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    Colloque sur l’Amérique latine: histoire et actualité (120292)

    APIC-DOCUMENT

    Une interpellation lancée par des responsables d’Eglise de Belgique

    Bruxelles, 12 février(APIC) Le texte du colloque organisé par les évêques

    de Belgique et divers organismes catholiques francophones sur le thème

    "Amérique latine, histoire et réalité" a été diffusé à Bruxelles sous le

    titre "Ecoutons la clameur du peuple - Les pauvres auront notre préférence".

    Ce texte, dont on lira ci-dessous la version intégrale, est le fruit

    d’une réflexion de responsables catholiques sur les zones "d’ombre et de

    lumière" qui ont marqué et continuent de marquer l’histoire du continent

    latino-américain que les Européens ont "découvert" en 1492 grâce à Christophe Colomb. Or la commémoration de cette "découverte" ne va pas sans question: quel regard porter sur l’histoire? Comment évaluer la présence de

    l’Eglise hier et aujourd’hui? Quelles sont les interprétations adressées

    aux Européens par l’Amérique latine? Des questions qui étaient précisément

    au centre du récent colloque.

    Texte in extenso

    "500 ans se sont écoulés depuis l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique latine. Cet anniversaire fait l’objet de débats tant sur le continent

    latino-américain que dans les pays européens. Il nous semble important de

    le souligner. Nous constatons que pour les Européens, les évidences apprises dans les cours d’histoire d’un passé encore très proche n’existent

    plus. Nous découvrons surtout la volonté des peuples autochtones latinoaméricains de se réapproprier leur propre histoire et leur luttes pour obtenir la reconnaissance de territoires qui leur sont propres.

    Du point de vue européen, si l’objectif est de faire apparaître aujourd’hui toute la signification de cet anniversaire, ce n’est possible

    qu’en assumant, au coeur de cette histoire, les responsabilités qui nous

    incombent et en développant, dans notre propre contexte, des engagements et

    des actions qui conduisent à des relations internationales basées sur la

    justice et le respect mutuel.

    L’histoire

    Aujourd’hui une relecture de l’histoire amène à reconnaître le processus

    de conquête d’un territoire avec son cortège de souffrances pour les populations conquises. Ces souffrances ont pour noms: oppression économique,

    spoliation des richesses et des terres, écrasement d’une culture, extermination de populations et esclavage.

    L’Eglise a été présente dans cette histoire avec ses zones d’ombres et

    de lumière. Un effort missionnaire considérable s’est déployé en Amérique

    latine. Pourtant une partie importante de l’Eglise a légitimé le modèle mis

    en place par les colonisateurs: l’appropriation des terres et de ses occupants, à condition que l’on y favorise l’extension de la foi catholique en

    instruisant les Indiens dans la foi. Quelquefois même, elle a participé à

    ce processus.

    Par contre, dès le début de la colonisation, des courants missionnaires

    minoritaires, principalement portés par les franciscains, les dominicains

    et les jésuites, ont vigoureusement réagi contre cette pratique et contre

    le traitement réservé aux Indiens. Ces missionnaires ont eu le souci

    d’évangéliser en profondeur les populations. Ils ont ainsi construit une

    théologie et une pratique évangélisatrice basées sur le respect et la défense des opprimés et de leur culture.

    Parmi les expériences missionnaires les plus connues, citons celles des

    franciscains qui évangélisèrent le Mexique. L’un d’entre eux, Pedro De Gante, venu de Flandre, s’est illustré par des réalisations originales en matière d’enseignement. Ce groupe de missionnaires a réalisé de nombreux travaux dans les domaines les plus divers: linguistique, catéchétique, théologique, juridique, mais aussi construction d’églises, d’écoles, d’hôpitaux,

    captages d’eau, etc. Bartolomé de Las Casas et ses compagnons figurent parmi les personnalités bien connues en tant que défenseurs des Indiens.

    A leur suite, des théologiens espagnols tels que F. Vitoria et F. Suarez

    ont jeté les bases d’une philosophie universelle des droits de l’homme fondée sur la dignité de la personne. En lien avec les interpellations venant

    du nouveau monde, les premiers fondements d’une doctrine des droits de

    l’homme ont été élaborés.

