APIC - Document (261087)
"Justice et Paix" du 15 au 18 octobre 1987 à Bonn
La société pluriculturelle : immigrés, travailleurs étrangers et réfugiés
Bonn, 26octobre(APIC) La 7ème Conférence européenne des Commissions "Justice et Paix", qui s’est tenue à Bonn du 15 au 18 octobre dernier, a élu
son nouveau président en la personne de Mgr Jakob Aigner, directeur de la
Commission allemande "Justice et Paix". Pour trois ans, la présidence et le
secrétariat de la Conférence des Commissions européennes "Justice et Paix"
seront donc confiés à la Commission allemande, qui prend ainsi le relais de
la Commission nationale suisse "Justice et Paix".
A l’occasion de la rencontre de Bonn, les Commissions "Justice et Paix"
d’Europe ont publié la déclaration suivante que nous donnons en documentation ainsi qu’une résolution en faveur des requérants d’asile demandant une
application du statut des demandeurs d’asile plus conforme à l’esprit de la
Convention de Genève sur le statut des réfugiés.
La 7ème Conférence des Commissions "Justice et Paix" a entrepris d’analyser les tendances envers les étrangers et réfugiés dans les Etats européens, afin de pouvoir élaborer sur cette base la ligne de conduite éthique
et politique que les Commissions européennes désirent suivre.
La Conférence a constaté que l’implantation définitive des populations
immigrées en Europe et le multiculturalisme des sociétés qui s’ensuit posent plusieurs questions en raison de la situation d’inégalité juridique,
sociale et économique vécue par les immigrés, de l’environnement de crise
économique et de la résurgence en Europe des mouvements idéologiques
xénophobes.
Elle constate en particulier que :
-la sécurité de séjour des immigrés et de leur famille n’est pas garantie;
-le système d’éducation ne répond pas de manière suffisante aux besoins
des enfants des étrangers et à un avenir européen commun;
-Les étrangers résidant depuis longtemps n’ont droit à la parole (ce qui
leur permet de partager la responsabilité d’un futur commun) que dans peu
de pays européens;
-beaucoup de gens ressentent la présence d’autres cultures et d’autres religions comme une menace pour le système de valeurs et de normes en vigueur
en Europe;
-les Etats européens ont opté pour une politique restrictive concernant
l’insertion des immigrés, l’entrée et l’accueil de réfugiés et de ceux qui
demandent l’asile politique.
Au nom du respect de la dignité du à toute personne humaine, la Conférence refuse toute expression de racisme et de xénophobie. La Conférence
considère donc, pour que le multiculturalisme qui s’est implanté dans les
sociétés européennes à la suite des migrations devienne une source de créativité et d’enrichissement culturel, qu’il est nécessaire d’établir un processus social de relations entre populations autochones et populations immigrées, sur la base de la sécurité de séjour, de l’égalité des droits et
de la participation de tous.
Dans le but de stimuler ce processus, la Conférence recommande que les
Commissions "Justice et Paix" :
-continuent à susciter des études et des mesures sur le plan national
définaissant de meme les buts à atteindre, notamment en ce qui concerne le
statut juridique de la population étrangère, le droit d’asile, la politique
des étrangers avec ses fondements éthiques, les regroupements familiaux et
la participation à la vie politique;
-élaborent des structures pastorales donnant la possibilité aux chrétiens
d’autres cultures de prendre part à la vie ecclésiale sur un pied d’égalité;
-contribuent à instaurer dans l’Eglise et ses institutions le dialogue sur
la réalité de la société multiculturelle et la lutte contre la xénophobie;
-soient aux cotés des étrangers et des réfugiés et leur donnent la possibilité de s’exprimer;
-prennent officiellement position en faveur des droits des immigrés et des
réfugiés, recherchant le dialogue avec les responsables politiques et mènent une action sur l’opinion publique en insistant, notamment, sur l’apport positif des communautés immigrées dans la vie de nos pays;
-établissent une plate-forme d’échange d’idées d’hommes politiques responsables des Affaires Etrangères et Intérieures;
-cherchent et établissent une collaboration dans ce but;
-entament sur le plan européen une collaboration en commun suivi avec le
but de :
-coopérer avec les activités pastorales déjà existantes;
-travailler à un niveau oecuménique;
-collaborer avec les organisations d’immigrés et de réfugiés;
-ouvrir le dialogue avc les représentants du Conseil de l’Europe et de la
Communauté européenne;
-établir un groupe de travail qui fasse des propositions au Comité de Continuité pour la réalisation de ces objectifs, notamment concernant
l’échéance de 1992 qui aura des conséquences pour l’insertion des immigrés
dans le marché européen.
Résolution sur la situation des demandeurs d’asile
Parlant des populations étrangères en Europe, les Commissions "Justice et
Paix" d’Europe réunies à Bonn attirent l’attention sur la situation précaire des demandeurs d’asile.
Constatant le durcissement généralisé des législations de la plupart des
Etats européens, les Commissions "Justice et Paix" demandent :
1. Une application du statut des demandeurs d’asile plus conforme à
l’esprit de la Convention de Genève sur le statut des réfugiés;
2. Que la coopération informelle en cours entre les gouvernements européens
qui vise avant tout à limiter le nombre de ceux qui demandent l’asile et à
les renvoyer dans d’autres pays soit remplacée par des mesures formellement
convenues ayant pour but la garantie du droit d’asile et le traitement des
questions qui se posent en raison de l’arrivée spontanée de personnes
d’autres continents qui demandent l’asile en europe;
3. Que le délai s’écoulant entre la demande d’asile et la réponse soit le
plus bref possible et que des conditions de vie décentes soient assurées
aux demandeurs d’asile durant cette période;
4. Qu’aucun demandeur d’asile ne soit renvoyé dans un pays ou sa sécurité
n’est pas garantie. (apic/jp/be)