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    apic/Belgique/Cardinal Danneels/Analyse d’un drame

    Belgique: Le cardinal Danneels analyse "l’état de choc" de la Belgique

    "Il faut retrouver un consensus sur les valeurs fondamentales" (181096)

    Malines, 18octobre (APIC) Le cardinal Danneels se réjouit de la "vague

    d’indignation" qui déferle sur la Belgique. "Elle est porteuse d’un courant

    de solidarité, de sympathie, d’exigence de clarté et de justice, d’un sursaut éthique mu par la conviction profonde que l’enfant ne peut être manipulé et qu’il doit être respecté", écrit-il dans le numéro d’octobre du

    bulletin officiel "Pastoralis" de l’archevêché de Malines-Bruxelles. La réflexion du cardinal ne s’arrête pas aux drames qui frappent la Belgique,

    mais à ceux quidont sont victimes les enfants dans le monde.

    L’archevêque de Malines-Bruxelles consacre ses "propos du mois" à

    "l’état de choc" que vit la Belgique depuis cet été. L’indignation s’étend

    même à l’échelle du monde où des millions d’autres enfants sont exploités

    sexuellement à des fins commerciales. Abuser des enfants est ressenti comme

    particulièrement grave: "L’enfant, qui par sa faiblesse appelle la protection et reçoit en retour l’oppression, apparaît comme la figure de l’Agneau

    innocent et mis à mort".

    Pour l’archevêque, il convient de prendre du recul et d’élargir le champ

    de vision, car "la cave de Marc Dutroux n’est que l’alvéole d’une industrie

    souterraine et en pleine expansion : la mafia du sexe et de l’argent". Ensuite, dit-il, il faut s’interroger sur les coupables, sur les malfaiteurs

    qui doivent être poursuivis et jugés, et sur la société tout entière.

    On fait souvent, explique le cardinal, comme si l’exploitation sexuelle

    des enfants débutait dans la rue, mais une meilleure connaissance du fléau

    montre que les proches de l’enfant sont souvent impliqués. En face des victimes notre société présente ses clients: des acheteurs et des vendeurs,

    des producteurs d’images, des distributeurs et des acquéreurs, des agents

    de circuits "touristiques" et des producteurs de programmes sur réseaux informatiques. Sur toute la filière, on trouve des complices "par action ou

    par omission". La crise économique, l’éclatement des familles, les flux migratoires de personnes sans ressources et la crise des valeurs sont le terrain propice au développement du fléau, chez nous comme ailleurs".

    L’enfant bibelot

    L’exploitation des enfants mène à s’interroger davantage : "Le statut de

    l’enfant s’est beaucoup dévalué dans nos sociétés. Il est de moins en moins

    perçu comme un don de Dieu et de plus en plus comme l’objet du désir de

    l’homme. C’est l’enfant "bibelot" que l’on met sur la cheminée". Pour l’archevêque, L’enfant est devenu objet de manipulations techniques. "On peut

    le "faire" pour parer à un manque ou le "défaire" pour soulager les parents

    d’un produit indésirable. Très tôt traité en "objet" plutôt qu’en "sujet",

    l’enfant devient facilement "objet de marché". Comme un produit, on le bichonne. On en fait une petite star. On le conduit à des concours de beauté.

    On le rend performant dans le marketing en utilisant son charme naturel

    pour faire "craquer" les parents et ouvrir leur portefeuille. Dans les manifestations extrêmes, l’enfant devient objet de chasse sur la voie publique et sur Internet. On le capture pour un prélèvement d’organes ou on le

    supprime quand il y en a trop".

    Avoir, sexe et pouvoir

    Pour le cardinal, l’exploitation des enfants sur une large échelle est

    directement liée à la manière dont les adultes gèrent les trois pulsions

    qui marquent la vie de l’homme: "avoir, sexe et pouvoir". Selon que ces

    pulsions sont assumées pour "donner l’amour" ou vivre dans l’égoïsme, elles

    peuvent être "créatrices ou destructrices". "Il n’est pas étonnant de voir

    que dans la mafia du sexe, l’appât de l’argent et l’instinct de puissance

    sont liés. Bien des gens qui ont le goût du pouvoir finissent par tremper

    dans des "affaires"."

    Un vase d’argile

    Le cardinal Danneels compare encore la conscience individuelle et collective à un "vase d’argile fêlé" qui doit "être refaçonné". A la suite de

    la Bible, dit-il, l’Eglise se doit de rappeler les interdits fondamentaux

    du Décalogue et de proclamer les Béatitudes.

    Mais les textes ne suffiront pas, avertit le cardinal, qui témoigne avec

    l’Eglise: "Pour sauver l’amour, Dieu a voulu prendre notre chair et en assumer toute la vulnérabilité. Il s’est manifesté dans un corps de serviteur

    (pas un corps de Jupiter ou de Tarzan), un corps sali. Cela se voit pleinement sur la Croix, qui est le point de rencontre de l’Amour et du Mal. Dieu

    s’est montré très vulnérable sans doute aussi parce que c’était l’instinct

    de puissance qu’il fallait guérir. Seule la vulnérabilité de Dieu peut être

    un antidote absolu".

    Au terme de ses "propos du mois", le cardinal Danneels formule une triple suggestion: prier, accompagner les victimes, restaurer le sens moral.

    "Il faut prier pour les agresseurs autant que pour les victimes, car ils

    ont - les uns et les autres, pour des motifs différents, - des raisons

    d’attrister Dieu et l’humanité". Il faudra soutenir l’accompagnement des

    victimes et combattre l’oubli qui va très vite reprendre le dessus, estimet-il. "Il faut aussi travailler à restaurer la santé morale de notre société en essayant de retrouver un consensus sur les valeurs fondamentales qui

    sont en fait le Décalogue. Les lois sont indispensables pour rendre la société viable, mais elles ne servent à rien sans moralité.

    Le cardinal conclut: "Bien sûr, les humanistes diront que l’Eglise n’a

    pas le monopole de la morale et que, dans une société pluraliste, il faut

    qu’il y ait une large discussion: ce qui résultera de celle-ci sera le plus

    grand dénominateur commun. Autant dire que la vérité serait un produit des

    statistiques et le résultat d’un référendum". (apic/cip/pr)

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