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    apic/Belgique/Sondage/Pape/Morale

    Belgique: Cinq Belges sur dix jugent le pape "excessif" en morale

    Sondage d’opinion après la publication de "L’Evangile de la vie" (170595)

    Bruxelles, 17mai(APIC/CIP) "La pape a-t-il raison de condamner comme il

    le fait la contraception, l’avortement, l’euthanasie?" Deux Belges sur

    trois répondent "non". Même chez les catholiques pratiquants, un sur deux

    donne tort au pape et juge "excessive" sa position en matière morale, révèle un sondage exclusif publié par l’hebdomadaire "La Cité".

    Le sondage a été réalisé par la SONECOM du 8 au 12 avril 1995, soit deux

    semaines après la publication de l’encyclique "L’Evangile de la vie". Les

    questions ont été soumises à un échantillon représentatif de 1202 personnes, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, selon la technique de l’entretien en tête à tête. La marge d’erreur est de 2,83%.

    Une question préalable méritait d’être élucidée: peut-on mettre sur le

    même pied l’opinion de personnes "bien informées" et les avis de personnes

    peu informées, voire peu intéressées? Les enquêteurs ont tenu compte de cet

    aspect dans leur enquête. Et les résultats vont ici à l’encontre d’un préjugé qui attribue le rejet des positions du magistère à un "manque d’information". "La Cité" affirme, au contraire: "les opinions varient assez peu

    selon que l’on se dit informé ou pas". Le sondage confirme plutôt une ligne

    de démarcation souvent constatée ces dernières années par les sociologues

    de la religion: "les différences essentielles proviennent du fait que l’on

    est catholique pratiquant ou non".

    Les catholiques pratiquants, d’après ce récent sondage, forment en Belgique 9,1% des moins de 25 ans; 12,1% des 25-40 ans; 16,8% des 41-60 ans;

    35,7% des plus de 60 ans. Plus on est jeune, moins on se dit croyant: les

    non croyants forment 30,5% des moins de 25 ans; 23,6% des 25-40 ans; 16,8%

    des 41-60 ans et 16,3% des plus de 60 ans.

    Des clivages accentués

    Dans l’ensemble, les catholiques non pratiquants ont une position proche

    de celle des autres croyants et des non-croyants: 77% des catholiques non

    pratiquants récusent les positions du pape en matière de contraception,

    d’avortement et d’euthanasie, tout comme 79% des croyants d’autres religions et 83% des non croyants. Les jeunes sont plus radicaux que les aînés

    dans leur rejet des positions du magistère. A vrai dire, les positions morales du pape en ces trois domaines ne recueillent l’assentiment que de 11%

    des Belges au total. Même chez les catholiques pratiquants, l’accueil reste

    mitigé: 29% sont favorables; 55% sont défavorables; 16% ne savent pas. Par

    comparaison, voici sur le même sujet les opinions des catholiques non pratiquants: 8% sont favorables; 77% sont défavorables; 15% ne savent pas.

    Quant à "l’attitude" globale du pape devant ces matières, cinq Belges

    sur dix l’estiment "excessive", trois autres la jugent "inacceptable" et

    deux la trouvent "normale". Seuls les catholiques pratiquants montrent ici

    une variation significative: 10% seulement jugent "inacceptable" l’attitude du pape; 35% la considèrent comme "normale" mais 54% de catholiques pratiquants estiment le pape "excessif" dans ses condamnations.

    Les trois quarts des Belges récusent le "non" absolu de l’Eglise catholique à l’avortement et à l’euthanasie. On pourrait penser que les catholiques pratiquants, au contraire, y adhèrent totalement. En réalité, ce n’est

    le cas que pour un quart d’entre eux; un autre quart ne partage que "un

    peu" la position de l’Eglise et près de la moitié des catholiques pratiquants n’y adhèrent même "pas du tout".

    En matière de contraception, depuis l’encyclique "Humanae Viae" de Paul

    VI en 1968, on savait les Belges, y compris les catholiques, assez hésitants à rallier la préférence officielle de l’Eglise pour les méthodes dites "naturelles". Le sondage publié par "La Cité" révèle qu’à peine deux

    catholiques pratiquants sur dix adhèrent aujourd’hui aux jugements portés

    sur la contraception par Jean-Paul II dans sa dernière encyclique; un quart

    de ces mêmes catholiques adhèrent "un peu" à la position du pape et 55%

    l’écartent tout à fait.

    Quant aux catholiques non pratiquants, ils ne sont que 5% à rejoindre

    "tout à fait" Jean-Paul II dans ses jugements sur l’avortement et l’euthanasie, tandis que 80% d’entre eux se disent en désaccord complet. Ce désaccord atteint même 87,5% en matière de contraception.

    Le pape m’influence-t-il?

    Si l’écart semble se creuser, au fil des années, entre les positions officielles du magistère et les catholiques, surtout si ceux-ci deviennent

    moins pratiquants, peut-on penser que les rappels réguliers de ces positions gardent au moins une influence réelle sur une partie des Belges?

    En réalité, souligne "La Cité", pour les trois quarts d’entre eux,

    "c’est la conscience personnelle qui prime (73,3%) devant la famille

    (18,5%), les principes religieux (5,5%) et la loi (2,5%). Les parts de la

    famille et des principes religieux sont plus élevés chez les catholiques

    pratiquants avec 25,1% et 17,4%, la conscience restant largement en tête

    avec 52,9%".

    Au sein même des catholiques pratiquants, on émet des doutes sur le statut de la parole de Jean-Paul II et problablement, du même coup, sur le degré d’adhésion qu’il convient d’y apporter. Ainsi, 18% estiment que, dans

    sa dernière encyclique, le pape s’exprime à titre personnel, 31% pensent

    qu’il parle au nom de Dieu, 33% seulement jugent qu’il parle au nom de la

    hiérarchie que Jean-Paul II assure pourtant avoir consultée, et 17% estiment que le pape parle "au nom de tous les catholiques".

    L’opinion des catholiques sur la convergence de la position du pape avec

    celle du "clergé" en général laisse apparaître des fractures semblables au

    sein du catholicisme belge: il n’y a convergence complète qu’aux yeux d’un

    catholique pratiquant sur deux, et seulement aux yeux de 8,5% des

    catholiques non pratiquants. Ils ne sont d’ailleurs que 14% des catholiques

    pratiquants et 9% des non pratiquants à estimer que l’on retrouve dans

    l’encyclique "l’avis des catholiques".

    Les écarts entre la doctrine magistérielle et les opinions personnelles

    des catholiques montrent à quel point ceux-ci partagent l’attachement de

    leurs concitoyens à la liberté individuelle. Selon le sondage, très peu,

    même parmi les catholiques pratiquants, sont prêts à exiger du législateur

    qu’il se conforme aux lois morales de l’Eglise. D’ailleurs 5,3% de Belges

    sont seulement dans ce cas, contre 86% d’un avis contraire. (apic/cip/pr)

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