APIC - Document (090388)
sentons ici ont été communiqués à la fin de l’année dernière au gouvernement de Belgrade. Les évêques yougoslaves attendent toujours une réponse
des autorités. Ils ont été publiés par le périodique "Vrhbosna" de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, mais c’est la première fois qu’ils sont reproduits en français, raison pour laquelle l’agence APIC les publie comme documents. Ces documents concernent l’exercice de la liberté religieuse dans
l’armée populaire de Yougoslavie et les pressions exercées sur des prêtres
catholiques exerçant leur ministère dans le pays ou à l’étranger. (Cf. Le
cas du Père Simun Coric, responsable de la Mission catholique croate à
Berne, APIC No 56, 25 février 1988)
La Conférence des Evêques de Yougoslavie
Au Secrétariat Fédéral pour la Défense Nationale
La Conférence épiscopale de Yougoslavie, lors de sa session à Split des 13
et 14 octobre de cette année (1987), a examiné, entre autres, le problème
de la liberté religieuse dans l’armée populaire de Yougoslavie.
Dans l’intérêt du bien-être général, nous estimons nécessaire d’exprimer
aux Respectueux Destinataires de notre requête les points suivants :
Parmi les droits fondamentaux de l’Homme, figure la liberté religieuse englobant la libre expression des convictions religieuses ainsi que la libre
pratique des devoirs religieux de chacun. Ces droits sont garantis pour
chaque citoyen par la Constitution de la République Socialiste Fédérative
de Yougoslavie.
Les soldats croyants se plaignent de ne pouvoir recevoir pendant l’accomplissement du service militaire la presse religieuse et, en certains lieux,
il est interdit de fréquenter les offices religieux, même pendant le temps
libre.
Le règlement du service de force armée stipule à l’article 74 du chapitre 3 : "Dans les locaux militaires, il est interdit de pratiquer des célébrations religieuses, d’introduire et de distribuer de la littérature religieuse, de garder des reliques, des amulettes ou n’importe quel objet de
ce genre". Sur la base de cet article, les soldats croyants ne peuvent recevoir la presse religieuse, pas même pour leurs besoins personnels. Cette
prescription n’est pas en accord avec la Constitution ni avec les Droits
fondamentaux de l’Homme. Pourtant, aucune loi ni aucune prescription ne
devrait être, dans notre Etat, contraire aux garanties de la Constitution.
C’est pourquoi nous estimons que notre revendication pour changer cette
prescription est parfaitement justifiée, qu’on peut donner aux soldats
croyants la possibilité de recevoir la presse religieuse, et qu’on n’ose
pas leur enlever le droit de fréquenter des cérémonies religieuses pendant
leur temps libre.
Il faut aussi leur donner la possibilité, conformément à la Constitution,
d’avoir la visite d’un officiant religieux à l’hôpital en cas de maladie.
Nous voulons également signaler aux Respectueux Destinataires de cette requête que nous connaissons des cas ou l’on a fait pression sur certains de
nos théologiens et séminaristes pour qu’ils signent des prescriptions
déterminées contraires à leur conscience, et contre les lois. C’est une atteinte à la liberté de conscience et à la dignité humaine, et c’est pourquoi nous demandons que de tels actes cessent là ou ils existaient.
Des soldats croyants remplissent honnêtement leur devoir et en accord
avec leur conscience; pour cela, ils méritent respect et confiance. Mais
les demandes contraires à leurs convictions et à leur conscience sont pour
eux des causes d’angoisse et d’inquiétude.
Nous attirons votre attention sur ces faits, et vous souhaitons nos
meilleurs voeux.
Avec mes considérations distinguées
Pour la Conférence Episcopale de Yougoslavie, le Président
Cardinal Franjo Kuharic
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La Conférence des Evêques de Yougoslavie
Au Secrétariat Fédéral pour les Affaires Intérieures
Les évêques catholiques romains de la Conférence Episcopale de Yougoslavie,
réunis en assemblée d’automne à Split le 14 octobre de cette année (1987),
ont examiné un problème très important qu’il nous paraît primordial d’exposer aux Respectueux Destinataires.
Les retraits de passeports (dans quelques républiques de la République
Socialiste Fédérative de Yougoslavie) à certains prêtres catholiques dans
le pays, ainsi qu’à ceux qui exercent à l’étranger, de même qu’à certains
croyants, nous inquiètent.
Nous estimons que posséder un passeport est le droit de chaque citoyen
qui n’a pas été reconnu coupable au terme d’une procédure juridique. Cela
relève du Droit Fondamental de l’Homme, en accord avec les déclarations internationales générales.
Le retrait du passeport sans aucune motivation est une atteinte à ce
droit et une punition du citoyen, si on ne l’informe pas, ni ne lui prouve
sa faute. Les membres du Service des Affaires Intérieures soumettent ces
personnes à de longs et pénibles interrogatoires, sans leur dire clairement
les raisons de ce retrait.
Quand nos prêtres travaillant à l’étranger restent ainsi sans passeport,
on les empêche d’accomplir leurs devoirs sacerdotaux que notre Conférence
Episcopale leur a confiés, et pour lesquels ils ont été reconnus par la
Conférence des Evêques de l’Etat dans lequel ils travaillent. Cela entraîne
ainsi une répercussion internationale, et les évêques des pays concernés
s’étonnent de tels procédés.
Les prêtres et même les croyants dans la patrie auxquels le passeport a
été retiré sans explications, sont ainsi punis puisqu’on les prive de la
possibilité de voyager à l’étranger, ce que nécessite leur travail.
Nous voulons également signaler aux Respectueux Destinataires de cette
lettre un autre phénomène. Il arrive très souvent dans certaines républiques que des prêtres, des religieuses ou des candidats soient convoqués
pour un interrogatoire spécial à l’occasion de leur demande de passeport,
ou de la prolongation de celui-ci. On leur offre alors, voire on leur impose, une collaboration spéciale qu’ils ne peuvent accepter en leur conscience, et qui est contraire à leur dignité humaine. Nous considérons cela comme un abus et un despotisme de membres singuliers des Affaires Intérieures.
Dans l’intérêt de certaines personnes, et pour le bien général de notre
société, nous attendons des Respectueux Destinaires que de telles pratiques
cessent, car cela n’est, en aucun cas, en accord avec les principes reconnus des Droits de l’Homme, ni avec la sérénité nécessaire aux citoyens pour
exercer tranquillement leur service.
Dans l’espoir que notre Respectueux Destinaire examinera avec bienveillance notre requête, et qu’il entreprendra concrètement une action permettant de rectifier ce qu’il y a à rectifier.
Avec mes considérations distinguées
Pour la Conférence des Evêques de Yougoslavie
Cardinal Franjo Kuharic