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    CEI: Directives romaines aux responsables de l’Eglise (190892)

    APIC-Document

    catholique en Russie et dans les autres pays de l’ex-URSS

    Non au prosélytisme

    Rome, 19août(APIC) "Prosélytisme", "braconnage", "structures parallèles":

    ce sont quelques unes des accusations de responsables orthodoxes contre

    l’Eglise catholique et le Saint-Siège en particulier, suite à diverses initiatives catholiques prises dans le cadre de la "nouvelle évangélisation de

    l’Europe". Le climat oecuménique s’en est trouvé gravement altéré, au point

    que plusieurs Eglises orthodoxes, notamment le Patriarcat de Moscou, a refusé d’envoyer des délégués au synode sur l’Europe fin 1991. Un sommet catholique-orthodoxe s’est tenu en mars dernier à Genève, permettant de dissiper certains malentendus. Suite à ce sommet, le Saint-Siège a élaboré un

    document qui proscrit sévèrement tout prosélytisme.

    La note, datée du 1er juin, est intitulée "Principes généraux et normes

    pratiques pour coordonner l’évangélisation et l’engagement oecuménique de

    l’Eglise catholique en Russie et dans les autres pays de la CEI". Elle est

    publiée par la Commission "Pro Russia", créée dans le cadre de la secrétairerie d’Etat et qui compte quatre membres: Mgr Jean-Louis Tauran et Mgr

    Giovanni Battista Re, les deux principaux collaborateurs du cardinal Sodano

    à la secrétairerie d’Etat, Mgr Miroslav Marusyn et le Père Pierre Duprey,

    secrétaires respectivement de la Congrégation pour les Eglises orientales

    et du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens.

    Le document est destiné aux évêques et administrateurs apostoliques catholiques nommés dans les territoires de l’ex-URSS. Il a ensuite été transmis aux épiscopats du monde entier, aux supérieurs majeurs des instituts

    religieux et aux mouvements de laïcs reconnus au niveau international. Les

    patriarches et les chefs de diverses Eglises orientales en ont aussi reçu

    copie comme preuve de loyauté de la part de l’Eglise catholique, dans le

    respect d’un sain oecuménique.

    Aucune concurrence avec l’Eglise orthodoxe

    Du côté orthodoxe, on avait particulièrement mal accueilli la reconnaissance des diocèses uniates (10 évêques) et la création de nouveaux diocèses

    de rite latin sur le territoire de l’ex-URSS, avec la nomination ou la reconnaissance d’une douzaine d’évêques: 5 en Ukraine, 2 en Lettonie, 2 en

    Biélorussie, ainsi que 2 administrateurs apostoliques en Russie et 1 au Kazakhstan. Parmi les huit principes généraux énoncés dans le document, l’un

    porte sur la nécessité d’une nouvelle évangélisation des communautés catholiques dans les territoires de l’ex-URSS, "après 70 ans d’athéisme officiel", qui a motivé la prompte réorganisation de la hiérarchie locale, explique le document, en affirmant "le droit et le devoir de pourvoir aux besoins spirituels des catholiques". Cela suppose, souligne-t-il, une réorganisation de la hiérarchie et un clergé suffisamment nombreux.

    Les nouvelles structures apostoliques qui se mettent en place ne "visent

    absolument pas à faire entrer l’Eglise catholique en concurrence avec

    l’Eglise orthodoxe russe ou avec les autres confessions chrétiennes. Ce

    qu’on appelle prosélytisme - c’est-à-dire toute pression sur la conscience

    - sous quelque forme ou par quelque personne qu’il soit pratiqué, est totalement différent de l’apostolat et n’est nullement la méthode dont s’inspirent les pasteurs de l’Eglise catholique ". L’activité apostolique dans les

    territoires de la CEI et de l’Europe orientale exige des catholiques "tant

    la fidélité à leur mission qu’une vraie sollicitude pour leurs frères orthodoxes, dans le respect de leur foi, afin de préparer avec eux l’unité

    ecclésiale voulue par le Christ".

