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    apic/cip/voyage du pape/journée de samedi/

    Manille: "L’Eglise vit et grandit dans le Christ" (150195)

    Jean Paul II s’adresse à la Chine

    Manille, 15janvier(APIC) Jean-Paul II a connu samedi une journée sans

    dessus dessous, tourbillonnante comme sa canne qu’il a fait tournoyer à la

    manière de Charlie Chaplin, soulevant les cris d’enthousiasme de plus d’un

    million de personnes réunies au Luneta Parc de Manille. Cette rencontre

    était le dernier rendez-vous de la journée la plus chargée du voyage du pape en Asie et en Océanie.

    Cela faisait longtemps que Jean Paul II n’était apparu aussi en forme.

    Le pape avait oublié la fatigue du voyage et semblait comme galvanisé par

    les centaines de milliers de jeunes qui l’acclamaient. Avant de les rencontrer à 18h., dans une atmosphère surchauffée, il avait commencé la journée

    par la messe de commémoration du quatrième centenaire de l’évangélisation

    des Philippines suivie d’une rencontre avec les évêques.

    Chine: la nécessaire communion avec le successeur de Pierre

    Le troisième point fort de la journée fut la visite à Radio Veritas, un

    émetteur catholique, qui couvre toute l’Asie et l’Océanie, d’où le pape a

    lancé un message aux catholiques de Chine Populaire, qui selon les

    estimations de l’Eglise, sont entre 6 et 10 millions. Jean-Paul II leur a

    recommandé la persévérance et une vie de témoignage de leur foi par la

    qualité de leur participation à la société civile chinoise.

    Sur le plan religieux coexistent en effet en Chine populaire une Eglise

    ’clandestine’ fidèle à Rome et une Eglise ’officielle’ sous contrôle de

    l’Etat autour de l’ Association patriotique catholique. Dans ce contexte,

    le pape a insisté sur "l’unité des catholiques", fondée sur "la vérité" et

    sur la nécessaire "communion avec le successeur de Pierre", que refusent

    les autorités de Pékin.

    "Je prie chaque jour pour vous", a confié Jean-Paul à l’adresse de "tous

    les catholiques de Chine, dans le souci de l’unité entre les fidèles extérieurement persécutés, car membres de l’Eglise des catacombes, et ceux qui

    sont intérieurement persécutés, car membres de l’Association patriotique et

    obligés de taire leur fidélité à Rome. "Combien de témoignages de foi et de

    messages de fidélité ai-je reçus de communautés répandues à travers la Chine! Des évêques, des prêtres, des religieux, des laïcs, qui souhaitent réaffirmer leur indéflectible et pleine communion avec Pierre et l’Eglise."

    Le pape ne déroge toutefois pas à un principe: "Un catholique qui désire le

    rester et être reconnu comme tel ne peut pas rejeter le principe de la

    communion avec le successeur de Pierre."

    Les pauvres, agents d’évangélisation

    Pas de tels soucis pour l’Eglise des Philippines, puissante mais isolée

    dans des continents où vivent les deux tiers des habitants de la planète.

    Le défi est immense, et le pape est venu le rappeler à ses confrères les

    évêques. Dans l’archipel des Philippines, les catholiques forment près de

    83 % de la population, mais à l’échelle de l’Océanie et de l’Asie, ils ne

    représentent qu’une goutte d’eau: moins de 3% de la population. "Vous êtes

    la seule région de cette partie du monde où prédomine la religion catholique, a observé le pape, ce qui représente toujours un énorme défi pour

    l’évangélisation."

    En retraçant, au cours de la messe, l’histoire des 400 ans

    d’évangélisation des Philippines, le pape a tiré deux grandes leçons: "Tout

    ceci montre qu’il ne s’agit pas seulement d’une question d’administration

    ecclésiastique, l’Eglise est un corps vivant et, comme dans tout corps

    vivant, la maturité donne à ce corps, ou à cette Eglise, la possibilité

    d’engendrer d’autres Eglises." Seconde leçon: "Il est très important de ne

    pas confondre l’Eglise avec une organisation humaine ou humanitaire.

    L’Eglise vit et grandit dans le Christ et par le Christ."

    En recevant la conférence épiscopale à l’issue de la cérémonie, le pape

    a été extrêmement précis sur le défi qui attend les évêques: "La perte des

    nobles idéaux, la confusion de la conscience morale vis-à-vis du bien et du

    mal, le matérialisme croissant et l’indifférence religieuse, les injustices

    inhérentes aux politiques économiques, le fossé grandissant entre les riches et les pauvres".

