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    Eglise: la dimension oecuménique du nouveau Catéchisme (240193)

    APIC- Dossier

    Le point de vue de Max Thurian

    Fribourg, 24janvier(APIC/Max Thurian) Accueilli avec enthousiasme par les

    uns, avec méfiance par d’autres, le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique ne laisse personne indifférent. Le frère Max Thurian, de la communauté

    de Taizé, qui fut observateur au Concile Vatican II et collaborateur actif

    du Conseil oecuménique des Eglises à Genève, apporte ci-dessous son éclairage sur l’apport de cet ouvrage pour le dialogue oecuménique. Il y voit

    deux éléments fondamentaux: un exposé clair, précis et complet de la doctrine catholique depuis Vatican II, et une occasion pour toutes les autres

    communions chrétiennes de vérifier en toute liberté leur foi et d’approfondir leur compréhension de la Parole de Dieu.

    La recherche de l’unité visible des chrétiens exige un dialogue oecuménique fondé sur un témoignage franc et clair des vérités de la foi. L’unité

    ne se fera pas dans la confusion doctrinale ou dans la recherche d’un plus

    petit dénominateur commun. L’unité visible des chrétiens ne peut se fonder

    que sur la vérité plénière comprise dans la clarté doctrinale et dans la

    charité fraternelle.

    Les dialogues théologiques entre l’Eglise catholique et les diverses

    communions chrétiennes, après Vatican II, ont toujours souhaité suivre cette méthode de la clarté dans l’ouverture. Ils sont déjà parvenu à des résultats importants. Cependant, pour fonder la position doctrinale catholique, il fallait parfois recourir à diverses sources dans la Tradition, et

    il n’était pas toujours facile de mettre d’accord les théologiens sur l’importance de tel ou tel texte du magistère. Il manquait souvent un texte de

    référence inclusif de toute la Tradition, où l’on puisse trouver la doctrine complète et sûre de l’Eglise catholique, dans tout son développement homogène, y compris l’étape importante de Vatican II.

    Une lacune comblée

    Le Catéchisme de l’Eglise catholique comble cette lacune et permet de

    connaître la doctrine catholique concernant tous les points importants de

    la foi. Il sera donc une aide précieuse pour les dialogues oecuméniques, où

    il est toujours nécessaire de connaître les positions de chaque partenaire

    pour discerner les convergences ou noter les divergences en toute clarté et

    honnêteté. De nombreuses pages du Catéchisme révéleront une communauté de

    foi entre les chrétiens, en particulier dans la première partie concernant

    la profession de foi en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit et dans la dernière partie sur la prière chrétienne.

    Certains points délicats du dialogue oecuménique trouvent dans le Catéchisme un éclairage propre à dissiper les malentendus, tant il est vrai que

    lorsque la vérité est exprimée dans toute sa clarté et selon la dimension

    biblique et traditionnelle complète, elle entraîne plus sûrement la conviction.

    Une grande place est faite à l’Ecriture Sainte dans le Catéchisme qui la

    cite constamment pour fonder ses affirmations. L’Ecriture et la Tradition

    jaillissent d’une source divine identique, elles ne forment qu’un tout et

    tendent à une même fin (no 80 citant Dei Verbum). La certitude de l’Eglise

    est résumée au no 135: "Les Saintes Ecritures contiennent la Parole de Dieu

    et, puisqu’elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole."

    (D.V.24) L’Eglise exhorte tous les chrétiens à acquérir par la lecture fréquente des Saintes Ecritures la connaissance profonde de Jésus-Christ. "En

    effet ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ." (no 133 citant saint

    Jérôme et D.V.25)

    L’Eglise mère de notre nouvelle naissance

    Avant d’expliquer le Credo, le Catéchisme montre que le salut vient de

    Dieu seul et nous est communiqué par la foi que nous transmet l’Eglise notre mère: "nous croyons l’Eglise comme la mère de notre nouvelle naissance,

    et non pas en l’Eglise comme si elle était l’auteur de notre salut. Parce

    qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi." (no 169

    citant Faustus de Riez). La grâce de Dieu suscite en nous la foi qui nous

    rattache au Christ: "Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et attirés par le

    Père, nous croyons et confessons au sujet de Jésus: ’Tu es le Christ, le

    Fils du Dieu vivant’(Mt. 16,16). C’est sur le roc de cette foi, confessée

    par saint Pierre, que le Christ a bâti son Eglise." (no 424 citant Léon le

    Grand)

    A propos de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, le Catéchisme reprend l’enseignement de Vatican II, en particulier le décret sur

    l’oecuménisme. "Cette Eglise comme société constituée et organisée dans le

    monde est réalisée dans (subsistit in) l’Eglise catholique gouvernée par le

    successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui." (no

    816) C’est par elle que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. (Unitatis Redintegratio 3) Cependant, ceux qui naissent aujourd’hui

    dans des communautés séparées de l’Eglise catholique et qui vivent la foi

    au Christ, "l’Eglise catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...) Justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils

    portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Eglise catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur" (no

    818, U.R.3) Beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité existent en

    dehors des limites visibles de l’Eglise catholique. (Lumen Gentium 8)

    "L’Esprit du Christ se sert de ces Eglises et communautés ecclésiales comme

    moyens de salut dont la force vient de la plénitude de grâce et de vérité

    que le Christ a confié à l’Eglise catholique. Tous ces biens proviennent du

    Christ et conduisent à lui et appellent par eux-mêmes l’unité catholique."

