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    apic/Bidawid/Embargo contre l’Irak/Emigration chrétienne

    Bagdad:Le patriarche Raphaël I Bidawid (201295)

    dénonce la mise en quarantaine de l’Irak

    "L’embargo tue nos enfants"

    Le pape invité en Irak "sur les traces d’Abraham"

    Genève/Bagdad, 20décembre(APIC) "L’embargo tue entre 30 et 50 enfants

    chaque jour, c’est inhumain", lance Raphaël Ier Bidawid, patriarche de Babylone des Chaldéens, à Bagdad. Relayant les appels de Jean Paul II, il

    considère comme immoral de punir de cette façon, depuis 5 ans, toute la population irakienne. Mgr Bidawid a lancé une nouvelle invitation au pape à

    se rendre à Bagdad.

    Le pape a confirmé la semaine dernière sa volonté de faire une visite

    pastorale dans l’ancienne Mésopotamie. "Le Saint-Père a accepté cette invitation et m’a exprimé son ardent désir de faire, dans un jour pas trop

    lointain, le chemin de notre père Abraham, d’Our en Chaldée jusqu’à Jérusalem", a-t-il déclaré à l’agence APIC lors de son passage à Fribourg et à

    Genève, où il a de la famille.

    Invité spécialement par Jean Paul II au Synode sur le Liban en compagnie

    des patriarches d’Alexandrie et de Jérusalem, le patriarche Bidawid a renouvelé, lors d’un repas avec le pape, l’invitation à visiter les 20 millions d’Irakiens. "J’espère que Dieu accorde une longue vie à Jean Paul II

    pour qu’il puisse réaliser son rêve, qui est pour lui comme le rêve de Jacob".

    Une forte présence chrétienne à Bagdad

    Le patriarche Bidawid considère que l’émigration n’a pas fait fondre la

    présence chrétienne en Irak - près d’un million de chrétiens vivent dans le

    pays de Saddam Hussein -, contrairement à une opinion répandue à l’étranger. Ayant présidé cette année toutes les cérémonies de première communion

    dans les 33 paroisses de Bagdad, il affirme qu’il y a eu plus de 5’000 premiers communiants, "le record de ces dernières années". Cette progression

    dans la capitale irakienne s’explique en partie par l’arrivée à Bagdad des

    chrétiens du Nord, qui quittent le Kurdistan, où un grand nombre de villages ont été détruits par l’armée ou ravagés par les combats.

    Le Kurdistan vidé de sa population chrétienne

    Sur les 35 à 40’000 chrétiens qui vivaient au Kurdistan avant la guerre,

    il n’en reste plus que 2’000 à Amadiyah et 5’000 à Zakho. Nombre d’entre

    eux sont réfugiés en Turquie. Rien qu’à Istanbul, le patriarche Bidawid a

    rencontré 4’000 chrétiens irakiens en attente d’un visa pour un pays européen. "Comme l’Union européenne a bloqué toute attribution de visa aux Irakiens, ils tentent leur chance clandestinement, vers la Grèce, la Bulgarie;

    certains ont trouvé la mort dans l’aventure!"

    Les Assyriens (nestoriens) sont les plus touchés par l’émigration, parce

    que cette minorité chrétienne profite de l’existence d’une forte diaspora

    aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, qui les aide à obtenir des visas.

    Les Chaldéens ont également un diocèse de 120’000 fidèles aux Etats-Unis.

    Pas de discrimination religieuse contre les chrétiens

    Avec la guerre, le gouvernement semble s’être "islamisé", mais cela n’a

    rien d’extraordinaire aux yeux du patriarche Bidawid: "Il y a des moments

    où le gouvernement se doit de satisfaire les demandes populaires. Chez les

    chrétiens aussi, pendant les calamités, tout le monde va prier, les gens se

    rendent en masse à l’église". Certes, admet-il, il y a parfois des tensions

    à la base, chez les petites gens, mais en général, la population vit en

    paix. "Nous ne subissons aucune discrimination religieuse de la part des

    autorités. Le régime est resté laïc".

    "Le gouvernement irakien n’a jamais fait de célébration religieuse en

    tant que gouvernement, affirme Raphaël Bidawid, et grâce à Dieu, nous avons

    notre liberté religieuse..." Les autorités irakiennes aident les oeuvres de

    religion, donnent des subsides pour la rénovation d’églises, de couvents,

    de monuments historiques chrétiens, "parce que nous sommes des citoyens

    avec les mêmes droits que les autres; nous payons nos impôts, nous faisons

    notre service militaire et avons participé à la guerre comme tout le monde!".

    L’émigration chrétienne est due aux pressions économiques

    En Irak, pays musulman en majorité chiite, l’enseignement de la religion

    chrétienne et musulmane est obligatoire dans toutes les écoles publiques.

    Les livres de religion sont préparés par l’Eglise, imprimés par l’Etat et

    distribués gratuitement. Il s’agit d’un manuel commun à toutes les confessions chrétiennes, préparé par une commission mixte, qui évite tous les

    particularismes.

    A l’école publique, quand il y a 25% d’élèves chrétiens, le catéchisme

    est obligatoire; les écoliers chrétiens, à l’instar des musulmans, doivent

    passer des examens de religion. Quand ils sont moins nombreux, il revient à

    l’Eglise de faire la catéchèse dans ses propres locaux.

    Le patriarche de Babylone des Chaldéens l’affirme: "l’émigration chrétienne n’est pas due à la discrimination religieuse. Ce sont les pressions

    économiques - et peut-être politiques - qui expliquent le départ des chrétiens; mais on ne peut parler de persécution proprement dite, car personne

    n’est obligé de devenir membre du parti Baath".

    Le peuple irakien mène une vie de famine

    Raphaël Bidawid reconnaît cependant que la cherté de la vie est devenue

    insupportable pour la population, qui vend les dernières choses qui lui

    restent (bijoux, meubles, propriétés...) pour survivre. Le dollar, qui valait avant la guerre entre 30 et 40 dinars irakiens, vaut aujourd’hui presque 3’000 dinars... alors que selon le change officiel le cours du dinar

    est toujours fixé à 3,2 dollars. "C’est un miracle que les gens arrivent à

    survivre, car le salaire mensuel moyen d’un employé de l’Etat est de 5’000

    dinars, moins de 2 dollars!" (Propos recueillis par Jacques Berset/APIC)

    Encadré

    L’Eglise ne reste pas indifférente à cette misère. Uniquement à Bagdad, elle distribue des rations de vivres par le biais de la Confrérie de la charité (l’équivalent de la Caritas, qui ne peut exister sous ce nom en Irak,

    où l’on n’autorise que les institutions locales) à 30’000 familles, considérées comme "les plus pauvres des pauvres". Un certain nombre de familles

    musulmanes vivant à proximité des églises ou en faisant la demande reçoivent aussi de l’aide de la Confrérie, selon les consignes du patriarche de

    ne discriminer personne. (apic/be)

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