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    apic/BICE-Portrait

    APIC - REPORTAGE

    BICE: le plaidoyer des enfants sans voix (121094)

    Sur le front de la guerre contre l’exploitation des enfants

    Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

    Genève, 12octobre(APIC) Prostitution enfantine, exploitation des enfants,

    gosses de la rue... Depuis 45 ans ou presque, le Bureau international catholique de l’enfance (BICE), qui a son secrétariat général à Genève, est en

    guerre contre ces fléaux. Contre les injustices qui frappent des millions

    d’enfants dans le monde. L’argent est le nerf de la guerre, dit-on, et de

    l’argent, le BICE en a besoin pour mener à bien la tâche gigantesque à laquelle il s’attaque. D’où sa campagne de récolte de fonds, qu’il lancera le

    18 octobre prochain. Partenaire de l’ONU, notamment, le BICE reste pourtant

    bizarrement inconnu des services de la ville et du canton de Genève. Notre

    reportage.

    Fondé en 1948 dans la mouvance de l’après-guerre pour venir en aide aux

    orphelins, le BICE a acquis depuis une belle réputation. Reconnu par l’ONU,

    l’UNESCO, l’UNICEF et le Conseil de l’Europe, notamment, cet organisme est

    l’un des principaux artisans de la mise sur pied, par l’ONU, des Années internationales de l’Enfant, en 1979, et de la Famille, que le monde célèbre

    actuellement.

    Les photos et dessins de mômes de toutes races accrochés aux murs des

    couloirs et bureaux du 7e étage du numéro 63 de la rue de Lausanne, à Genève, interpellent d’emblée le visiteur. Comme pour mieux lui rappeler l’ampleur de la tâche que l’organisation internationale résume en une phrase:

    "Le BICE au service de tout l’enfant et de tous les enfants".

    Une foi qui renverse les montagnes

    L’ampleur de la tâche? Les 13 employés au siège central et les quelque

    30 autres répartis dans les bureaux européens de Paris, Bruxelles, Vienne,

    et continentaux de New York, Montevideo (Uruguay), Abidjan (Côte d’Ivoire)

    et Manille, aux Philippines, ont la foi qui renverse les montagnes. Car il

    en faut pour déclarer la guerre à l’exploitation sexuelle des enfants, à la

    prostitution de gamines et de gamins qui croupissent à la "disposition" des

    "touristes" dans les maisons closes de Thaïlande, des Philippines et d’ailleurs, pour s’attaquer aux problèmes des enfants de la rue et combattre

    l’esclavage auquel ceux-ci sont soumis, pour aider les enfants de détenus

    et de réfugiés. Pour faire admettre leurs droits de gosses. Simplement.

    Un travail de titan. Auquel s’attache le BICE, en sensibilisant l’opinion publique, les instances internationales et les gouvernements de la

    planète. Par la recherche, l’élaboration et la coordination de programmes

    concrets pensés et créés à Genève et appliqués grâce au concours de ses

    partenaires - communautés religieuses, organisations laïques, ONG - qui

    travaillent sur le terrain. Grâce aussi à des membres actifs et associés:

    125 associations, 40 pays, 150’000 donateurs réguliers et son réseau de

    correspondants, composé de 3’000 responsables dans le monde entier, sans

    statut particulier.

    Trois papes pour parrains

    "Nos actions partent du terrain pour revenir dans le terrain. On travaille sous forme de réseau", confie Geneviève Lejeune, directrice de la

    communication au BICE et rédactrice en chef de "L’Enfance dans le monde",

    l’une des nombreuses publications de l’organisation. Pourquoi avoir déménagé le secrétariat de Paris à Genève? "La ville abrite de multiples organisations internationales, dont l’ONU", explique-t-elle, avant de dresser un

    bref historique du BICE. De l’audience accordée par le pape Pie XII en 1947

    à l’abbé Gaston Courtois - directeur général de l’Union des oeuvres catholiques de France -, accouru à Rome pour présenter le projet de ce futur bureau, au Congrès fondateur du BICE, tenu du 17 au 19 janvier 1948 à Paris

    sous les auspices du cardinal Suhard et du nonce, Mgr Roncalli, le futur

    Jean XXIII.

