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    apic/Brésil

    Bruxelles: Plaidoyer d’un évêque Brésilien pour une Eglise engagée

    "L’annonce de Dieu est inséparable de l’annonce de la vie" (070397)

    Bruxelles, 7mars(APIC) "L’Eglise au Brésil a un rôle important à jouer

    dans l’éducation à une nouvelle citoyenneté, si elle veut être une école

    vivante de la participation", estime Dom Antonio Celso Queiroz, évêque

    auxiliaire de l’archidiocèse de Sao Paulo au Brésil. Invité en Belgique par

    l’oeuvre d’entraide "Entraide et Fraternité", l’évêque s’est exprimé devant

    les informatieurs religieux réunis à Bruxelles.

    Le Brésil, souligne Dom Celso, est un pays riche, mais le peuple est

    pauvre. Il y a bien quelques changements ; on a ramené l’inflation à des

    proportions civilisées. Mais ces changements ne répondent pas aux besoins

    du peuple. Dans un pays dont l’industrie s’est fortement sophistiquée, le

    spectre de la famine côtoie encore 32 millions d’habitants.

    Pour Dom Celso, "le grand défi" qui se pose à l’Eglise catholique depuis

    une trentaine d’années est celui de "l’évangélisation". "Quand je dis

    "évangélisation", j’inclus la lutte pour la justice. Car l’annonce de Dieu

    est inséparable de l’annonce de la vie". Nécessairement, le travail

    pastoral est lié à des problèmes aussi matériels et sociaux que ceux de la

    réforme agraire ou de la concentration de la richesse. Voilà pourquoi

    l’Eglise cherche à être aux côtés des mouvements de paysans comme le

    Mouvement pour l’Habitat ou le Mouvement des gens Sans Terre". Ce défi est

    d’autant plus difficile à relever, que "la réalité sociale est généralement

    et traditionnellement définie par l’élite, alors que celle-ci est très

    éloignée du peuple". Longtemps d’ailleurs, l’Eglise a pactisé avec les

    élites. Elle s’est heureusement rapprochée des pauvres depuis Vatican II.

    L’option préférentielle pour les pauvres est devenue un critère fondamental

    de l’action pastorale.

    Une "Evangélisation libératrice"

    Ces dernières années, l’actualité ecclésiale au Brésil a souvent été

    colorée par les controverses autour de la "théologie de la libération". Les

    médias occidentaux ont moins relayé ce qui, depuis le concile Vatican II

    (1962-1965), reste une réalité phare pour l’Eglise catholique au Brésil:

    "l’évangélisation libératrice", celle qui "relie les besoins spirituels et

    les besoins matériels". Le prélat précise: "l’évangélisation libératrice a

    été une manière d’assumer la pratique pastorale, bien antérieure à la

    théologie de la libération. Elle a quatre grandes caractéristiques.

    Héritière de la méthode "voir, juger, agir" de l’Action catholique, elle

    tient d’abord à voir la réalité en face avant de la juger.

    Elle veut être ensuite une annonce de la libération intégrale, sans

    séparer les aspects de la libération du péché. Elle implique en outre une

    option préférentielle pour les pauvres : dans l’ouverture à tous, mais sous

    le regard des pauvres, incomparable pour éclairer la réalité sociale.

    Enfin, il s’agit de promouvoir une vie de coresponsabilité, de

    participation, de communion : "il y va de l’égalité fondamentale au sein du

    peuple de Dieu", précise l’évêque.

    "Education à la citoyenneté"

    La question des Indiens est un autre défi pour le Brésil, relève Dom Celso,

    "Parler d’évangélisation libératrice ne signifie pas que désormais, tout va

    bien pour notre Eglise. Nous nous sommes certes beaucoup rapprochés des

    pauvres. Mais historiquement, l’Eglise a été si éloignée des Indiens que la

    plupart ont été exterminés : il n’en reste que 250’000 au Brésil. Une autre

    grande dette historique est à l’égard des Noirs, trop longtemps méprisés.

    Le paternalisme reste un autre fardeau pour notre Eglise, poursuit le

    prélat. L’Eglise a regardé le peuple avec hauteur, au lieu de prendre sa

    cause en main. Et aujourd’hui encore, seul un petit nombre de gens de

    l’élite comprennent le peuple; les autres l’ignorent. D’où les problèmes

    qui reviennent sans cesse dans les discussions entre les évêques et le

    gouvernement: en matière de santé, de travail, d’éducation et de logement".

    Le grand projet de l’Eglise catholique brésilienne, est l"éducation à la

    citoyenneté". "C’est une tâche difficile, explique l’évêque, car le peuple

    a été longtemps plongé dans une histoire passive. A trop vouloir aider les

    nécessiteux, l’Eglise les a enfoncés dans la passivité. Aujourd’hui, le

    chemin pour en sortir passe par la participation. L’Eglise doit être une

    école vivante de la participation. Elle doit être un lieu où il est bon de

    se rassembler pour discuter des problèmes.

    Aussi plusieurs communautés de base organisent des cours d’éducation

    politique, un suivi des décisions municipales, des tables rondes

    préélectorales, etc.

    L’avenir de l’Eglise

    Le Brésil est souvent considéré aujourd’hui comme une terre de prédilection

    pour les nouveaux mouvements religieux. Dom Celso ne partage ni

    l’enthousiasme de ceux qui crient au "réveil religieux", ni le

    catastrophisme de ceux qui craignent pour les rangs de l’Eglise actuelle,

    qu’ils jugeraient "trop sociale". "Le réveil d’une certaine religiosité va

    de pair avec l’impression de vivre dans un monde de plus en plus froid et

    technique. C’est un phénomène mondial. Il n’est pas dû à une réaction

    contre une préoccupation sociale trop soutenue. Au contraire, ce prétendu

    réveil religieux est extrêmement individualiste: "c’est moi qui m’emballe

    pour le dieu auquel j’adhère, à condition qu’il me console, qu’il comble

    mon vide intérieur, et surtout qu’il ne m’engage pas", affirme le prélat.

    L’évêque ne nie pas que le risque d’un repli sur le sentimentalisme

    religieux peut tenter une partie de l’Eglise catholique. Mais au Brésil,

    constate-t-il, "l’avenir de l’Eglise passe par les communautés de base et

    celles-ci, qui sont généralement très implantées dans le monde populaire et

    très proches de ses organisations, ne sont pas près de souffrir de

    sentimentalisme. La Bible y sert en outre de référence pour la réflexion et

    le fil conducteur de leur action est généralement celui de l’évangélisation

    libératrice, ce qui les porte à relier l’annonce du Règne de Dieu au combat

    pour la justice".

    "Dans ces communautés, les femmes jouent un rôle capital. Sans elles,

    sans les mères de famille et sans les religieuses notamment, que serait

    l’Eglise ?" "On a beau rêver d’une Eglise structurée autour des prêtres: au

    Brésil, ils sont tellement peu nombreux que s’il n’y avait pas les femmes,

    l’Eglise n’existerait plus", conclut Dom Celso (apic/cip/fd)

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