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    apic/Danneels/Interview

    Jean-Paul II "voulait" la béatification du Père Damien(090895)

    Il espère celles du cardinal Newman et d’un alcoolique, dit Mgr Danneels

    Honolulu/Bruxelles, 9août(APIC/CIP) Jean-Paul II désirait ardemment canoniser trois hommes durant son pontificat. La première partie du programme

    est déjà réalisée avec la béatification à Bruxelles, le 4 juin dernier, du

    Père Damien. Le pape attend à présent de pouvoir béatifier le cardinal John

    Henry Newman et Matt Talbot. C’est ce qu’a confié le cardinal Danneels au

    journal de Hawaii "Catholic Herald".

    En juillet dernier, l’archevêque de Malines-Bruxelles s’est rendu sur

    l’île de Molokkai, où vécut, travailla et mourut le P. Damien, pour le

    transfert d’une relique du missionnaire flamand.

    "Chaque fois que j’ai rencontré le pape, au cours des dix dernières années, il m’a demandé - lui, pas moi -: qu’allons-nous faire avec le Père

    Damien ?" raconte le cardinal Danneels. Le principal obstacle à la béatification a été le temps considérable - plusieurs dizaines d’années - qu’il a

    fallu pour rassembler la volumineuse documentation sur l’unique miracle attribué à Damien, la guérison survenue en 1895 d’une religieuse bretonne,

    Soeur Simplicie, qui souffrait de graves troubles gastro-intestinaux suite

    à une ulcération de l’S iliaque du colon. Selon le cardinal Danneels, c’est

    Jean-Paul II qui a permis de sortir de l’impasse prenant sur lui de reconnaître l’authenticité du miracle "conformément à la tradition, qui est tout

    aussi authentique que ces documents disparus".

    Selon le cardinal, la béatification de deux autres hommes tient beaucoup

    à coeur à Jean-Paul II. Tout d’abord John Henry Newman, curé anglican et

    brillant intellectuel, entré en 1845 dans l’Eglise catholique, où il fut

    ordonné prêtre, avant de devenir recteur de l’Université de Dublin et

    d’être créé cardinal (1879). Ensuite, Matt Talbot, un alcoolique repenti

    qui mourut en 1925 au terme d’une vie de prière et de pénitence entièrement

    vouée aux victimes de l’alcool et autres drogues.

    Figures fascinantes

    Chacune de ces trois figures fascine Jean-Paul II, explique le cardinal

    Danneels: "Damien, parce qu’il est un modèle, un martyr, de charité chrétienne. Le cardinal Newman parce qu’il est un exemple de probité et de lucidité intellectuelles. Matt Talbot parce qu’il a mis le doigt sur un problème qui est bien de notre temps".

    Le cardinal s’exprime aussi à propos de la guerre en Bosnie. En tant que

    président de Pax Christi International, il a été appelé en juillet à intervenir dans une médiation entre des représentants religieux et laïcs de Bosnie, de Serbie et de Croatie. Il n’est pas rassuré: "L’évêque de Belgrade,

    Mgr Franc Perko, m’a dit qu’on était parti pour encore au moins dix ans de

    guerre en Yougoslavie et que, humainement, il sera impossible d’en venir à

    bout".

    Le cardinal Danneels évoque encore le voyage qu’il aurait dû faire en

    Chine cet été à l’invitation du gouvernement de Pékin. "Pour moi, c’était

    marcher sur des oeufs, dit-il, car je n’ai jamais su quelles étaient leurs

    intentions". Le cardinal devait rencontrer des membres du Bureau gouvernemental pour les Affaires religieuses, les évêques de l’Eglise patriotique

    reconnue par le gouvernement, mais aussi ceux de l’Eglise "clandestine",

    rattachés à Rome. "J’ai demandé l’autorisation de pouvoir rencontrer aussi

    l’Eglise clandestine. Sinon, je ne serais pas parti", précise-t-il.

    Oecuménisme dans l’impasse

    Enfin, l’archevêque de Malines-Bruxelles évoque la dernière encyclique

    de Jean-Paul II, dans laquelle le pape regarde vers le troisième millénaire

    en mettant l’accent sur l’unité. "L’oecuménisme entre catholiques, protestants et orthodoxes est aujourd’hui plutôt dans l’impasse à cause de la

    question de l’ordination des femmes. Celle-ci n’est pas acceptée par

    l’Eglise catholique et même carrément rejetée par les Eglises orthodoxes

    orientales. Nous nous trouvons là face à un sérieux problème." Mais, à entendre le cardinal, le pape pense peut-être encore davantage à un dialogue

    interreligieux avec les non-chrétiens, bouddhistes, hindous, musulmans et

    juifs. "Et c’est là, je pense, dit-il, que le troisième millénaire sera

    vraiment important... avec la survivance de la notion de Dieu et de la religion face au matérialisme et à toutes sortes de sectes et de croyances du

    New Age".

    Le cardinal Danneels se félicite de l’invitation adressée par le pape

    aux autres chrétiens de réfléchir ensemble sur le rôle du pape en tant que

    successeur de Pierre. "La primauté de Pierre est quelque chose qui se trouve dans l’Evangile. Nous ne pouvons pas changer cela. Mais la manière dont

    elle doit s’exercer, l’Evangile ne le dit pas", explique le cardinal. Et de

    constater que l’Eglise a été plutôt décentralisée au cours du premier millénaire, tandis qu’au cours du second on a assisté à une centralisation de

    plus en plus grande, "pas seulement dans l’Eglise, mais aussi dans l’Etat".

    Au troisième millénaire, estime-t-il, on devrait en revenir à une plus

    grande décentralisation. (apic/cip/pr)

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