    Reconnu par le Saint-Siège comme Organisation internationale catholique

    - il entretient des liens privilégiés avec plusieurs dicastères romaines -,

    le BICE jouit d’un statut spécial auprès du Vatican, au même titre qu’une

    trentaine d’autres organismes internationaux catholiques (OIC). En accord

    avec l’Eglise et les valeurs qu’elle défend (Le BICE a trois papes pour

    parrains: Pie XII, Jean XXIII et Paul VI), cette organisation internationale au service de l’enfance n’en est pas moins indépendante, même si l’élection de son président doit recueillir l’assentiment de Rome.

    Privilégier les besoins non matériels de l’enfant

    La tâche du BICE, insiste Florence Bruce, coordinatrice des programmes

    et chargée des rapports avec l’ONU, peut se résumer en quatre points: une

    foi en l’enfance; un niveau d’étude élevé; un outil de communication; une

    action internationale. Elle consiste aussi à mettre en présence des hommes,

    des femmes et des ONG ne se connaissant pas forcément, mais qui sont, dans

    le terrain, attelés à des problèmes chers au BICE: le développement global

    de l’enfant dans une perspective chrétienne. Aussi les activités du BICE se

    développent-elles davantage au niveau du besoin psycho-social et spirituel

    de l’enfant... autour de tout ce qui est le non matériel.

    L’organisation, qui accorde une attention particulière aux démunis, aux

    enfants handicapés, en faveur desquels s’ouvrira prochainement une campagne

    africaine, constitue une plateforme de concertation pour la recherche et

    l’action. En fonction des besoins réels des enfants et en faisant appel à

    leurs capacités, le BICE élabore des projets à court, moyen et long termes.

    Dans toutes ses actions, il veille à promouvoir la croissance spirituelle,

    l’ouverture interculturelle et les droits des enfants... en prenant toujours en compte son environnement familial.

    Les méthodes de travail ne sont certes pas très connues du grand public.

    Et même si peu que tant les administrations de la ville et du canton de Genève, contactées par téléphones, disent tout ignorer. Jusqu’au nom. Un comble. Elles n’en sont pas moins particulièrement efficaces. Les études et

    recherches sur l’enfance dans le monde, des enfants de la rue aux enfants

    prostitués, en passant par les enfants et le sida, les enfants et la drogue, la famille ou autres thèmes brûlants font autorité et servent de référence auprès des organismes internationaux et des ONG notamment. Ses nombreux congrès et colloques internationaux organisés partout dans le monde

    réunissent les meilleurs spécialistes de la planète. Et pourtant... "c’est

    vrai que nous ne sommes pas très connus par l’homme de la rue, reconnaît

    Florence Bruce... Cela tient au fait que nous n’occupons pas le terrain au

    même titre que les oeuvres d’entraide".

    Le BICE, précise-t-elle, n’est pas une agence de financement. Il participe certes matériellement, mais en partie seulement, à certains de ses

    projets, à la formation d’éducateurs par exemple, à l’aide aux enfants toxicomanes de la rue en Colombie. Laissant généralement à d’autres, à ses

    partenaires privilégiés (Caritas Internationalis ou autres ONG), le soin de

    s’occuper de l’intendance, de pourvoir à ce qui touche le côté matériel. Le

    Bureau apporte ce pourquoi il est conçu: fournir des outils de travail,

    élaborer des concepts et des méthodes, former les intervenants sociaux pour

    mieux répondre aux besoins psycho-sociaux des enfants, diffuser les informations nécessaires aux ONG qui, sur place, sont chargées de les répercuter

    au plan local.

    "C’est notre rôle de stimuler et de rassembler autour d’un projet et

    d’un programme nos relais que sont sur le terrain les ONG et nos partenaires. C’est aussi notre rôle de rassembler toutes les forces et de répercuter notre travail auprès des instances internationales pour faire pression

    sur les gouvernements afin de changer les politiques de l’enfance". Le travail de mobilisation du BICE favorise la rencontre de ceux qui poursuivent

    le même objectif". Sans parler de l’essentiel, sans doute, qui vise à identifier les problèmes psycho-sociaux chez les enfants, à améliorer leur

    plaidoyer.

    Pas très aidé en Suisse

    Avec un budget annuel oscillant entre 5 et 6 millions de francs, une infrastructure somme toute modeste, le BICE accomplit un travail qui n’est

    pas toujours visible, note son secrétaire général, François Rüegg. Aucune

    subvention de Rome, si ce n’est une modeste subvention octroyée annuellement par la Fondation Pie XII, ni des Conférences épiscopales, hormi une

    aide identique à celle de Rome, en provenance de la Conférence des évêques

    de Belgique. Rien, en revanche, de l’Eglise en Suisse ou de l’Action de Carême. Rien non plus du canton et de la ville de Genève, précise-t-on. D’où

    proviennent les fonds? "De nos partenaires, des dons en provenance de nos

    campagnes de financement en France, en Suisse, en Belgique et aux Etats-Unis; de diverses Caritas en Europe pour des projets, d’Institutions internationales et du Conseil de l’Europe".

