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    apic/Colombie/ enquête oecuménique / Emilio Castro

    Genève: La Colombie vue par le pasteur (040896)

    Emilio Castro, ancien secrétaire général du COE

    "Les Eglises ne doivent pas oublier le pays

    le plus violent d’Amérique latine"

    Genève, 4août(APIC) "La Colombie connaît actuellement la situation la

    plus violente et la plus dramatique de toute l’Amérique latine", a déclaré

    à la fin juillet le pasteur méthodiste uruguayen Emilio Castro, ancien secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), qui a rappelé

    que l’an dernier, 38’000 personnes étaient mortes de mort violente dans le

    pays.

    Lors d’une interview accordée aux Nouvelles oecuméniques internationales

    (ENI), le pasteur Castro, au retour d’une mission d’enquête effectuée en

    Colombie, a appelé les chrétiens du monde entier à soutenir les efforts de

    paix entrepris dans ce pays.

    Emilio Castro représentait le COE au sein d’une délégation oecuménique

    qui s’est rendue en Colombie du 14 au 21 juillet 1996, et dont la visite

    avait été organisée par le Conseil des Eglises d’Amérique latine (CLAI) à

    la demande des Eglises luthérienne, mennonite, et presbytérienne de Colombie. La Fédération luthérienne mondiale, le Conseil national des Eglises

    des Etats-Unis et l’Alliance réformée mondiale étaient également représentés dans l’équipe.

    Commission catholique de réconciliation

    "L’Eglise catholique romaine, qui est majoritaire dans le pays, est déjà

    fortement engagée dans le processus de paix", a rappelé le pasteur Castro.

    Les évêques du pays ont mis en place une commission de réconciliation entre

    le gouvernement et les groupes de la guérilla. Mais il semble qu’aucune des

    deux parties ne soit prête à négocier.

    Aujourd’hui, la commission s’efforce - si elle ne peut obtenir des parties en conflit qu’elles fassent la paix - au moins d’introduire une certaine humanisation de la guerre en demandant aux deux parties qu’elles respectent les conventions internationales garantissant la protection de la

    population civile. La commission essaie aussi d’établir des "zones de sécurité", ce qui pourrait amener une diminution des violences et marquer une

    étape vers le rétablissement de la confiance.

    Les Eglises protestantes minoritaires qui, dans le passé, avaient mis en

    place des services sociaux et des opérations de secours, a rappelé Emilio

    Castro, sont aujourd’hui désireuses de collaborer au processus de paix.

    Appel à la communauté internationale

    Dans un communiqué publié par le COE le 29 juillet, le pasteur Castro a

    indiqué que la délégation avait lancé un vigoureux appel à la communauté

    chrétienne internationale, l’exhortant à prier pour la Colombie et à apporter son soutien à ceux et celles qui travaillent pour la paix dans le pays

    malgré d’énormes difficultés.

    L’ancien responsable du COE a précisé que l’équipe avait rencontré des

    gens de tous les secteurs de la société colombienne et entendu de nombreux

    témoignages douloureux faisant état de persécutions, de harcèlements et

    d’assassinats. "Cela nous a profondément marqués". Une organisation de défense des droits de l’homme a déclaré à la délégation oecuménique que quatre-vingts de ses collaborateurs avait été tués depuis 1989.

    Le paroxysme de violence que l’on a atteint aujourd’hui dans la société

    colombienne est la conséquence des combats menés entre les groupes de la

    guérilla et l’armée; mais il est également le résultat de la prolifération

    des groupes paramilitaires et de la présence corruptrice de ceux qui sont

    impliqués dans l’industrie illégale - mais extrêmement lucrative - du trafic de drogues.

    38’000 personnes tuées en 1995

    Soulignant que l’an dernier, 38 000 personnes étaient mortes de mort

    violente dans le pays, Emilio Castro a mentionné que 10% seulement d’entre

    elles avaient été tuées dans des affrontements directs entre l’armée et les

    groupes de la guérilla. Ainsi, a-t-il dit, "c’est la population civile

    qui souffre le plus". Au cours de sa visite, la délégation a pu lire tous

    les jours dans la presse locale l’annonce de la mort de nouvelles victimes,

    notamment celle de deux pasteurs pentecôtistes colombiens qui travaillaient

    dans une zone rurale.

    Selon Emilio Castro, la précarité de la vie en Colombie est un terrain

    particulièrement favorable au développement du commerce illégal de la drogue et à la prolifération des groupes paramilitaires. Il est urgent de consolider les structures de la société, car alors les associations ou groupes

    non gouvernementaux offriraient un espace où s’exprimeraient les tensions

    et où l’on pourrait trouver des solutions. "La communauté chrétienne mondiale doit non seulement prier pour la Colombie mais aussi apporter un soutien concret aux Eglises et aux groupes qui travaillent pour la paix et la

    justice dans le pays, en dépit des obstacles inimaginables qu’ils rencontrent", a conclu l’ancien secrétaire général du COE. (apic/nb/eni/ba)

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