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    apic/Bresil/Elections

    Brésil: 100 millions de Brésiliens élisent leur président lundi (300994)

    Fernando Henrique Cardoso élu au premier tour déjà?

    Sao Paulo, 30septembre(APIC) (Eugenio Menezes) Trois jours avant d’élire

    leur nouveau président, les Brésiliens se posent une seule question. Le

    "réal", la nouvelle monnaie à la mode, ne va-t-il pas propulsé dès le 1er

    tour le candidat Fernando Henrique Cardoso (FHC) à la présidence de la République? Luis Inacio da Silva, dit "Lula", qui avait pourtant 40% des intentions de vote le 30 juin dernier, n’en a plus que 23 % à la veille des

    élections de lundi. Espoir en une vie meilleure, désillusion envers la politique, les avis des gens de la rue sont partagés. Le correspondant de

    l’agence APIC au Brésil, a recueilli jeudi à Sao Paulo quelques échos enthousiastes ou désabusés.

    "L’inflation c’est fini. Nous avons enfin une monnaie forte. La vie

    s’améliore. Je vais voter pour Fernando", dit un chauffeur de taxi qui

    croit manifestement aux vertus du nouveau réal. Avec un sourire entendu, il

    ajoute: "D’ailleurs, comme au football, on ne tourne pas le dos à une équipe qui gagne!". Une femme de 65 ans entre dans un grand magasin. Son jugement est lui désabusé: "Tout cela est pure invention de la télévision. Les

    prix dans les magasins augmentent déjà, et mon revenu reste le même. Vous

    allez voir... quand les élections seront terminées, on va retrouver la vie

    chère".

    A la sortie du métro, un vendeur ambulant lance à la cantonnade: "Lorsque le gouvernement lance un plan, au commencement tout va bien, mais

    après, attention, ça va barder"! Près de l’Université catholique de Sao

    Paulo (PUC), un groupe d’étudiants discute avec passion: "Encore une fois

    le peuple va se faire gruger. Seul "Lula" a la possibilité de mettre la politique au service des pauvres et de favoriser leur participation aux chagements sociaux.

    Difficile d’expliquer cela au peuple. Dans un marché de quartier, une

    vendeuse crie: "Voila déjà deux mois qu’un même paquet d’oranges coûte 1

    réal. Prenez mes oranges avec le prix réal". J’ai de nouveau confiance en

    mon pays. Moi, je vote pour Cardoso". Dans le métro, la discussion est animée: un employé de banque glisse à ses collègues: "Les licienciements,

    après les élections, vont se poursuivre dans les banques. Le peuple a la

    mémoire courte. Il suffit d’observer que ceux qui appuyaient Collor le corrompu, l’ancien président qu’on a fait tomber, sont tous maintenant dans la

    barque de Fernando Henrique".

    L’influence des chefs d’entreprise

    Quant aux chefs d’entreprise, la grande majorité appuie "FHC". La revue

    économique, "Exame", publie une enquête prometteuse: "Les perspectives de

    croissance économique et les investissements (nationaux et internationaux)

    seront en hausse si Cardoso est élu. La puissante Fédération des industries

    de Sao Paulo (FIESP) a investi d’énormes sommes dans la propagande électorale: à intervalles réguliers, elle offre des spots publiciataires de trois

    minutes dans toutes les télévisions du pays. Le message est simple et

    clair: "Tous les Brésiliens sont satisfaits avec le nouveau REAL. C’est

    l’heure de mettre sa confiance dans le REAl! C’est l’heure de mettre sa foi

    dans le BRESIL !".

    Les derniers slogans de la semaine

    Les responsables de la campagne électorale des deux principaux candidats

    tirent leurs dernières cartouches: Pour Marco Aurelio Garcia, coordinateur

    du programme de gouvernement de Lula, "la participation populaire et le

    renforcement d’un Etat démocratique attentif aux droits des plus pauvres

    sont la base d’une révolution sociale. Elle ne pourra commencer qu’avec Lula". Plusieurs intellectuels, partisans du candidat du PT, affirment que

    "la propagande de Cardoso n’obéit qu’aux règles du jeu appelé "Consensus de

    Washington". Elle privilégie l’ordre néo-libéral dont on voit les dégats

    sociaux au Mexique et en Argentine, où tout va très bien, sauf pour le peuple".

