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    APIC - Document

    "Appel suppliant" pour la continuation

    du dialogue entre catholiques et orthodoxes

    Dix conditions pour un dialogue fructueux (210197)

    I. Les motifs d’une inquiétude"

    Des théologiens et des personnalités de l’Eglise catholique-romaine et de

    l’Eglise orthodoxe se sont réunis au monastère de Chevetogne, le mardi 8

    octobre 1996, pour réfléchir avec la communauté des moines sur les problèmes que rencontre le dialogue théologique de la Commission mixte internationale entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe, et sur les

    moyens de les résoudre afin que ce dialogue prenne un nouvel élan.

    Le but ultime de ce dialogue est le rétablissement de la pleine communion dans la foi et les sacrements entre les deux Eglises soeurs. En 1980, il

    a été mis en route dans l’enthousiasme à Patmos et à Rhodes. Toutes les

    Eglises orthodoxes locales et l’ensemble de l’Eglise catholique s’y sont

    engagées solennellement sous le regard de Dieu.

    La Commission mixte comporte une soixantaine de membres, évêques et

    théologiens, tous délégués officiels de leur Eglise, signifiant ainsi l’importance de premier ordre que les autorités des deux Eglises attachent à ce

    dialogue.

    Au cours des années, la Commission a produit des documents communs sur

    des sujets fondamentaux concernant la vie sacramentelle de l’Eglise (Munich

    1982, Bari 1986/87, Nouveau-Valamo 1988) et sur le problème de l’uniatisme

    (Balamand 1993). Mais depuis quelques années déjà, le dialogue est entravé

    par de graves difficultés. Ces difficultés n’ont fait que croître au cours

    des dernières années et la Commission mixte ne s’est plus réunie depuis

    1993.

    Cette interruption a provoqué une vive inquiétude parmi tous ceux qui

    ont mis dans ce dialogue une grande espérance: retrouver la pleine

    communion entre catholiques et orthodoxes. Cela signifie d’abord partager

    de façon visible la pleine communion avec Dieu dans la foi, l’espérance et

    la charité, et dans la vie ecclésiale. Par là, les deux Eglises soeurs

    pourront, à la face du monde, rendre ensemble témoignage au Christ. Le

    dialogue en vue de retrouver la pleine communion n’est pas un luxe, c’est

    une exigence de l’Evangile. Nous avons besoin les uns des autres pour

    répondre aux défis de la société où nous vivons.

    II. Dix conditions pour un dialogue fructueux"

    "Pour que le dialogue puisse continuer et reprendre un nouvel élan, nous

    croyons qu’il faut:

    1. Créer un climat de confiance et d’estime réciproques, à tous les niveaux, fait d’humilité, de sincérité et de pardon. Le dialogue n’est pas

    entre frères ennemis, mais entre membres d’Eglises soeurs. De la part de

    chacun il exige une nécessaire conversion du coeur, toujours à reprendre.

    Cette conversion du coeur doit se répercuter effectivement dans la vie de

    nos Eglises auprès des fidèles comme auprès des pasteurs.

    2. Apprendre à se mettre à la place de l’autre, en particulier de ceux qui

    ont souffert la persécution, pour surmonter ce qui en nous et dans chacune

    de nos communautés est inconscient et passionné dans nos attitudes à

    l’égard de l’autre.

    3. Procéder à une "purification de la mémoire" qui suppose cette confiance

    réciproque et qui la fait croître, permettant de réécrire ensemble notre

    histoire.

    4. Faire concorder nos actes avec nos déclarations. Poser des gestes d’une

    portée réelle qui signifient cette concordance de nos actes avec nos paroles de paix.

    5. Accompagner constamment le dialogue officiel à tous les niveaux par le

    dialogue de la charité ou dialogue de l’amour : "Que l’amour fraternel vous

    lie d’une mutuelle affection; rivalisez d’estime réciproque" (Rm 12,10).

    6. Etre conscients que le dialogue au sommet ne peut suffire s’il n’est accompagné du dialogue au niveau local, là spécialement où existent des situations difficiles; que le dialogue au niveau international (dialogue au

    sommet) n’a pas d’impact dans la vie de l’Eglise si ses résultats ne se répercutent pas au niveau local.

