlent de tout ! Et

    puis, avec les études qu’ils font, on ne sait jamais où ils veulent en venir ! Quoi qu’on en dise, ils forment une élite. Leur organisation quasi

    militaire et le voeu d’obéissance au pape leur donnent une place à part

    dans l’Eglise catholique". Clichés ? Peur ? Méfiance ? Tous ces éléments se

    combinent encore aujourd’hui chez beaucoup lorsqu’ils évoquent la Compagnie

    de Jésus. Le poids de l’histoire - la Compagnie a 450 ans - et la ténacité

    des préjugés jouent encore, selon les cas, en leur défaveur. Les Jésuites,

    s’ils ne font plus peur aujourd’hui, interpellent: par leurs prises de position, la diversité de leurs engagements en réponse aux appels du monde et

    leur solide assise spirituelle, qui continuent d’imprégner profondément

    l’histoire de l’Eglise.

    Les Jésuites, c’est avant tout un esprit, celui de saint Ignace, et une

    méthode, ses "Exercices spirituels", transmettant sa propre expérience de

    Dieu. Un esprit et une méthode sous-jacents à toutes les activités de la

    Compagnie, traits d’union entre tous les membres, unité dans la diversité.

    C’est forts des principes de leur fondateur que les Jésuites s’engagent aujourd’hui, comme ils l’ont toujours fait au cours de leur histoire, dans

    les lieux où se joue l’avenir de l’homme, présents aux réalités temporelles

    pour les orienter vers le Christ. C’est l’attention au monde qui fonde la

    diversité de leurs engagements.

    Partout aux côtés des plus pauvres

    La présence auprès des pauvres (voir plus loin les motivations de Joël

    Favre) est un point fort dans la diversité des engagements. En 1970, le Père Pedro Arrupe, Général des Jésuites, fixait à la Compagnie quatre priorités apostoliques: réflexion théologique, apostolat social, tâches d’éducation et médias. La 32e Congrégation générale de 1973/1974 résumait cette

    orientation dans les termes "Foi et justice", voyant dans le service de la

    foi et la promotion de la justice "l’expression contemporaine de notre mission", commune aux quelque 25’000 Jésuites présents dans le monde entier.

    Plus récemment, Jean Paul II confiait à la Compagnie la tâche de combattre

    l’athéisme.

    La Province de Suisse compte 105 membres

    La Province de Suisse engage toutes ses forces au service de cette mission. Forte de 105 membres - dont 83 prêtres - répartis dans les différentes régions linguistiques, elle tente d’être présente aux réalités du monde

    d’aujourd’hui en diversifiant ses engagements: aumôneries d’étudiants à Bâle, Zurich et Berne, foyers de jeunes gens à Zurich, Bâle, Genève et Lugano, formation des adultes, retraites, conférences dans les centres spirituels de Schönbrunn, près de Zoug, et de Villars-sur-Glâne, près de Fribourg,

    recherche scientifique et enseignement dans les collèges et les Universités, activités sociales, missionnaires et pastorales, journalisme.

    Dialoguer avec la modernité

    Le Père Jean-Blaise Fellay est rédacteur en chef de la revue "Choisir",

    l’une des deux publications des Jésuites de Suisse, avec "Orientierung",

    éditée en allemand à Zurich. Il évoque les débuts de l’entreprise: "C’est

    en 1959 à Genève que la revue ’Choisir’, à vocation culturelle et religieuse, a vu le jour: cette nouvelle forme d’apostolat - la seule possible pour

    la Compagnie à l’époque - se voulait une réponse aux interrogations des

    catholiques vivant en diaspora protestante, un lieu de formation pour les

    laïcs et le clergé et surtout un espace de dialogue avec la modernité".

    Le Père Fellay souligne: "Notre revue aborde les thèmes d’actualité avec

    esprit critique et dans une perspective chrétienne pour aider les croyants

    à affirmer leur identité". Plusieurs confrères assistent le rédacteur en

    chef dans son travail, faisant de la presse le lieu de contacts répétés et

    d’une vie fraternelle. La maison abrite également un centre de documentation et de formation religieuses, le CEDOFOR, qui met à la disposition de

    tous les ouvrages les plus divers sur l’Eglise et la vie spirituelle.

    Ouverture, disponibilité, liberté

    Ouverture au monde, disponibilité, obéissance et liberté intérieure sont

    des éléments fondamentaux de la spiritualité jésuite, essentiellement tournée vers l’apostolat "pour la plus grande gloire de Dieu". C’est dans cet

    esprit et à la suite d’Ignace et de ses premiers compagnons que les membres

    de la Compagnie accomplissent aujourd’hui encore les tâches les plus diverses au service de l’évangélisation dans tous les milieux de vie, poussés

    par leurs Constitution à "chercher et trouver Dieu en toutes choses".