    L’économiste Paulo Renato de Souza, coordinateur du programme de gouvernement de Fernando Cardoso, réplique: "Le Brésil ne peut pas s’isoler du

    monde. La crise sociale est d’ailleurs la première priorité du gouvernement

    de FHC. Le nouvel ordre économique et politique mondial offre une opportunité unique pour la grande insertion de notre pays au plan international".

    (apic/Eugenio Menezes/ba)

    E N C A D R E:

    Le passé des deux principaux candidats à la présidence:

    Fernando Henrique Cardoso est sociologue. Il est connu internationalement par ses nombreux livres qui critiquent la dépendance des pays les plus

    pauvres envers les pays industrialisés. Ayant vécu une période en exil durant la dictature militaire, il s’est toujours engagé pour le retour de la

    démocratie. Il a l’appui des organismes financiers internationaux. FHC

    s’est dernièrement éloigné d’une position de centre-gauche pour rejoindre

    les partisans d’une droite traditionnellement forte au Brésil: banquiers,

    chefs d’entreprises, magnats de la communication, la plupart membres du

    Parti du Front libéral. Ce dernier a fait alliance avec le parti de Cardoso, le Parti social démocrate brésilien (PSDB).

    Lula est bien connu au Brésil et dans toute l’Amérique latine. Il avait

    recueilli 47% des voix au second tour des élections présidentielles il y a

    4 ans, contre le président Collor. Mécanicien tourneur et syndicaliste, dirigeant des premières grandes grèves dans la metallurgie de Sao Paulo dans

    les années 8O, il a joué un rôle prépondérant dans la fondation du Parti

    des Travailleurs (PT) et dans la constitution de la plus grande centrale

    syndicale du pays , la "Centrale Unique des Travailleurs" (CUT). Sa lutte

    pour exiger des élections directes, sa lutte contre la corruption et son

    engagement, s’il est élu président, à procéder à une véritable réforme

    agraire, le situe indiscutablement à gauche sur l’échiquier politique brésilien. Il a depuis longtemps les sympathies des forces progressistes de

    l’Eglise catholique, en particulier celles des membres des communautés ecclésiales de base. (apic/Eugenio Menezes/ba)

    E N C A D R E

    Le corps électoral brésilien, composé de 100 millions de personnes (le

    droit de vote est accordé dès la 16e année) devra choisir lundi le futur

    président de la République, mais aussi les gouverneurs des 26 Etats et du

    district fédéral de Brasilia, 30 sénateurs, sans oublier les 513 députés

    fédéraux et les 1100 députés de tous les Etats. Dans tout le pays, l’attention se porte principalement sur le choix du président de la République. Il

    s’agit ni plus ni moins de la deuxième élection présidentielle après plus

    de 20 années de dictature militaire. Un climat de désillusion marque cependant le visage de beaucoup de Brésiliens, encore marqué par l’épisode qui

    obligea le président Collor à démissionner, pris, la main dans le sac, en

    train de voler le pays. Cette déception avec la politique, estiment certains observateurs, pourrait mener 20% du corps électoral à déposer un bulletin blanc ou nul dans les urnes.

    Ultimes sondages

    Le 1er juilet, le gouvernement a lancé une nouvelle monnaie nationale,

    le REAL, dans une tentative de relancer l’économie et de faire un sort à la

    traditionnelle inflation galopante. Les médias au Brésil, aux mains de neuf

    familles, commencèrent à démontrer avec insistance les avantages du Plan

    Real. De fait la chute de l’inflation est spectaculaire. En septembre elle

    se montait à 1,51% seulement, ce qui est considéré comme "un véritable miracle". Résultat: Quatre jours avant les élections, Fernando Henrique Cardoso obtiendrait 47% des intentions de vote, à en croire l’un des meilleurs

    Instituts de sondage du pays. Lula n’a plus que 23% d’intentions de vote.

    Si l’on additionne les votes de Lula et des huit autres candidats, les sondages parlent de 39% seulement. Si rien d’extraordinaire ne survient avant

    lundi, si les instituts de sondage ont fonctionné correctement, Fernando

    Henrique Cardoso (FHC) pourrait être proclamé vainqueur dès le 1er tour.

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