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    apic/Cardinal Martini

    Montreux: Le cardinal Martini invité des prêtres du diocèse de LGF

    Porter la souffrance, sans perdre la confiance (011096)

    Montreux, 1eroctobre (APIC) Lorsqu’on parle de lui comme du prochain pape,

    le cardinal Carlo Maria Martini esquisse un sourire malicieux. "Ces propos

    n’ont aucun sens! je veux terminer ma vie comme pèlerin à Jérusalem." La

    parole est alerte, l’accent chantant, la répartie prompte, mais l’intelligence spirituelle de sa réflexion force la conviction.

    L’archevêque de Milan, invité lundi à Montreux, sur les rives du lac

    Léman, des prêtres du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg se refuse

    également à toute spéculation sur l’état de santé de Jean Paul II et sur

    une éventuelle démission. "Il fait ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a jamais fait. Rien ne l’obligerait à faire des voyages, mais il continue."

    Invité pour parler de la joie du prêtre, le cardinal a élargi le propos,

    en particulier à partir des expériences originales développée dans son diocèse, un des plus grand du monde avec ses 5 millions d’habitants et ses

    3’000 prêtres.

    Pour le cardinal, tout est en fait question de regard. Porter un regard

    juste sur la situation, porter la souffrance sans perdre la confiance a été

    le centre de son message aux quelque 350 participants de la journée. A ceux

    qui mettent en avant les divisions dans l’Eglise, le jésuite répond que

    l’Eglise doit vivre avec ses diverses tendances, dans une tension positive

    qui lui permet de croître et d’avancer.

    Pour un magistère plus collégial

    Le magistère de l’Eglise gagnerait à être plus collégial, reconnaît le

    cardinal. Permettre une meilleure concertation entre les évêques en vue

    d’un consensus plus large serait important. Par exemple sur la question du

    célibat des prêtres où le cardinal, après avoir rappelé que la règle actuelle a apporté beaucoup d’avantages, fait un peu une réponse de jésuite:

    "Ce n’est pas un absolu, mais ouvrir un débat sur ce qui nous touche de si

    près implique une grande responsabilité. Un évêque seul ne peut pas la

    prendre. Cela doit se faire pour toute l’Eglise. Le souci principal doit

    rester d’éviter les divisions".

    La valeur de la liberté

    Un certain nombre de catholiques estiment que le monde actuel va droit à

    sa perte et qu’il a oublié toutes ses valeurs. Là encore Mgr Martini refuse

    de porter un jugement négatif global sur la société. Il y a beaucoup de

    maux en Bosnie, à Jérusalem ou au Burundi. "Nous devons détester ces situations". Mais généralement la société contemporaine est aussi le fruit du

    développement de valeurs chrétiennes en particulier la liberté de l’homme.

    C’est un progrès. "L’Evangile est en fait l’épanouissement de la liberté,

    mais pas pour ne rien faire ou se perdre dans le néant. C’est une liberté

    pour servir et pour aimer. Il y a là une très belle correspondance", relève

    Mgr Martini.

    L’Eglise ne doit pas donner l’impression de s’imposer aux consciences,

    mais elle doit permettre de développer la conscience du don de Dieu, qui

    appelle une grande responsabilité. Comme le don de Dieu est son Fils luimême en la personne de Jésus, la responsabilité envers le prochain est

    énorme.

    La "chaire des non-croyants"

    Conscient de cet enjeu, le cardinal a développé une dynamique originale

    autour de ce qu’il a appelé la "chaire des non-croyants". "Je pense qu’il

    est plus difficile de ne pas croire que de croire. En moi-même, le croyant

    se dispute toujours avec l’incroyant. J’ai donc estimé qu’il était bon

    d’ouvrir le dialogue." Le premier invité à parler du haut de la "chaire des

    non-croyants" fut le maire marxiste de Venise. Beaucoup ont suivi depuis

    sept ans sur des thèmes comme la souffrance, la foi comme sentiment, la

    prière de ceux qui ne croient pas. Aujourd’hui quelque 1’500 personnes suivent cette démarche.

    Un autre point d’attention pour le cardinal est bien sûr la jeunesse.

    "Mais je n’aime pas parler des jeunes comme d’une catégorie sociologique,

    précise Mgr Martini, alors qu’il s’agit d’un critère biologique. Les types

    de jeunes sont très différents. Ce n’est pas avec les plus éloignés de

    l’Eglise qu’il est le plus difficile d’ouvrir le dialogue. Le cardinal, à

    l’instar d’autres, s’inquiète plus de la masse indifférente des ’sans-couleurs’. "Ils ne viennent pas à l’église et comme je ne vais pas dans les

    discothèques, je ne les rencontrais pas." Mgr Martini a alors choisi de

    leur écrire une lettre qu’il a distribuée aux jeunes qu’il rencontre avec

    la mission d’aller, eux, la porter à ces jeunes là. Le résultat: un abondant courrier. "C’est un signe pour aller fouiller dans ce sens". (apic/mp)

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