    Promouvoir l’unité: une priorité pastorale

    Si l’Eglise est missionnaire, l’engagement de promouvoir l’unité s’inscrit dans cette mission, et il doit être pour les institutions de l’Eglise

    catholique dans les territoires de la CEI. "l’une des priorités pastorales". "En effet, enchaîne la note, la voie à suivre pour réaliser l’unité

    des chrétiens n’est nullement le prosélytisme, mais le dialogue entre disciples du Christ, dialogue nourri par la prière et réalisé dans la charité,

    afin de rétablir entre l’Eglise byzantine et l’Eglise de Rome la pleine

    communion qui existait au premier millénaire. Ce dialogue doit s’établir

    aussi bien au niveau local qu’au niveau régional et universel, et il a pour

    but de favoriser une confiance réciproque, de manière que tous les chrétiens de diverses confessions puissent collaborer dans certaines activités

    apostoliques, sociales et culturelles.

    "Se reconnaissant membres d’Eglises qui conservent en grande partie un

    patrimoine commun sacramental, liturgique, spirituel et théologique, catholiques et orthodoxes peuvent rendre un témoignage commun au Christ, face au

    monde qui aspire lui-même à son unité. Le patrimoine commun est tel qu’il

    favorise l’action commune, dans le respect des traditions propres".

    Apostolat n’est pas prosélytisme.

    Il est "certain", affirme le document, que l’activité de l’Eglise catholique dans les territoires de la CEI "devra s’exercer selon des modalités

    substantiellement différentes de celles de la mission ’ad gentes’".

    Rappelant les conditions spéciales dans lesquelles sont nées et se sont

    développées les Eglises d’Orient, le texte précise: "l’Eglise catholique de

    rite latin dans ces territoires doit donc avoir en haute estime les traditions orientales qui les ont profondément marqués, et en particulier celles

    de l’Eglise orthodoxe. Sortie, elle aussi, d’une longue période de persécution, de difficultés et de conditionnements de tous genres, l’Eglise orthodoxe se trouve affrontée aujourd’hui à la lourde tâche de la nouvelle évangélisation de populations traditionnellement orthodoxes, mais qui ont été

    éduquées et ont grandi dans l’athéisme".

    "Dans le dialogue fraternel avec les évêques locaux de l’Eglise orthodoxe et en total respect pour la confession religieuse des citoyens, les pasteurs de l’Eglise latine veilleront donc à promouvoir la collaboration avec

    l’Eglise orthodoxe dans tous les secteurs où elle est possible, afin que

    resplendisse aux yeux de tous l’unité dans la charité qui doit régner entre

    les deux Eglises, et qui est la prélude à la pleine communion ecclésiale".

    Le document rappelle aussi aux Eglises orientales unies à Rome, en particulier à l’Eglise catholique de rite byzantin ukrainien, que Vatican II

    leur a assigné la charge de promouvoir l’unité de tous les chrétiens, notamment orientaux, y compris "par une meilleure connaissance mutuelle, par

    la collaboration et l’estime fraternelle des choses et des hommes".

    Le document en vient alors aux tensions auxquelles a donné lieu la réorganisation de l’Eglise catholique dans les pays de la CEI, spécialement en

    Ukraine, à propos de l’assignation des lieux de culte. On ne peut appeler

    "prosélytisme", relève-t-il, le fait que des communautés entières, obligées

    hier de se déclarer orthodoxes, aient, une fois la liberté retrouvée, manifesté leur appartenance à l’Eglise "gréco-catholique". Après avoir évoqué

    "le pénible incident de parcours" qu’ont constitué les controverses à propos des lieux de culte, le document rappelle que le Saint-Siège, en accord

    avec le patriarcat de Moscou, avait cherché à la prévenir en établissant,

    en janvier 1990, des lignes directrices qui auraient dû assurer une répartition sereine. Si "cette bonne intention n’a pas eu le succès escompté",

    c’est "en raison de la situation locale héritée du passé récent. Mais on ne

    peut faire retomber sur une seule des parties la responsabilité de l’échec

    du travail entrepris". Et si des situations de malaise subsistent, seul le

    dialogue permettra de les résoudre.

    Restaurer la confiance

    A la lumière des principes généraux sont énoncées dans une seconde partie autant de directives pratiques. Elles sont soumises aux pasteurs de

    l’Eglise catholique sur place, afin de "dissiper les craintes qui se sont

    fait jour dans l’Eglise orthodoxe et rétablir la confiance réciproque".

