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    apic/Caritas/Rwanda

    APIC - TEMOIGNAGE

    Rwanda: le retrait de la plupart des ONG donne à Caritas

    une raison supplémentaire de maintenir sa présence

    L’organisation catholique s’emploie à recomposer le tissu social (210495)

    Bruxelles, 21avril(APIC/CIP) Un an après le début des massacres au Rwanda, il y a toujours deux millions de réfugiés dans les pays voisins, dont

    plus d’un million dans les camps de Goma et de Bukavu au Zaïre. Tant que le

    Rwanda ne leur offrira pas de réelles conditions de sécurité, ils ne sont

    pas près de rentrer au pays. En attendant, le retrait de la plupart des organisations non gouvernementales donne à Caritas une raison supplémentaire

    de maintenir sa présence. L’organisation internationale catholique dit en

    outre ne pas croire à la stratégie du HCR.

    De retour du Rwanda et du Zaïre, Johan Ketelers, porte-parole du Secours

    international de Caritas, témoigne des efforts de l’organisation catholique, car, a-t-il confié à l’Agence CIP, à Bruxelles, il faut joindre aux

    secours matériels et alimentaires une action patiente pour recomposer tout

    un tissu social.

    En août dernier, quelque 150 organisations non gouvernementales étaient

    présentes au Zaïre aux côtés des réfugiés rwandais. A présent, elles ne

    sont plus qu’une vingtaine. "Beaucoup d’organisations ont envoyé des équipes sur le terrain avec l’espoir que les secours alimentaires et matériels

    contribueraient à améliorer la situation au bout de quelques mois", constate Johan Ketelers. "Mais la tragédie rwandaise n’est pas une catastrophe

    naturelle. La crise ne trouvera pas de solution dans la seule aide matérielle. C’est pourquoi, tout en poursuivant cette aide, Caritas cherche,

    depuis le début des événements, à reconstruire patiemment, avec les Rwandais, tout un tissu social. C’est un enjeu qui motive plus que jamais notre

    engagement sur le terrain".

    C’est le Secours International de Caritas à Bruxelles qui est chargé,

    par Caritas Internationalis, de coordonner au Rwanda et au Zaïre les secours octroyés grâce à la solidarité des catholiques de différents pays.

    La peur omniprésente au Rwanda

    "Partout au Rwanda, dit-il, j’ai rencontré le sentiment d’insécurité et de

    peur sur les visages des Rwandais. Tant parmi les Tutsis restés au pays que

    parmi les 150’000 Hutus regroupés dans le vaste camp de Kibeho".

    La volonté du nouveau régime de poursuivre systématiquement les coupables et les complices du génocide a conduit à une nouvelle vague d’arrestations, au rythme de 1’500 par semaine. Plus de 30’000 personnes sont aujourd’hui en prison. "Mais dans quelles conditions ont-elles été arrêtées?

    Et combien de temps faudra-t-il aux 150 enquêteurs formés ces derniers mois

    et aux 150 autres en formation pour éplucher chaque dossier?", se demande

    J. Ketelers. Malgré l’annonce de l’ouverture du premier procès pour le 6

    avril, il a fallu l’ajourner. Le ministre de la Justice Nkubito ne nie pas

    qu’il y ait eu des arrestations arbitraires de la part de l’Armée Populaire

    Rwandaise. Mais il fait valoir qu’il lui est difficile, par manque d’effectifs policiers, de freiner les initiatives des militaires.

    Nouvelles villes sous bâche

    Dans ces conditions, comment imaginer un retour des 750’000 réfugiés

    rwandais hébergés à Goma au Zaïre ou des 350’000 autres de la ville voisine

    de Bukavu? Caritas ne croit guère à l’efficacité de la stratégie du HCR qui

    a réduit la valeur énergétique des rations alimentaires quotidiennes de

    2100 à 850 Kcal par personne. Visiblement, ceci ne précipite pas les réfugiés sur le chemin du retour, mais augmente considérablement les risques de

    malnutrition. Un choix que Caritas juge "très discutable". Dans les trois

    grands camps de Goma, par exemple, que ce soit à Kibumba (230’000 personnes), à Kahindo (180’000) ou à Katale (200’000), les réfugiés se sont peu à

    peu organisés. Les camps ressemblent à de petites villes aux toits de

    "sheetings" : montées sur des armatures en bois plus ou moins rudimentaires, les grandes bâches plastifiées abritent une nouvelle vie urbaine qui

    se réorganise dans le provisoire. De grandes avenues traversent les camps

    et sont signalées par des panneaux à peine insolites: "Boulevard de la liberté", "Boulevard des réfugiés"... Petits commerces, cafés, ateliers, écoles et services divers se sont multipliés sous les bâches. Les chrétiens se

    rassemblent même le dimanche dans une église en "sheeting".

    "Les réfugiés ont recréé sur place ce qui leur a paru nécessaire pour

    demeurer le temps qu’il faudra, commente J. Ketelers. Le sort commun, même

    s’il n’aplanit pas les inégalités sociales, favorise malgré tout les échanges. La débrouillardise, jointe aux secours reçus, apporte au fil du temps

    un peu plus de sécurité et d’apaisement".

    Entre les rumeurs et la précarité

    "Les réfugiés ont beau savoir que leur situation est précaire et provisoire. Elle continue d’être, à leurs yeux, de loin préférable aux menaces

    que leur rapportent quotidiennement les rumeurs vraies ou fausses sur leur

    pays d’origine. Ces rumeurs, qui aggravent le climat d’insécurité persistant au Rwanda, sont un facteur permanent de déstabilisation, souligne J.

