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    apic/Donval/Famille

    APIC - INTERVIEW

    Le professeur Albert Donval s’exprime sur le sens de la famille (020994)

    "La famille est terrestre, passagère, transitoire"

    Boncourt, 2septembre(APIC) Psychosociologue, philosophe et théologien,

    enseignant à l’Institut des sciences et de la famille à l’Université de Lyon, Albert Donval était présent jeudi à Boncourt, dans le Jura, dans le cadre de la Quinzaine des familles, qui se clôturera dimanche à Saignelégier.

    Chargé de la formation au Conseil conjugal et familial, il s’exprime ici

    sur le sens de la famille, sur les enjeux qui se posent. Année internationale de la famille oblige.

    APIC: La cellule familiale d’aujourd’hui s’est rétrécie au couple et à

    l’enfant... Ne pensez-vous pas que la société attend trop d’eux?

    A. D.: C’est vrai qu’aujourd’hui la famille repose prioritairement sur

    le couple. Il en est l’un des piliers, l’autre étant l’enfant. Que les

    rapports entre hommes et femmes soient pensés en tant que couple est relativement récent. On se mettait autrefois en ménage. On se met à présent en

    couple. Le couple qui est ce par quoi on commence une famille. Et qui a

    pris une signification de couple amoureux marqué par des attentes conscientes et inconscientes très denses. Faire reposer la famille, institution sociale, sur un couple qui est de l’ordre intérieur et affectif, est osé voire hasardeux.

    L’enfant, pour sa part, est devenu une valeur seconde par rapport au

    couple. Il n’est plus roi. Le couple a la priorité sur lui. Et son destin

    est dépendant de la signification et du destin du couple. De sorte qu’il

    est fragilisé. C’est très imprudent de penser la famille ainsi. Nous risquons d’aboutir à une inflation démesurée de désirs et d’attentes par rapport au couple et à l’enfant.

    APIC: En France, 1,6 million d’enfants ont seulement un père ou une mère

    pour les élever; 600’000 enfants sont partagés entre deux foyers. De quel

    cadre légal faudrait-il entourer ces familles pour qu’elles sortent de

    leurs incertitudes?

    A. D.: La multiplication des enfants de familles monoparentales ou recomposées est reliée à la fragilité du couple. Car c’est bien du divorce du

    couple que proviennent ces situations. L’ancien droit est organisé autour

    de l’institution du mariage. Dans la mesure où le mariage n’est plus l’instance fondatrice du droit, vers quelle autre instance se tourner? On n’a

    pas le choix. On ne reviendra pas à une situation rigorisite parce que le

    droit a évolué du côté du respect de l’individu, des personnes. Il favorise

    l’égalité entre l’homme et la femme.

    Dans le cas des enfants du divorce, les situations sont réglées au fur

    et à mesure qu’elles arrivent sans qu’il y ait de valeur de référence déterminée. Or il faudrait bien recadrer les règles juridiques de la filiation. Car on risque, si le droit ne devient pas plus certain, de renforcer

    les incertitudes des personnes.

    APIC: Le maintien d’un idéal familial et maternel - le père au travail,

    la mère au foyer - forgé au XVIIIe et XIXe siècles n’est-il pas discriminatoire?

    A. D.: Ce modèle-là, dans les faits, est complètement révolu. Cet idéal

    familial et maternel n’est plus réductible au fait social. Je reconnais la

    place privilégiée de la femme face à l’enfant. J’ai mesuré combien le père

    peut être père par la grâce et la médiation de la mère. Car la paternité

    repose sur le social. Le père a moins d’atouts pour fonder sa paternité que

    la mère pour fonder sa maternité. Mais on n’a pas le droit de passer de ce

    plan-là pour discriminer l’un ou l’autre s’agissant de leur place dans la

    société.

    APIC: Le rôle des familles chrétiennes?

    A. D.: Les chrétiens n’ont pas le monopole du sens de la vie familiale.

    Ils croient à la conjugalité. C’est un pari énorme que de trouver son bonheur l’un par l’autre. C’est aussi un danger de sacraliser la famille, de

    l’idéaliser. Car elle est le lieu très ambigu de l’amour, de la haine, de

    la vie, de la mort.

    La famille a de la valeur, certes, mais une valeur relative. Il ne faut

    pas tout miser sur elle. Elle est terrestre, passagère, transitoire. Le

    chrétien devrait avoir la disponibilité d’esprit pour rester libre de ses

    liens familiaux. Il faut occuper sa position de parents en cessant d’être

    des enfants et des adolescents. Se poser en adulte qui permet à ses enfants

    de s’en sortir. (apic/propos recueillis par Michèle Fringeli/pr)

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