APIC - Dossier
4e assemblée générale du CELAM du 12 au 28 octobre
Bruxelles, 6octobre(APIC) La 4e Conférence générale de l’épiscopat latino-américain (CELAM) se tiendra à St-Domingue du 12 au 18 octobre, après
celles de Rio de Janeiro (1955), Medellin (1968) et de Puebla (1979). Le
pape Jean Paul II présidera à l’ouverture de l’assemblée le 12 octobre.
Mais l’opération qu’il a subie le 15 juin l’a obligé à écourter son voyage
en supprimant les étapes prévues au Mexique, en Jamaïque et au Nicaragua.
Jean Paul II quittera Rome le 9 octobre et séjournera à St-Domingue jusqu’au 14 octobre. Dans le cadre du 500e anniversaire de l’évangélisation de
l’Amérique, ce voyage et cette assemblée risquent d’être décisifs pour
l’avenir de l’Eglise en Amérique latine.
Il y aura exactement 500 ans le 12 octobre que Christophe Colomb posait
le pied sur une petite île des Bahamas, Guanahani, qu’il baptisa San Salvador. Croyant arriver aux Indes par la route de l’ouest, il désigna l’Amérique sous le nom d’"Indes occidentales" et ses habitants furent appelés les
Indiens, nom que les indigènes ont conservé jusqu’à nos jours. Après les
Bahamas, Colomb atteignit Cuba, puis l’île partagée aujourd’hui entre Haïti
et la République dominicaine qu’il appela Hispaniola. C’est de là que partit la conquête de l’Amérique, raison pour laquelle le cinquième centenaire
de la découverte est célébré à St-Domingue.
L’hécatombe de la population indigène
Au moment de l’arrivée de Colomb, on estime le nombre des habitants de
l’île à 400’000. A peine une vingtaine d’années plus tard, ils ne sont plus
que 60’000 et en 1517, on n’en compte plus que 11’000. Les travaux forcés,
les épidémies, les combats et les suicides expliquent cette hécatombe. En
1503, on commença à exploiter les mines d’or et en 1506 on introduisit la
culture sucrière.
Les souverains espagnols avaient obtenu du pape Alexandre VI (de la famille espagnole des Borgia) la concession de toutes les terres et îles découvertes "à condition d’y envoyer des hommes sages et doctes pour instruire les indigènes dans la foi catholique". Les Espagnols furent autorisés à
répartir entre eux les indigènes et à les tenir dans les "encomiendas", à
charge pour eux de leur enseigner la religion chrétienne.
A côté des conquérants avides de pouvoir et d’or, il y eut tout de même
des religieux qui réagirent. Ainsi parmi les premiers, les dominicains de
St-Domingue en 1511 par la voix d’Antonio Montesinos qui accuse les notables de l’île: "Vous êtes tous en état de péché mortel. Dans le péché vous
vivez et vous mourrez, à cause de la tyrannie et de la cruauté dont vous
accablez des gens innocents... Ceux-ci ne sont-ils pas des hommes? N’êtes
vous pas tenus de les aimer comme vous-même?". Mais le plus connu des défenseurs des Indiens reste Bartholomée de Las Casas qui intercéda à plusieurs reprises à la cour d’Espagne pour obtenir des lois protégeant les
indigènes. Dans le même temps il se trouva aussi des théologiens pour expliquer que l’or des Indes était une faveur divine pour encourager les
évangélisateurs. Tous les conquérants disaient croire en Dieu, mais ils ne
s’en faisaient pas tous la même image.
Le rapide effrondrement de la main-d’oeuvre indienne poussa alors les
conquérants à l’importation d’esclaves noirs originaires d’Afrique. St-Domingue en particulier devint une colonie très prospère en profitant de la
force de travail de 400’000 esclaves noirs.
Deux Etats pour une île
L’Hispaniola de Christophe Colomb a donné naissance à deux Etats: Haïti
à l’ouest avec Port-au-Prince pour capitale et la République dominicaine à
l’est avec comme capitale St-Domingue. Avec une superficie de 48’730 Km2,
(un peu plus que la Suisse) la République dominicaine compte 7’200’000 habitants dont 73% de mulâtres, 16% de blancs et 11% de noirs. La population
est catholique à 95%. Plus de 2 millions de personnes s’entassent dans la
capitale.
La misère y cohabite avec une richesse scandaleuse. La préparation des
festivités du 5e centenaire de la découverte de l’Amérique a encore
accentué ce contraste. Un énorme monument de prestige, le "phare de
Colomb", a été construit à proximité du lieu où il débarqua. Sa
construction, payée par plusieurs gouvernements latino-américains, a coûté
dix millions de dollars. Des avenues somptueuses ont été tracées, des
immeubles modernes ont été construits, tandis que les bidonvilles étaient
rasés et que les habitants qui en étaient expulsés n’étaient pas relogés.
La construction du phare et les fêtes la commémoration ont suscité de vives
protestations de la population qui ont déjà coûté la vie à plusieurs
personnes.
