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    apic/Décès Bochenski

    Fribourg: décès, à l’âge de 92 ans, du Père Joseph-Marie Bochenski (080295)

    Un philosophe et soviétologue mondialement connu

    Fribourg, 8février(APIC) Le Père Joseph-Marie Bochenski est décédé paisiblement dans la nuit du 7 au 8 février mercredi à l’Albertinum de Fribourg

    à l’âge de 92 ans, annonce la communauté des dominicains. Le philosophe,

    ancien professeur à l’Université de Fribourg de 1945 à 1972, était mondialement connu tant pour ses nombreux ouvrages portant sur la logique que

    pour sa lutte contre le communisme et sa personnalité haute en couleur. Il

    passait pour un des meilleurs connaisseurs du monde soviétique. Son "Manuel

    du communisme mondial", traduit en plusieurs langues, a été vendu à plus de

    100’000 exemplaires.

    "Je suis profondément rationaliste, entre autres parce que je suis croyant", expliquait le père Bochenski à l’occasion de ses 90 ans. Cette petite

    phrase résume bien la personnalité de ce dominicain de choc qui fut professeur de philosophie contemporaine à l’Université de Fribourg de 1945 à 1972

    et marqua des générations d’étudiants et de chercheurs. De 1964 à 1966, il

    fut recteur de la Haute école fribourgeoise. Il est également le fondateur

    de l’Institut d’Europe orientale qu’il dirigea durant de nombreuses années.

    Considéré comme un des meilleurs connaisseurs de la philosophie communiste

    et marxiste, le Père Bochenski était reconnu bien au-delà du monde universitaire. Il a notamment été expert auprès de cinq gouvernements, dont celui

    de Konrad Adenauer, en Allemagne.

    Une "institution" à Fribourg

    Pour le Père Guy Bedouelle, prieur de l’Albertinum, le Père Joseph-Marie

    était une institution de Fribourg et de la communauté des dominicains, une

    personnalité hors-pair. Le Père Bochenski avait été hospitalisé à plusieurs

    reprises ces dernières années, son décès ne constitue pas vraiment une surprise. "Dans la communauté, jusqu’à sa mort, il a été un personnage étonnant et très présent, il nous a tous profondément marqués", ajoute le Père

    Bedouelle.

    Né le 30 août 1902, à Czuszow dans la partie de la Pologne sous occupation russe, appelée alors "le Royaume", Innocent Bochenski fut soldat dans

    la cavalerie polonaise, combatit les troupes bolchéviques et fut grièvement

    blessé en 1920. Remis de ses blessures, il poursuivit ses études en droit

    et en économie politique aux Universités de Lvov et de Poznan. En 1927, il

    entre dans l’ordre des dominicains, prend le nom de Joseph-Marie et vient

    faire un doctorat de théologie à l’Université de Fribourg, puis de philosophie à l’"Angelicum" de Rome.

    Ordonné prêtre en 1932, il retourne en Pologne où il enseigne à l’Université de Cracovie avant d’être rappelé à Rome comme professeur à l’"Angelicum". Au moment de l’éclatement de la seconde guerre mondiale, il est aumônier militaire de l’armée polonaise. Blessé et arrêté, il parvient à

    s’enfuir et rejoint l’Angleterre en 1940. Professeur de philosophie à la

    Faculté de théologie polonaise d’Edimbourg, il rejoint à nouveau l’armée en

    tant qu’adjoint de l’évêque militaire polonais en Italie en 1943-45. En novembre 1945, le commandant Bochenski est appelé comme professeur de philosophie à l’Université de Fribourg à laquelle il restera fidèle jusqu’à sa

    retraite en 1972; tout en exerçant de nombreuses responsabilités dans divers instituts et programme de recherche en Allemagne et aux Etats-unis

    notamment, où il fut professeur invité dans plusieurs universités. En 1981,

    il obtenait encore son 5e doctorat, en mathématiques à l’Université de Milan.

    Sa réputation l’avait amené à l’époque de la guerre froide à participer

    au procès du parti communiste allemand à Karlsruhe dans les années 50, puis

    au jugement de militants communistes en Afrique du Sud.

    Son expérience de soldat avait profondément marqué sa vie. L’amateur de

    voitures rapides, le pilote d’avion - il avait obtenu son brevet en 1970 et le skieur a toujours gardé ce goût du combat. "C’est chez Marx que j’ai

    appris la lutte pour la justice sociale", expliquait-il, lui qui pourtant

    considérait le marxisme-lénimisme comme une "erreur totale". Son attachement à sa Pologne natale était demeuré intact. C’est ainsi qu’il fut durant

    vingt ans entre 1950 et 1970 recteur de la mission catholique polonaise en

    Suisse.

    Les obsèques auront lieu samedi 10 février à 10h à l’église du Collège

    St-Michel. Le Père Bochenski a fait don de son corps à la science. (apicmp)

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