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    apic/Canada/Rapport(Autochtones maltraités

    Canada: Rapport explosif au terme d’une enquête officielle (031296)

    Enfants autochtones maltraités par le passé dans les internats religieux

    Gouvernement et Eglises mises en cause: vers des excuses publiques?

    Ottawa/Canada, 3décembre (APIC) Selon une enquête officielle rendue publique au Canada, des enfants autochtones auraient été maltraités durant des

    décennies, et notamment depuis le début du siècle, dans des internats religieux canadiens. Les Eglises et le gouvernement d’Ottawa sont invités à

    présenter officiellement des excuses aux autochtones.

    Un rapport de 4’000 pages en six volumes, publié à l’issue d’une enquête

    officielle de cinq ans sur le traitement des peuples autochtones du Canada,

    exhorte les Eglises, qui géraient des internats pour Indiens, et le gouvernement fédéral qui en supervisait l’administration, à présenter des excuses

    officielles aux autochtones. Leur vie, précise le rapport, a été profondément affectée par les abus dont ils ont été victimes et par la politique du

    gouvernement qui a tout fait pour "tuer la nature indienne chez l’enfant".

    C’est là l’une des recommandations de la Commission royale d’enquête sur

    les peuples autochtones, dont le rapport a été publié en novembre. L’enquête a coûté 53 millions de dollars canadiens (environ 40 millions de dollars

    EU).

    Dans le cadre de ses travaux, la Commission a eu accès à un grand nombre

    de documents, et découvert qu’en 1907 une enquête restreinte avait montré

    qu’un quart des 1’500 élèves inscrits dans ces écoles n’en sont pas sortis

    vivants. Les autorités d’alors étaient résolues à "élever" et "civiliser"

    la population autochtone, fait observer le rapport, qui recommande l’indemnisation des collectivités autochtones afin de faciliter le processus

    d’apaisement, et le déblocage de fonds pour assister les familles touchées.

    Une proclamation nouvelle pour remplacer celle de 1763

    Dans une autre importante recommandation, la Commission propose au Parlement et à la reine Elisabeth de faire une nouvelle "proclamation royale"

    reconnaissant les erreurs du passé et engageant les gouvernements à établir

    de nouveaux rapports avec la population autochtone. Cette proclamation remplacerait celle de 1763, qui définit les relations avec les autochtones.

    Le rapport préconise la création d’un parlement autochtone - une "Chambre des premières nations" - qui serait chargé de légiférer sur toutes les

    questions relatives aux autochtones. Il recommande également qu’un tribunal

    indépendant des terres et des traités soit chargé de régler les revendications territoriales; que le Département des affaires indiennes et du Nord

    soit remplacé par de nouveaux départements fédéraux; que les autorités fédérales et provinciales s’engagent à former 10’000 cadres autochtones dans

    les domaines de la santé et des services sociaux.

    Le rapport invite le gouvernement fédéral à consacrer des millions de

    dollars supplémentaires à des programmes élargis dans les domaines du logement, de la santé, de l’éducation et de l’emploi pour les autochtones. Les

    partisans de cette recommandation avancent que cela épargnera au gouvernement des milliards de dollars à long terme et permettra peut-être d’éviter

    le grave conflit qui pourrait éclater si les négociations n’avancent pas.

    La Commission a été créée à la suite d’un affrontement armé entre les

    forces militaires et les Mohawks à Oka, au Québec, en 1990. Ses sept membres, dont quatre autochtones, ont été habilités à examiner la situation

    des peuples autochtones sous tous ses aspects.

    Cynisme gouvernemental

    Les six volumes du rapport de la Commission - qui connaissent un grand

    succès commercial et se vendent au prix de 275 dollars canadiens - ont suscité un grand intérêt dans le public et les médias au Canada, et dans les

    milieux ecclésiastiques et gouvernementaux en particulier.

    Le ministre des Affaires indiennes, Ron Irwin, a déjà qualifié de "peu

    réalistes" les propositions ambitieuses de la Commission. "Croyez-vous

    qu’il suffise de dépenser tous ces milliards pour améliorer la situation et

    aller au paradis?" a-t-il dit aux journalistes.

    Le chef du peuple Cree du Québec, Matthew Coon-Come, s’est dit fort déçu

    par la réaction des autorités. Interviewé lors d’une émission télévisée, il

    a déploré la "grande arrogance" du ministre des Affaires indiennes et du

    Premier ministre Jean Chrétien, et averti que le problème des autochtones

    était une véritable "bombe à retardement".

    Réactions encore: réunie à Ottawa la semaine dernière, l’Assemblée des

    premières nations, le plus important groupe autochtone du Canada, a demandé

    le renvoi du ministre Irwin et son remplacement par un autochtone.

    L’un des six volumes du rapport de la Commission porte sur les internats

    et rejette une part de la responsabilité des abus physiques, sexuels et

    émotionnels subis par les élèves, sur la société canadienne, en particulier

    sur "l’évangélisation chrétienne et les politiques racistes qui se retrouvent au niveau institutionnel dans l’Eglise, le gouvernement et la bureaucratie".

    Le mea culpa des Eglises

    La plus grande Eglise protestante du pays, l’Eglise unie du Canada, compare le rapport à "une carte routière détaillée et constructive pour le

    gouvernement canadien et pour la société canadienne dans son ensemble".

    L’Eglise méthodiste, l’une des trois Eglises qui ont formé l’Eglise unie

    du Canada en 1925, gérait un certain nombre d’internats au début du siècle

    (l’Eglise anglicane et l’Eglise catholique en dirigeaient d’autres à la même époque).

    Dans un communiqué diffusé quelques heures avant que le rapport de la

    Commission ne soit rendu public, l’archidiacre Jim Boyles, secrétaire général de l’Eglise anglicane du Canada, a déclaré que son Eglise voyait dans

    le rapport "l’occasion pour le gouvernement fédéral de suivre l’exemple des

    Eglises: reconnaître le rôle qu’il a joué en élaborant des politiques d’assimilation, et présenter des excuses pour le tort causé".

    Pour Donna Bomberry, coordinatrice des ministères autochtones de l’Eglise anglicane, il est reconnu que les internats "ont contribué dans une large mesure aux problèmes d’alcoolisme, de toxicomanie et d’abus sexuels dans

    la communauté autochtone. Les autochtones ont perdu leur culture et leurs

    langues. Les séquelles s’étendent maintenant à la troisième génération. Il

    est essentiel que le gouvernement affecte à l’enseignement et à la formation les ressources qui favoriseront une guérison à long terme".

    Réaction catholique également, par la voix de Douglas Crosby, secrétaire

    général de la Conférence épiscopale canadienne. Il espère "tout particulièrement que ce rapport pourra vraiment contribuer à instaurer un climat

    d’espoir pour les moins de 25 ans, qui représentent 54% de la population

    autochtone du Canada. Nous souhaitons que ce rapport aide les autorités canadiennes et la société canadienne dans son ensemble à se réconcilier avec

    les Premières nations afin qu’au seuil du 21e siècle, nous nous engagions

    sur une nouvelle voie. Une coopération est essentielle".

    La Conférence épiscopale s’est engagée à collaborer avec les autochtones, a précisé Douglas Crosby. "Cet engagement se fonde sur l’appel à la

    justice et à l’action inscrit dans l’Evangile." Il s’inspire d’une critique

    de l’enracinement "de l’activité missionnaire dans la mentalité eurocentrique de l’époque coloniale". (apic/eni/pr)

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