    7. Etablir une corrélation entre les résultats des dialogues au niveau local et les travaux de la Commission internationale: ce qui se fait en France, aux Etats-Unis, à Antioche ou en Ukraine entre orthodoxes et catholiques doit se répercuter au niveau de la Commission internationale, et réciproquement.

    8. Encourager les actions communes et les échanges entre catholiques et

    orthodoxes; mettre en pratique, si possible en commun, les règles énoncées

    dans le document de Balamand.

    9. Coordonner ce dialogue et ces actions communes entre orthodoxes et catholiques et la collaboration avec les autres chrétiens, en sorte que la

    recherche de la pleine communion entre les deux Eglises orthodoxe et catholique ne puisse jamais apparaître comme menée contre eux, mais bien en faveur de l’unité de tous ceux qui se réclament du Christ ;

    10. Reconstituer le "tissu conciliaire" à tous les niveaux de la vie ecclésiale et, en ce qui concerne la primauté et la conciliarité, mettre en pratique le canon 34 des apôtres qui prescrit: "Les évêques de chaque nation

    doivent savoir lequel d’entre eux est le premier et le regarder comme leur

    tête et ne jamais rien faire d’important sans son avis, si ce n’est ce qui

    concerne leur propre diocèse et les villages qui en dépendent; celui-ci de

    son côté ne doit jamais agir sans l’avis de tous. Ainsi, en effet, la concorde régnera et Dieu sera glorifié par le Seigneur dans le Saint-Esprit."

    Ce canon, cher à l’ecclésiologie orthodoxe, appartient à notre tradition

    canonique commune et il est cité comme normatif par le pape Jean VIII l’année même de la réconciliation entre Rome et Constantinople en 879 (Ep. 223,

    PL 126, 837).

    III. Notre appel et ses destinataires

    "Nous adressons cet appel aux Autorités de nos deux Eglises. C’est un

    appel pressant pour que le dialogue puisse continuer. Il faut pour cela que

    les obstacles actuels soient abordés dans un esprit de communion et non en

    esprit de rivalité.

    "Cette réunion s’étant tenue au monastère de Chevetogne, nous adressons

    aussi cet appel tout spécialement aux moines et aux moniales de nos deux

    Eglises. Par leur vocation, leur vie est vouée à la communion avec Dieu et

    avec leurs frères et soeurs. Nous leur demandons de joindre leur prière à

    la nôtre pour que le Seigneur nous montre les voies de l’unité. Prier pour

    la pleine communion dans la foi et les sacrements et agir dans la vérité de

    l’Evangile est une tâche qui revient à tous, mais plus directement aux moines et aux moniales : "Bienheureux les artisans de paix, car il seront appelés fils de Dieu" (Mt 5,9)."

    Cet appel a été envoyé au pape Jean-Paul II, au patriarche oecuménique

    Bartholomée Ier de Constantinople, aux patriarches et archevêques responsables des Eglises orthodoxes autocéphales engagées dans le dialogue théologique officiel entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, ainsi

    qu’aux deux coprésidents de la Commission internationale chargée de ce dialogue: le cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical pour

    l’Unité des chrétiens, et l’archevêque Stylianos d’Australie.

    L’appel a d’abord été signé par les personnalités suivantes: - Mme E.

    Behr-Sigel, professeur émérite à l’Institut St-Serge à Paris; - le Père Boris Bobrinskoy, doyen du même Institut; - le Père Frans Bouwen, "Proche

    Orient Chrétien", Sainte-Anne, Jérusalem; - le prof. Olivier Clément, de

    l’Institut St-Serge à Paris; - le Père Joseph Famerée, prof. de théologie

    orientale à l’UCL; - le prof. Nicolas Lossky, de l’Institut St-Serge à Paris; - le prof. Jean Tchekan du "Service Oecuménique de Presse" à Paris. A

    ces signatures s’ajoutent celle de Dom Michel Van Parys, abbé de Chevetogne

    et celles des moines de la communauté. (apic/com/mp)

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