    Si les Jésuites ne portent pas d’habit distinctif et ne sont pas

    astreints à la prière en commun conformément à la volonté de leur fondateur, ils se réunissent régulièrement pour évaluer leur action et envisager

    l’avenir dans une attention constante au monde. "L’analyse de la réalité

    est toujours à refaire", affirme le Père Joseph Hug, responsable de la

    communauté de Genève, rappelant l’effort d’aggiornamento réalisé par l’Ordre depuis Vatican II "pour sortir de l’image traditionnelle". Quant à

    l’avenir, il est tout entier dans la capacité de réflexion et d’initiative

    de chaque membre de la Compagnie. (apic/cor)

    Encadré

    25’000 jésuites dans le monde

    C’est le 15 août 1534 que le Basque Ignace de Loyola et six de ses compagnons d’études font voeu de pauvreté et de chasteté dans un oratoire situé

    sur la colline de Montmartre, à Paris. C’est le premier pas vers la constitution de la Compagnie de Jésus, qui sera officiellement reconnue par la

    Bulle "Regimini militantis Ecclesiae" signée par le pape Paul III le 27

    septembre 1540. A la mort d’Ignace, le 31 juillet 1556, la Compagnie compte

    environ un millier de membres. Les Jésuites sont présents partout sur le

    front de l’évangélisation, innovant sans cesse: prédicateurs de missions

    populaires, professeurs, scientifiques, missionnaires. Les difficultés ne

    leur sont pas épargnées et l’hostilité grandit, aboutissant à la suppression de l’Ordre (décret de Clément XIV) de 1773 à 1814.

    Aujourd’hui, la Compagnie compte environ 25’000 membres engagés dans le

    service de la foi et la défense de la justice et s’efforçant de transmettre

    le message évangélique dans tous les milieux de vie à travers les engagements les plus divers: 8’972 en Europe, 5’315 aux Etats-Unis et au Canada,

    3’582 en Amérique latine et 6’552 en Afrique et en Asie, frères et Pères.

    Leur style de vie demande un grand sens des responsabilités et laisse une

    large place à la discussion personnelle avec les supérieurs et à l’évaluation des iniatiatives à la lumière des situations concrètes telles qu’elles

    se présentent au jour le jour. (apic/cor)

    Encadré

    Les jésuites en Suisse : un peu d’histoire

    Les Jésuites arrivent en Suisse au XVIe siècle. Ils fondent des collèges à

    Lucerne, Fribourg (saint Pierre Canisius), Brigue, Soleure, Porrentruy et

    Sion et prêchent des missions dans les paroisses. Après la guerre du Sonderbund (1847), ils se voient obligés de quitter le pays suite à l’article

    51 de la Constitution fédérale de 1848, qui bannissait les Jésuites à perpétuité. Peu à peu cependant, ils reprennent leurs activités. Ce n’est

    qu’en 1973 que fut abolie en votation populaire la clause de 1848, autorisant enfin les Jésuites à rouvrir leurs maisons et à reprendre leurs engagements en Suisse. (apic/cor)

    Encadré

    Rencontre avec Joël Favre, novice depuis un an

    Joël Favre est novice depuis un an. Il vient d’un village du Gros de Vaud.

    Il m’accueille en cette fin d’après-midi à Notre-Dame de la Route, près de

    Fribourg, l’un des deux centres spirituels de la Compagnie en Suisse. Joël

    revient de son travail à la fabrique, un stage accompli dans le cadre de la

    formation - "pour mieux connaître les conditions de travail des ouvriers et

    être plus proche des réalités" - et qu’il va terminer dans quelques jours

    pour se remettre à l’étude. La discussion s’engage, amicale.

    Joël me fait découvrir son cheminement: après une formation de cuisinier, il entre au séminaire diocésain pour devenir prêtre. Un stage linguistique en Allemagne lui fait partager la vie quotidienne des Jésuites,

    qui l’attire. Il décide alors d’entrer dans la Compagnie. Depuis un an, le

    jeune novice s’initie avec deux autres compagnons au noviciat d’Innsbruck à

    l’oeuvre et à la spiritualité de saint Ignace.

    Une formation à dimension humaine et spirituelle

    Tranquillement, Joël explique les étapes de la formation: une initiation

    de deux ans à la spiritualité ignatienne entrecoupée de stages professionnels, "pour garder le contact", puis deux ans de philosophie, une année de

    vie en communauté, et enfin quatre ans de théologie pour obtenir une licence avant d’être ordonné prêtre. Après quelques années de ministère, le Jésuite accomplit le "Troisième An", temps de prière et de discernement durant lequel il refait les "Exercices spirituels", médités au noviciat. Il

    peut compléter sa formation par une spécialisation: doctorat, ou plus fréquemment seconde licence, dans un domaine profane.

    "Mais ce n’est pas une nécessité, cela dépend de chacun, et la discussion avec les supérieurs joue un rôle important" , me confie Joël. D’ailleurs, ajoute-t-il, "je n’ai jamais été très fort à l’école. Ce qui m’intéresse, c’est l’option pour les pauvres, un point fort dans l’apostolat de

    la Compagnie". (apic/cor)

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