APIC-Commentaire (020591)
La nouvelle encyclique sociale de Jean Paul II "Centesimus annus"
L’Eglise clarifie sa position vis-à-vis de l’économie
Fribourg, 2mai(APIC) Professeur de sociologie à l’Université de Genève,
Patrick de Laubier livre pour l’agence APIC quelques réflexions sur l’encyclique sociale de Jean Paul II "Centesimus annus", publiée jeudi. Nous reproduisons ci-dessous son commentaire.
L’encyclique du centenaire de "Rerum novarum" est datée du 1er mai 1991,
date à laquelle l’Eglise fête saint Joseph, travailleur.
"Centesimus annus" est un substantiel document adressé aux catholiques
et à tous les hommes de bonne volonté, environ trois ans après la précédente encyclique sociale "Sollicitudo rei socialis" (1988). Elle comporte six
chapitres de longueur à peu près égale. Le premier rappelle le message de
"Rerum novarum" en le resituant dans son contexte historique. Le deuxième
porte sur les "choses nouvelles" d’aujourd’hui touchant notamment les relations du travail et les affaires internationales. Les événements de l’année
1989 font l’objet du chapitre III, à savoir l’échec du communisme. Cette
première moitié de l’encyclique, d’un caractère historique, est suivie de
trois chapitres s’intitulant respectivement: La propriété privée et la
destination universelle des biens (ch. IV), l’Etat et la culture (ch. V) et
un dernier chapitre sur l’homme "route de l’Eglise".
La lecture de ce document laisse une impression d’assurance et d’équilibre qui s’explique en particulier par la confirmation spectaculaire des
diagnostics proposés en 1988 ("Sollicitudo rei socialis") sur la situation
dans le monde. Vérifiés dès l’année suivante à propos du communisme et Europe de l’Est.
Le chapitre IV sur la propriété privée et la destination universelle des
biens mérite de retenir l’attention, car il précise la position de l’Eglise
à propos du libéralisme et de l’économie de marché. Dans la précédente encyclique certains avaient eu l’impression que le Magistère renvoyait dos à
dos le socialisme et le libéralisme avec une symétrie un peu inquiétante.
La nouvelle encyclique entre dans les détails et met en lumière les critères de discernement utilisés par le Magistère à l’égard de l’économie: la
terre appartient à tous, l’appropriation privée est légitime, mais elle
doit servir le bien commun. Le problème clé est la définition même des besoins humains qui traduisent une anthropologie elle-même en rapport avec
une position d’ordre théologique. Pour répondre à ce défi des "besoins humains" il faut non seulement une politique de la culture (ch. V), mais aussi une orientation et des énergies dont l’Eglise "chemin de l’homme" se
fait prophétiquement le témoin. La nouvelle encyclique répond à l’ancienne
qui demeure la charte de la doctrine sociale en y ajoutant un souffle prophétique, eschatologique propre à Jean Paul II. (apic/pl/cor)
Encadré
Patrick de Laubier est professeur de sociologie à l’Université de Genève. Membre du Conseil pontifical "Justice et Paix" depuis le début de l’année, il a fait de la doctrine sociale de l’Eglise un de ses thèmes de réflexion privilégiés. Co-fondateur de l’Université volante internationale
pour l’enseignement social chrétien - qui regroupe des professeurs et des
syndicalistes -, il est l’auteur de plusieurs publications dans ce domaine,
dont la dernière en date est "Pour une civilisation de l’amour" (Fayard,
1990). (apic/cor)