    D’un point de vue pratique, un Conseil formé d’une quinzaine de personnes représentant les membres actifs, brosse les grandes lignes de l’action,

    à partir des besoins perçus par les bureaux régionaux. Ce Conseil gaarantit

    en outre la bonne marche de l’organisation, actuellement présidée par

    l’Egyptien Amin Fahim.

    Un investissement de tous les instants

    Le travail de conscientisation, les diverses campagnes de sensibilisation à partir de projets pilotes ont incontestablement fait avancer la cause des enfants. Le BICE s’est en effet considérablement investi pour que

    soit proclamée l’Année internationale de l’Enfant décrétée par l’ONU en

    1979, et que soit adoptée, en 1989, la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. On ne compte plus aujourd’hui les interventions

    des milieux politiques, d’Eglises, des organisations internationales et les

    écrits de presse pour dénoncer la prostitution des enfants, le tourisme

    sexuel, les enfants de la rue ou autres fléaux, au centre des préoccupations du BICE. "Ce sont là les retombées directes de 1979", assure Florence

    Bruce. Qui convient que le suivi des actions et les pressions exercées sur

    les gouvernements pourront seuls faire encore avancer les choses.

    De l’Année internationale de la Famille, actuellement en cours, le BICE

    en est l’un des principaux artisans, l’un des grands partenaires de l’ONU.

    Par son représentant permanent, Dennis Callagy, le BICE préside du reste le

    Comité des ONG qui sont partie prenante. Selon Florence Bruce, il faudra

    bien entendu attendre plusieurs années avant d’en mesurer l’impact. Elle

    est d’ores et déjà convaincue du succès: "Il n’y a qu’à voir les innombrables initiatives prises partout dans le monde dans le cadre de cette année,

    y compris en Suisse".

    Un tournant pour l’organisation

    Dans l’un des bureaux de la rue de Lausanne, Stefan Vanistendael, responsable du Département recherche et développement, se penche sur le dossier "Concept de la résilience", qu’il vient de présenter lors d’un Forum

    d’experts tenu des Etats-Unis. Une approche nouvelle pour aborder les problèmes des enfants touchés psychologiquement dans leur être, qui pourrait

    bien s’avérer être un tournant pour le BICE.

    Même si la réalité de "résilience" est sans doute aussi vieille que

    l’humanité, explique-t-il, du point de vue de l’action, la "résilience"

    comprend deux éléments: l’aptitude à résister à la destruction, c’est-à-dire à préserver sont intégrité dans des circonstances difficiles; l’aptitude

    à réagir positivement en dépit des difficultés.

    Et d’enchaîner: "Chez les enfants et adolescents qui ont connu la douleur et la souffrance de l’abandon, du conflit, de la cruauté, de la guerre

    et de la faim, il convient de trouver des moyens de sauver ou de retrouver

    leur résilience".

    Une tâche à laquelle s’attache aujourd’hui le BICE, en mettant sur pied

    des sessions d’information, en formant des gens de terrain. De l’Europe

    centrale et orientale - région pour laquelle le BICE a spécialement désigné

    une responsable, afin de nouer des liens avec de possibles partenaires -,

    en passant par les Amériques, l’Afrique et l’Asie. Tout un programme. Ne

    serait-ce que pour dénoncer les Etats-Unis... et la Suisse, incapables de

    répondre, sinon par l’indifférence, à l’invitation de ratifier la Conventions des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. (apic/pr)

    ENCADRE

    Lancement de la campagne financière

    Le 18 octobre prochain, le BICE lancera sa campagne financière en vue de

    récolter les fonds devant lui permettre de renforcer son action en faveur

    des enfants. L’an dernier en Suisse, 130’000 francs ont ainsi été recueillis. Cette campagne marquera en outre la traditionnelle mise en vente des

    cartes de Noël, en particulier en France, en Belgique, aux Etats-Unis et en

    Suisse. Cela dans le but de favoriser le travail du BICE, que Florence Bruce définit en ces mots: "Etude, identification des besoins des enfants, intervention sur le terrain avec les partenaires, formation sur la base de

    notre expérience et plaidoyer au sein des instances internationales".

    (apic/pr)

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