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    apic/Castillo/Dostoïevski/Conférence/Belgique

    Bruxelles: 25 ans de formation théologique au CETEP (080396)

    Conférence de Michel del Castillo : "Dostoïevski m’a sauvé la vie!"

    Bruxelles, 8mars(APIC) Le Centre d’Etudes Théologiques et Pastorales de

    l’archidiocèse de Malines-Bruxelles a marqué son 25e anniversaire en donnant la parole à l’écrivain Michel del Castillo (Paris), qui a évoqué

    "Dostoïevski ou la foi crucifiée".

    25 ans. C’est au moins le temps que Michel del Castillo a consacré jusqu’ici à celui dont il confie d’emblée: "Dostoïevski m’a sauvé la vie!"

    Parce que l’écrivain russe a écrit: "Une question aura tourmenté toute ma

    vie, c’est celle de l’existence de Dieu." Pas une raison pour ne pas s’intéresser à la question de l’existence de l’homme, devait cependant ajouter

    le conférencier. Dostoïevski lui-même ne poursuivait-il pas, au soir de sa

    vie : " Hélàs j’en suis au même point que j’en étais à l’âge de 20 ans."

    Sur le dos des innocents

    Né à Moscou en 1821, Fedor Dostoïevski est marqué dès son enfance par la

    question de la souffrance et de la mort. Le nez collé à la fenêtre, il observe les silhouettes des malades et des mourants que l’on transporte à

    l’hôpital où travaille son père chirurgien. A la maison, à côté de la chambre où la maman attend que la maladie l’emporte, le père tyrannique réunit

    chaque soir ses enfants autour de la table pour la récitation grave des

    textes sacrés en slavon. A 8 ans, quand le jeune Fedor entend psalmodier à

    l’église le livre de "Job", dont la gouvernante lui a déjà fait découvrir

    des passages en traduction allemande, il est scandalisé, dit Michel del Castillo, à l’idée que "Dieu puisse passer un pacte avec le Malin sur le dos

    d’un innocent" et ainsi "laisser le monde ouvert au champ du mal"!

    C’est durant ses études à St-Peterbourg que Fedor apprend la mort violente de son père qu’il haïssait. La littérature sauve le jeune homme de

    son expérience douloureuse. Il se passionne d’abord pour la littérature

    idéaliste et noble. Puis il découvre les romans à portée sociale de George

    Sand et Victor Hugo en France, et de Nicolas Gogol en Russie. Et il penche

    pour le socialisme libertaire. C’est moins la question de Dieu qui le tourmente, que celle du mal: il faut changer le monde. Alors que Gogol a fait

    volte-face pour adhérer à la foi orthodoxe avec l’âme d’un nouveau converti, Dostoïevski emboîte le pas aux critiques de Gogol. Suspect, il est arrêté, puis condamné à mort. Mais le 21 décembre 1849, sur le lieu de l’exécution, sa peine est commuée à 10 ans de travaux forcés en Sibérie.

    "Enfant du doute"

    Quand en 1868, dans "L’Idiot", Dostoïevski évoquera son expérience de

    condamné à mort grâcié une veille de Noël, il la reliera à la mort et à la

    résurrection du Christ. Dostoïevski, un converti? Michel del Castillo ne le

    croit pas, au vu du témoignage même de l’intéressé: "Je suis un enfant du

    doute et de l’ignorance, maintenant et jusqu’à l’heure de la mort. La tentation de la foi est d’autant plus douloureuse que je voudrais en ressentir

    le besoin qui m’est sans cesse refusé".

    Certes, l’écrivain russe soulignera, au soir de sa vie: "Si l’on me démontrait que la vérité est en dehors du Christ, je choisirais le Christ

    contre la vérité!" Mais c’est le cri d’un homme désabusé. Son expérience du

    bagne lui a enlevé l’espoir de salut qu’il cherchait dans une philosophie

    humanitaire. C’est d’ailleurs à partir de son séjour en Sibérie qu’il connaît des crises d’épilepsie. Comme si le bagne lui avait révélé la logique

    monstrueuse, qu’il dénoncera à travers la légende de l’Inquisiteur. Michel

    del Castillo en résume le propos en quelques phrases ironiques: "Il est

    triste de tuer, mais le monde va mieux après. Pour les petits crimes, le

    sadisme suffit. Pour les grands, il faut l’amour de l’humanité".

    De la figure sublime de Don Quichotte au modèle idéal du Christ

    Ici perce toute la modernité de Dostoïevski: détectant la perversion qui

    peut inspirer les grandes causes, il craint qu’un monde sans Dieu laisse le

    champ libre aux monstres pour imposer leur ordre. A leur "vérité", il préfère la figure sublime de Don Quichotte ou le modèle idéal du Christ. "Le

    monde sera sauvé par la beauté", écrira-t-il plus tard, dans un sens analogue. Mais son dernier roman, "Les frères Karamazov" (1880) est là pour témoigner, au-delà de la confrontation entre les trois héros, des trois périodes qui ont marqué la vie de l’auteur: celle de "l’enfance mystique et

    sans réponse", celle de "la jeunesse charnelle et violente", celle de

    "l’athée refusant un Dieu créateur du monde où souffrent les innocents".

    "Une question aura tourmenté toute ma vie, c’est celle de l’existence de

    Dieu." Cette phrase de Dostoïevski a beaucoup inspiré ses commentateurs.

    L’oeuvre de l’écrivain russe, en tout cas, est là pour montrer combien la

    littérature importe pour laisser les questions de l’homme se creuser. Car,

    insiste Michel del Castillo, "nous sommes d’abord portés par le récit".

    L’écrivain avait entamé sa conférence en s’étonnant d’avoir entendu quelqu’un lui dire: "Une seule question m’intéresse : Dieu. Mais la littérature

    ne m’intéresse pas." Il conclut sa conférence en relançant la question:

    "Comment pourrions-nous prétendre que seul Dieu nous intéresse? Que signifie se dire chrétien si les hommes ne nous intéressent pas?" (apic/cip/pr)

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