Le 11 octobre, Jean Paul II célébrera une messe sur la place devant le
phare contesté. Le Vatican a tenu à rappeler à ce propos que le pape ne va
pas à St-Domingue pour rendre hommage à Christophe Colomb, ni pour rendre
hommage à sa "découverte", mais pour commémorer le début de l’évangélisation et ouvrir l’assemblée générale de l’épiscopat latino-américain. Pendant cette messe, le pape canonisera Ezechiele Moreno y Diaz, un évêque
équatorien du siècle passé. Certains se demandent pourquoi un évêque connu
comme "peu démocratique" est porté sur les autels alors que les pauvres auraient accepté volontiers Las Casas comme modèle. Ils voient dans ce geste
une remise en question de "l’option préférentielle pour les pauvres".
Options pastorales pour le continent
L’enjeu de la visite du pape dépasse les fontières du pays et concerne
l’avenir de l’Eglise dans ce continent. Le 12 octobre, Jean Paul II ouvrira
la 4e assemblé générale du CELAM. Ce rassemblement délibératif de type synodal a été créé dans les années 1950 sous l’impulsion de Dom Helder Camara,
alors évêque auxiliaire de Rio de Janeiro, et de Mgr Manuel Larrain, évêque
de Talca au Chili.
En 1968, la 2e Conférence à Medellin en Colombie essayait de traduire
Vatican II dans le contexte latino-américain et marquait un réel tournant
dans l’action pastorale de l’Eglise. Sans que n’apparaisse encore le terme
précis "d’option préférentielle pour les pauvres", l’Eglise s’engageait
dans une éducation libératrice à tous les niveaux. Elle voulait se construire pauvre et avec les pauvres. Medellin encourageait donc les communautés ecclésiales de base et en particulier le lien qui y est pratiqué entre la vie quotidienne, la lecture de la Bible et la célébration.
En 1979, malgré les manoeuvres de certains milieux conservateurs et contre toute attente, à Puebla au Mexique, les options de Medellin sont sauvées. L’expression "option préférentielle pour les pauvres" apparaît. Mais
le texte final reste un compromis qui fut l’objet de manoeuvres et de corrections de la part de la curie romaine.
La Conférence de St-Domingue
La dernière décennie peut être considérée comme perdue pour le développement de l’Amérique latine. Les situations de pauvreté et de misère se
sont multipliées et les pays sont écrasés sous le poids de la dette extérieure. La place de l’Eglise face à ce défi est remise en cause.
La préparation de St-Domingue a commencé depuis plusieurs années. Chaque
Conférence épiscopale a désigné ses délégués, un pour cinq évêques. Ces nominations devaient ensuite être ratifiées par le Saint-Siège. Un conflit
s’est développé au Brésil autour du choix de Mgr Candido Padin , ancien
évêque de Bauru, connu pour son engagement pour les pauvres qui a été récusé par le Vatican parce que étant à la retraite , alors que dans le même
temps la règle de la limite d’âge n’était pas appliquée pour certains invités de la curie. 40 évêques et un cardinal ont adressé un lettre au pape
pour lui demander de revoir cette décision.
Le Saint-Siège souhaite un fonctionnement inspiré du Synode des évêques
où le pape reçoit les conclusions de la Conférence et rédige ensuite son
propre texte. Face à cela, de nombreux pasteurs latino-américains se souviennent des corrections introduites par la curie après Puebla. Ils font
observer que cette méthode est contraire au fonctionnement traditionnel de
l’Eglise.
Les évêques d’Amérique latine sont de plus en plus nombreux à déplorer
le centralisme romain. Les diverses péripéties de la préparation de St-Domingue en témoignent. Les questions de priorités pastorales et de pouvoir
sont au centre du débat. Ecoute-t-on les pauvres ou reste-t-on marqué par
la crainte du marxisme? Le pouvoir vient-il d’en haut ou d’en bas, du centre ou de la périphérie?
Le document de travail même s’il ne fait pas tout à fait l’unanimité a
rencontré un large consensus y compris chez les progressistes. Mais il a
été fortement amendé par rapport aux premières versions et tient compte des
apports des conférences épiscopales nationales. L’option pour les pauvres
est maintenue mais ne constitue pas l’axe central du document, ce qui fait
craindre à certains qu’on lui enlève sont caractère "préférentiel". Ils dénoncent aussi la suppression dans le document, à l’initiative de Rome, de
toute allusion au martyr de Mgr Romero et des six jésuites assassinés par
l’armée du Salvador. La nomination de personnalités réputées conservatrices
à la direction de l’Assembleé inquiéte aussi. On cite notamment parmi les
trois présidents, Mgr Serafim Fernandes de Araujo archevêque de Belo Horizonte et au secrétairiat général Mgr Jorge Medina Estevez, proche du général Pinochet.
La liste des participants de l’Assemblée de St-Domingue compte 361 noms
dont 234 évêques disposant du droit de vote. Parmi les évêques, 12 ont été
désignés par le pape et 11 sont membres de la Curie les autres ont étés
désignés par les 22 Conférences épiscopales nationales. Les 137 participants sans droit de vote sont des délégués des divers secteurs du peuple de
Dieu: 22 prêtres, 4 diacres permanents, 7 religieux, 9 religieuses, 12 supérieurs religieux (hommes et femmes), 16 laïcs, ainsi que 22 invités, 20
experts et 5 observateurs d’autres Eglises. (apic/cip/mp)