    Il a engagé les évêques à pendre leurs responsabilités: "Une situation

    dans laquelle le bien-être économique et le pouvoir politique sont concentrés dans les mains de quelques-uns représentent, comme vous l’avez écrit,

    un affront à la dignité et à la solidarité humaine. Trop de familles n’ont

    pas de terre à cultiver ou de maison pour vivre, trop de personnes n’ont

    pas de travail ou sont privés des services de base. Votre devoir doit consister à contribuer à créer une nouvelle attitude, d’une conviction forgée

    par le principe de l’objectif social, du pouvoir et du bien-être, ce qui

    peut conduire à des changements opportuns dans l’ordre qui prédomine."

    "Vous ne devez pas rester silencieux devant les injustices commises contre les pauvres, mais défendre énergiquement leurs droits. Aux Philippines,

    les pauvres sont appelés à être de vigoureux agents d’évangélisation et pas

    seulement l’objet de cette évangélisation", a ajouté Jean-Paul II. Le pape,

    en insistant tout aussi fermement sur la défense des valeurs religieuses,

    et la nécessité d’une catéchèse "sans distorsion, spécialement pour ce qui

    regarde les sacrements", a appelé les évêques à défendre la famille: "La

    société des Philippines a toujours de solides traditions en ce domaine,

    mais les familles ont de plus en plus besoin d’aide pour affronter les effets sociaux et culturels négatifs qui accompagnent les transformations

    économiques rapides et profondes qui ont lieu en Asie."

    Jeunes: un choix de vie

    La gravité de ce message adressé aux évêques a contrasté avec le visage

    radieux de Jean-Paul II lors de la veillée de prière avec le million de

    jeunes venus pour le rencontrer. D’emblée, le pape a placé les jeunes face

    à un choix de vie: "Voulez-vous perdre votre vie en futilités, en vivant à

    la surface des choses, sans jamais découvrir en vous la capacité pour le

    bien et pour la solidarité réelle, et ainsi ne jamais découvrir la voie du

    bonheur ?", a-t-il demandé. Ou considérez-vous que "la vie est don qui dure

    un certain temps, où chacun de nous affronte le défi d’avoir un but, un

    destin, et lutte pour cela"?

    Le pape a accusé "les faux maîtres, dont fait partie une élite intellectuelle du monde de la science, de la culture et des moyens de communication

    sociale, qui présentent un anti-Evangile. Ils déclarent que tout idéal est

    mort et, ce faisant, contribuent à la profonde crise morale qui touche la

    société, une crise qui a ouvert la voie à l’intolérance et à l’exaltation

    de formes de comportements que la conscience morale et le sens commun réprouvent. Quand vous leur demandez: ’Que dois-je faire ?’, leur unique certitude est qúil n’existe aucune vérité définie, ni chemin sûr. Ils veulent

    que vous soyez comme eux, cyniques et sceptiques. Consciemment ou non, ils

    défendent une approche de la vie qui a porté des millions de jeunes à une

    solitude triste où ils sont privés de raisons d’espérer et incapables d’un

    véritable amour."

    A l’encontre de ce message, le pape a invité les jeunes "à la vocation à

    l’amour, base de tout vocation". Il a adressé aux jeunes "les mêmes paroles

    que le Christ": "Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie." Dans

    un second temps, animé sous forme de rétrospective des neuf Journées

    moniale de la jeunesse qui ont précédé celle de Manille, Jean- Paul II a

    répondu aux questions des jeunes, centrées sur le problème de l’autorité du

    Christ et de sa résurrection.

    Dans la dernière partie de la rencontre, le pape a dit aux jeunes ce

    qu’il attend d’eux: "prière et action". Il leur a demandé de "proclamer au

    monde moderne, spécialement à ceux qui ont le moins de chance, ceux qui

    n’ont pas de toit ou qui n’ont rien, aux malades, aux exclus et à ceux qui

    souffrent, persécutés par d’autres", un message d’espoir en disant à chacun

    d’eux: "Regardez Jésus-Christ pour voir qui vous êtes réellement aux yeux

    de Dieu."

    Pour cela, le pape, reprenant ce que dit le Christ, ne promet pas aux

    jeunes "de l’argent ou du pouvoir, ni ce que les médias rendent attrayant",

    mais seulement "la grâce et la vérité", en sachant que "suivre le Christ a

    toujours réclamé du courage". (apic/jmg/cip/mp)

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