    Ketelers. Le langage du vice-président Kagame, ministre de la Défense, qui

    continue de désigner tous les Rwandais du dehors comme des "meurtriers",

    n’est certes pas fait pour apaiser les tensions".

    S’y ajoutent les problèmes économiques. Des 600 millions de dollars promis le 19 janvier dernier à Genève par la communauté internationale, le

    gouvernement de Kigali n’a reçu que 138 millions. L’essentiel était destiné

    à l’administration. Rien n’a été octroyé pour relancer l’économie rurale.

    La flambée des prix n’arrange rien: en quelques mois, le prix du pain a

    triplé et le régime de bananes a grimpé jusqu’à 1’000 francs rwandais,

    alors que le salaire mensuel de base n’est que de 10’000 francs. Plusieurs

    familles ne peuvent plus se payer le médicament indispensable contre la malaria.

    Au Zaïre aussi, certains réfugiés sont dans une situation moins favorables que d’autres, parce que leur statut n’est pas reconnu par le HCR. Ainsi à Bukavu, Caritas continue de prendre seule en charge 10’000 militaires

    des anciennes forces armées rwandaises, qui sont hébergés avec leurs proches dans le camp Panzi. "Nous avons choisi dès le départ de n’exclure personne de notre aide, explique J. Ketelers. Ce n’est pas parce qu’il y a

    parmi eux des gens qui ont des crimes sur la conscience que l’on est en

    droit de les abandonner. La même règle doit valoir aussi bien pour les militaires, leurs femmes et leurs enfants que pour les réfugiés des autres

    camps: si quelqu’un est coupable, qu’on le traduise en justice. Une organisation humanitaire n’a pas à établir de discrimination entre les réfugiés".

    Difficile réconciliation

    Difficile, dans ces conditions, de parler de réconciliation, estime le

    porte-parole de Caritas. Dans les camps de réfugiés aussi, la situation va

    devenir intenable. L’attaque dirigée peu avant Pâques contre un des camps

    de Bukavu, où l’on a déploré 26 tués et une quarantaine de blessés, montre

    que les sources de tension restent bien présentes.

    "Maintenir une aide humanitaire pour les réfugiés est indispensable.

    Mais ce n’est pas tenable à long terme, note-t-il. Si le retour des réfugiés ne peut être envisagé de façon réaliste dans les prochains mois, il

    faudra bien chercher des zones d’implantation plus durables au Zaïre et en

    Tanzanie. Pour apaiser les tensions, un travail diplomatique plus intense

    serait nécessaire, parallèlement aux efforts à multiplier pour recréer un

    tissu social entre les Rwandais.

    C’est en fonction de ce tissu social à recomposer que travaille Caritas,

    tant au Zaïre qu’au Rwanda. Dans les camps, l’organisation catholique est

    très présente et ses animateurs, pour la plupart issus de la population réfugiée, inspirent la confiance. De plus, ils peuvent mettre leurs compétences diverses au service des autres. C’est le cas notamment des médecins,

    des infirmiers, des enseignants et des nutritionnistes.

    Au Rwanda aussi, de multiples actions sont menées par Caritas. A Kigali,

    3’500 enfants non accompagnés ont été placés dans des familles d’accueil,

    qui bénéficient d’un soutien de l’organisation. Dans les communautés locales, en particulier au sein des paroisses, des concertations ont été relancées pour que les familles les plus démunies soient reconnues et prises en

    charge dans un réel climat de solidarité.

    En coordination avec d’autres O.N.G., Caritas offre une aide matérielle

    pour reconstruire des maisons ainsi que pour réaménager une cinquantaine de

    dispensaires et reconstituer des équipes d’infirmiers. Caritas veille aussi

    à une relance de la scolarité des enfants, en fournissant du matériel scolaire, des uniformes confectionnés par des ateliers locaux, et en recherchant des enseignants.

    Un défi pour l’Eglise

    Dans son action, Caritas a aussi conscience d’ouvrir de nouvelles voies

    à l’engagement des chrétiens. "Toute réhabilitation passe par les relations

    humaines", insiste J. Ketelers. L’Eglise au Rwanda est actuellement mise au

    défi de revoir sa manière de témoigner de l’Evangile. Avant les événements,

    elle détenait et représentait un réel pouvoir à travers ses institutions

    sociales, éducatives et médicales. La lutte des factions rivales pour le

    pouvoir l’a également fracturée et disloquée. Elle a perdu 30% de ses prêtres dans les massacres, et ne dispose plus aujourd’hui que d’un tiers de

    ses prêtres environ, les autres ayant dû fuir le pays. Dans plusieurs paroisses, heureusement, des laïcs chrétiens ont pris la relève. Certes, dans

    un pays où 80% des habitants étaient baptisés, les événements tragiques

    d’il y a un an laissent à l’Eglise de nombreuses questions.

    "La déception et les interrogations ne doivent pourtant pas voiler le

    fait que, si des chrétiens ont pu céder à la folie meurtrière, d’autres ont

    aussi risqué leur propre vie pour sauver des personnes sans distinction,

    souligne encore Johan Ketelers. Aujourd’hui, le premier témoignage que

    l’Eglise peut donner passe assurément par le travail d’animation et par

    l’engagement que des chrétiens poursuivent dans les communautés locales.

    Caritas, pour sa part, s’efforce de les encourager dans leur ouverture comme dans leur proximité aux côtés des plus pauvres". (apic/cip/pr)

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