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    apic/cip/bresil/enfants de la rue/un volontaire témoigne/

    Brésil: "90% des assassinats d’enfants demeurent impunis" (310195)

    Jan Daniëls, volontaire belge, témoigne

    Bruxelles, 31janvier(APIC/CIP) A Rio de Janeiro, un habitant sur deux a

    moins de 25 ans et on estime à 30’000 le nombre d’enfants de la rue c’esta-dire coupés d’une famille ou d’un enracinement communautaire, dénoncent

    Jan Daniëls, volontaire belge à la Fondation Sao Martinho et son épouse Athamis Barbosa. De passage en Belgique à l’invitation d’Entraide et Fraternité, association chargée de la campagne annuelle du Carême de Partage, ils

    ont présenté leur action en faveur des enfants.

    Tous les enfants ne sont pas des délinquants. Mais une répression quasi

    systématique s’abat sur eux, et les élimine au rythme de quatre par jour,

    dont deux pour la seule Rio. Les autorités brésiliennes reconnaissent aujourd’hui l’ampleur du drame, dénoncé depuis plusieurs années par les organisations non gouvernementales. En mars 1992, une Commission fédérale d’enquête parlementaire citait le chiffre de 4’619 enfants exécutés au Brésil

    entre 1989 et 1991.

    "90 % des exécutions sommaires des enfants ou plutôt des massacres ne

    sont cependant pas élucidés, soit parce que la Justice n’intervient pas,

    soit parce que les témoins, intimidés, refusent de parler", observe J. Daniëls. "Les enfants victimes de la répression sont généralement tués en

    groupe. C’est pourquoi on parle de massacres, comme celui de la Candeleria,

    le 23 juillet 1993, où huit gosses ont été mitraillés par des policiers.

    Dans nombre des cas, les coupables ne sont pas arrêtés, que ce soient des

    policiers, des hommes de la mafia, des services de surveillance ou des tueurs à gages. Si un agent des services de sécurité est arrêté, il devra répondre de ses actes devant un tribunal militaire, qui jugera ce "collègue"

    sans faire trop de publicité... "

    La police annonce des opérations coup de poing dans les favelas pour y

    débusquer les trafiquants de drogue. Prévenus, ces derniers se cachent ou

    se déplacent dans les quartiers chics. On exhibe alors devant l’opinion

    publique comme des criminels quelques enfants de la rue. "C’est ridicule",

    commentent Jan Daniëls et sa femme.

    Intimidations

    Les actes d’intimidation et de répression ne visent pas les seuls enfants de la rue, mais aussi les organisations non gouvernementales (ONG)

    qui les accueillent et les éducateurs qui les accompagnent. A la fin de

    l’année 1992, un éducateur, Fernando Neves, a été assassiné. La Fondation

    Sao Martinho n’a pas été épargnée: deux maisons pour filles ont été incendiées. En 1993, une éducatrice a été torturée par des hommes qui cherchaient à fermer son Centre pour les enfants. Certains éducateurs se sont vus

    braquer un revolver sur la tempe par des policiers jouant à la roulette

    russe! La mafia elle-même s’en mêle: les Centres pour enfants nuisent à ses

    intérêts.

    "Non seulement, on tue des enfants avec la complicité de la police, mais

    les autorités refusent d’entreprendre une quelconque épuration des services

    corrompus", s’indigne Jan Daniëls, qui n’hésite pas à parler de "crime organisé".

    Les autorités brésiliennes hésitent à appliquer la loi sur la jeunesse,

    qui passe pourtant pour une des meilleures au monde. Seuls 1’500 des 5’000

    Conseils municipaux ont créé le Conseil pour enfants que requiert la loi.

    De même, on ignore les programmes sociaux pour promouvoir le logement, la

    santé, l’éducation et l’alphabétisation. La politique de l’emploi reste insuffisante."

    Question d’optique

    La Fondation Sao Martinho a élaboré toute une palette de réponses aux

    attentes des enfants et des jeunes de la rue. Elle leur propose entre autres: des lieux d’accueil de jour, où ils peuvent trouver nourriture, soins

    et conseils; des relais pédagogiques, prolongés par une recherche de liens

    familiaux en vue d’une réintégration sociale; des ateliers d’apprentissage

    où les gains collectifs d’une petite production sont réinvestis; des formations professionnelles en jardinage comme en bijouterie, avec un service de

    placement: 40’000 enfants en ont déjà bénéficié!

    Les ONG s’interrogent sur l’évolution du Brésil. "Le courant néolibéral

    de ces dernières années va se poursuivre, estime le volontaire belge. On

    réduit les subsides sociaux, on encourage les investissements privés de

    l’extérieur, et on assure la répression nécessaire à l’ordre néolibéral.

    L’accueil des enfants de la rue demeure indispensable." (apic/cip/mp)

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