    Les pasteurs "s’efforceront de promouvoir une saine formation oecuménique de tous les agents de la pastorale"; ils "favoriseront de toutes les

    manières possibles la bonne entente avec les autorités locales de l’Eglise

    orthodoxe, sachant comprendre les difficultés que traverse cette dernière,

    afin de contribuer à créer un climat de confiance et de sereine collaboration. Même s’il y a eu des motifs d’opposition dans le passé, ils rappeleront à leurs fidèles que seule la conversion du coeur, en pardonnant sincèrement à ceux qui les ont offensés, leur permet de s’appeler vraiment disciples du Christ".

    Transparence

    La deuxième directive rappelle que les évêques, "qui sont les responsables et garants de toutes les initiatives pastorales promues pour favoriser

    la vie religieuse des communautés catholiques", sont tenus de "veiller à ce

    qu’aucune activité entreprise dans le cadre de leur circonscription ecclésiastique ne risque d’être interprétée comme une "structure parallèle

    d’évangélisation". Il s’agit d’éviter aussi bien un faux oecuménisme qu’un

    "zèle immodéré". En conséquence, les prêtres, religieux et laïcs qui désirent exercer un ministère apostolique dans les pays de la CEI doivent agir

    "en étroite collaboration avec les Ordinaires des lieux et sous leur dépendance, en s’abstenant de toute initiative qui n’ait pas été préalablement

    approuvée par ces Ordinaires et en respectant scrupuleusement les directives qu’ils ont fixées".

    Toujours dans le but de favoriser des relations harmonieuses avec

    l’Eglise orthodoxe et pour donner une preuve de la transparence qui doit

    exister dans toutes les initiatives pastorales de l’Eglise catholique, les

    pasteurs "informeront les Ordinaires de l’Eglise orthodoxe de toutes les

    initiatives pastorales importantes, notamment ce qui concerne la création

    de nouvelles paroisses pour répondre aux exigences des communautés catholiques existant en un lieu".

    Le Saint-Siège est "certain que les évêques orthodoxes, qui partagent

    les mêmes soucis d’évangélisation à l’égard de leurs fidèles, seront heureux de favoriser l’assistance sprituelle des communautés catholiques existant sur le territoire de leurs diocèses, entre autre par la restitution

    des églises aux communautés catholiques orientales ou latines, là où celles-ci en sont encore privées". Cependant, en cas de divergence sur l’opportunité d’une initiative pastorale qu’un ordinaire catholique "estime necessaire pour le bien spirituel d’un groupe, même limité, de fidèles catholiques", il pourra une fois épuisés tous les moyens de dialogue, "agir selon sa conscience, car c’est lui qui est responsable, devant Dieu, de la

    vie spirituelle de tous et de chacun des membres de l’Eglise catholique".

    Pour les questions les plus graves et cela vaut également pour les autres

    directives, l’évêque ou l’administrateur apostolique "aura soin de consulter le représentant pontifical et les dicastères compétents de la curie romaine"

    Collaboration

    Le document n’hésite pas à plaider en faveur de la collaboration: "Dans

    la mesure où les circonstances le permettront, les pasteurs de l’Eglise

    catholique, animés par le zèle missionnaire et soucieux de l’évangélisation

    de millions de personnes qui ne connaissent pas encore le Christ, s’emploieront à collaborer avec les évêques orthodoxes pour développer les initiatives pastorales de l’Eglise orthodoxes, heureux de pouvoir ainsi contribuer à la formation de bons chrétiens.

    Une autre forme de collaboration concerne les lieux de culte. La huitième directive précise: "les lieux de culte, nécessaire à la vie liturgique

    et ecclésiale des communautés chrétiennes, doivent répondre à leurs exigences, telles qu’elles découlent du droit personnel d’accomplir individuellement ou en groupe les actes religieux de sa propre foi. Ces exigences découlent de la situation locale: importance de la communauté, possibilités

    matérielles, assistance pastorale. La priorité pour la répartition des édifices du culte déjà existants dépend de la proportion tant numérique que

    sociale et historique des fidèles qui résident en un lieu déterminé. S’il

    s’agit de construire un nouvel édifice, on aura soin d’en peser la nécessité avant de solliciter le nécessaire accord de l’évêque diocésain. Il sera

    parfois préférable d’organiser l’usage commun d’un même édifice du culte,

    après accord entre les communautés catholiques et orthodoxes, ou une autre

    confession chrétienne, à soumettre à l’approbation des supérieurs respectifs". (apic/cip/ak)

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