    (no 819) Toute la conception de l’oecuménisme catholique de Vatican II est

    contenue dans cette phrase.

    Le baptême lien sacramentel de l’unité des chrétiens

    Le Catéchisme donne également un "programme" de travail oecuménique pour parvenir un jour à l’unité visible des chrétiens - qui comprend les

    éléments suivants: renouveau permanent de l’Eglise, conversion du coeur

    pour mieux vivre l’Evangile, prière en commun, connaissance réciproque fraternelle, formation oecuménique, dialogue entre théologiens, rencontres entre chrétiens, collaboration dans le service des hommes. (no 821)

    Dans le chapitre sur les sacrements de l’initiation chrétienne, le baptême est appelé "le lien sacramentel de l’unité des chrétiens" (no 1271),

    conformément au Concile Vatican II (U.R.22). Ce sacrement est le fondement

    de la communion entre tous les chrétiens, également avec ceux qui ne sont

    pas encore en pleine communion avec l’Eglise catholique. Le Catéchisme affirme ainsi, avec Vatican II, que la communion entre tous les chrétiens,

    même si elle est imparfaite, a un caractère sacramentel par le baptême commun qui les situe dans une communauté de vie dans le corps du Christ. C’est

    là le grand progrès de l’oecuménisme et la promesse d’une unité toujours

    plus profonde.

    Eucharistie: action de grâce, mémorial, présence

    En ce qui concerne l’Eucharistie, le Catéchisme a su unir la doctrine

    traditionnelle des Pères et du Concile de Trente à l’approndissement biblique du renouveau liturgique qui a préparé le Concile Vatican II. Le dialogue oecuménique sur le baptême, l’Eucharistie et le ministère poursuivi ces

    dernières années par la Commission "Foi et Constitution" (Conseil Oecuménique des Eglises (COE)de Genève, BEM) avec la participation active des théologiens catholiques, a permis un grand rapprochement dans la foi. L’Eglise

    catholique a fait une réponse officielle constructive à ce dialogue universel, unique dans l’histoire.

    La doctrine catholique traditionnelle exprimée par le Catéchisme montre

    quels progrès ont été accomplis ces dernières années dans la réflexion

    théologique concernant l’Eucharistie, en particulier en ce qui concerne "le

    sacrifice sacramentel: action de grâce, mémorial, présence" (No 1356-1381)

    L’Eglise catholique reconnaît sa communion doctrinale avec les Eglises

    orthodoxes à propos de l’Eucharistie et du saccerdoce, ce qui lui permet

    d’envisager "un certaine communion ’in sacris’" (no 1399). Avec les communautés ecclésiales issues de la Réforme, l’intercommunion n’est pas possible à cause des divergences concernant le sacrement de l’ordre, le sacerdoce et l’épiscopat (no 1400). Cependant, l’Eglise prévoit, dans certains

    cas, que les ministres catholiques peuvent donner l’Eucharistie aux autres

    chrétiens qui ne sont pas en pleine communion avec l’Eglise catholique, et

    qui le demandent spontannément, à condition qu’ils manifestent la foi eucharistique catholique et soient dans les dispositions requises (no 1401).

    L’Eglise veut ainsi témoigner de son ouverture et de son attention à la

    doctrine du sacerdoce et des sacrements.

    Marie est l’orante parfaite, figure de l’Eglise

    Les parties sur "la vie dans le Christ" et "la prière chrétienne" seront

    stimulantes pour la réflexion chrétienne commune: la liberté de l’homme, la

    conscience morale, la loi et la grâce, la tradition de la prière, l’Oraison

    dominicale... Sur beaucoup de points, le dialogue oecuménique pourra manifester l’accord des chrétiens.

    Même sur des points qui font encore difficulté dans le dialogue oecuménique, le Catéchisme ouvre des perspectives pleines de promesses. Ainsi en

    est-il du rôle de Marie dans la prière du chrétien. Il nous plaît de citer

    ce beau texte : "Marie est l’orante parfaite, figure de l’Eglise. Quand

    nous la prions, nous adhérons avec elle au dessein du Père qui envoie son

    Fils pour sauver tous les hommes. Comme le disciple bien aimé, nous accueillons chez nous la Mère de Jésus, devenue la mère de tous les vivants.

    Nous devons prier avec elle et la prier. La prière de l’Eglise est comme

    portée par la prière de Marie. Elle lui est unie dans l’espérance." (no

    2679)

    Ce Catéchisme de l’Eglise catholique ne pourrait-il pas être pour toutes

    les communions chrétiennes, en toute liberté, une occasion de vérification

    de leur foi et d’approfondissement de leur compréhension de la Parole de

    Dieu? Ce serait là un service oecuménique que le Catéchisme pourrait rendre

    en vue de l’unité visible de tous les chrétiens pour laquelle le Christ a

    ardemment prié. (apic/Max Thurian/mp)

    Les intertitres sont de la rédaction

    Encadré

    Max Thurian est né en 1921 à Genève. Il a pris ses engagements à vie dans

    la Communauté de Taizé en 1949. En compagnie de Frère Roger, fondateur de

    la Communauté, il a participé comme observateur au Concile Vatican II. Il

    fut également collaborateur actif du Conseil oecuménique des Eglises. Il

    est l’auteur de nombreux ouvrages portant notamment sur Marie, la confession, l’Eucharistie et le mariage. Il a été ordonné prêtre catholique en

    1987. (apic/mp)

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