    Tout en reconnaissant les contradictions et les injustices engendrées

    par l’interdépendance entre colonisation et évangélisation, on peut célébrer le don de la foi en Amérique latine à la lumière des véritables efforts d’humanisation, de respect de la dignité des personnes, du développement matériel et spirituel. Mais il faut reconnaître, avec Jean Paul II,

    que l’évangliation de cinq siècles n’a pas été à même de donner une solution aux graves problèmes de justice qui affectent toujours profondéement

    l’Amérique latine. Sans doute, l’évangélisation ne s’est pas suffisamment

    ancrée dans la réalité latino-américaine. C’est un des motifs qui expliquent le succès des sectes aujourd’hui. Cette foi continue maintenant à

    travers des hommes et des femmes, des communautés profondément engagées à

    la suite du Christ dans l’option évangélique pour les pauvres.

    Et aujourd’hui ?

    La commémoration d’un tel anniversaire doit montrer clairement la situation des populations latino-américaines. Il faut avoir en mémoire que les

    années 1980 ont été, pour l’Amérique latine dans son ensemble, une décennie de croissance zéro. La plupart des pays sont aux prises avec des dettes

    colossales qui les privent du capital nécessaire à l’investissement et au

    développement. Le niveau de vie de la majorité de la population a baissé de

    manière vertigineuse sur tout le continent. Les conséquences sont évidentes: accroissement du clivage entre les riches et les pauvres, dégradation

    de l’environnement, conflits sociaux, violence, détérioration générale de

    la santé, de l’éducation et de la nutrition.

    Au nom de cette situation, il nous faut refuser tout triomphalisme dans

    les commémorations anniversaires. Or des cérémonies de ce type se préparent

    en Amérique latine comme en Europe. Il s’agit au contraire de célébrer aujourd’hui les hommes et les femmes, toutes les communautés qui, en Amérique

    latine, se battent pour reprendre en mains leur propre destin. Avec eux, il

    faut construire du neuf, avec toutes les exigences que cela suppose.

    Analyser

    Du point de vue du Nord, reconnaître la part de responsabilité passée

    et présente dans la situation de pauvreté du continent latino-américain

    doit nous encourager à analyser et à dénoncer les mécanismes d’injustice et

    de domination économique qui caractérisent les relations entre le Nord et

    le Sud, entre les privilégiés et les pauvres en Amérique latine même.

    Changer

    Cette analyse nous invite également à entrer dans la voie du changement.

    Les modes de développement - de production et de consommation - dans lesquels nous sommes engagés, induisent l’appauvrissement du tiers monde, comme ils induisent de nouvelles zones de pauvreté au Nord. Il faut donc opter

    pour des modes de développement solidaires.

    S’engager

    Le changement n’est possible que par l’engagement de chacun dans une dynamique. Un appel est lancé à tous. Les voies de l’engagement dans ce sens

    sont multiples, dans la vie quotidienne comme dans la vie politique. Les

    chrétiens en Eglise se doivent de suivre la voie prophétique de l’Evangile

    en solidarité avec les communautés ecclésiales latino-américaines qui nous

    ont appris le sens profond de l’option évangélique pour les pauvres.

    Dans cette perspective, les chrétiens sont invités à manifester concrètement cette volonté de changement. Un geste possible: la dette des pays

    d’Amérique latine. Elle est une entrave considérable au développement. Des

    chrétiens d’Amérique latine nous demandent d’agir sur nos gouvernements

    pour obtenir que cette entrave soit levée. Une pétition circule à cet effet

    dans plusieurs pays européens. Y apposer notre signature et proposer cette

    démarche à d’autres, c’est concrétiser notre responsabilité. (apic/com/ba)

    Ce texte a été élaboré par Mgr Jan De Bie, évêque auxiliaire de MalinesBruxelles, délégué pour les relations avec l’Amérique latine à la Conférence épicopale de Belgique et par des membres d’Entraide et Fraternité, de

    Pax Christi Wallonie-Bruxelles, de la Commission Justice et Paix, de Vivant

    Univers, de Missio, du Conseil Missionnaire National, du Bureau francophone

    de l’Union des Religieuses de Belgique, du Collège pour l’Amérique latine

    et de l’Association des Supérieurs Majeurs de Belgique.

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