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    apic/Belgique/Avortement/Dépénalisation en cause

    Belgique: Bilan cinq ans après la dépénalisation de l’avortement

    Les professeurs Nys et Schotsmans plaident pour révision de la loi

    Louvain, 6avril(APIC/CIP) Cinq ans après le vote de la loi du 3 avril

    1990 en faveur d’une dépénalisation partielle de l’avortement en Belgique,

    le professeur Herman Nys, juriste de l’Université catholique néerlandophone

    (KUL) de Louvain spécialisé dans les questions de droit de la médecine,

    plaide pour une révision de la loi. Il est urgent de procéder à une évaluation de la loi de 1990, a-t-il expliqué à Louvain, en présentant un bilan

    des cinq années écoulées depuis la loi.

    Membre de la Commission d’évaluation de la loi sur l’interruption de

    grossesse, le professeur Nys avance trois raisons majeures pour réviser

    cette loi qui dépénalise l’avortement sous certaines conditions. Il s’en

    explique dans le livre collectif, qui vient d’être publié à Louvain sous le

    titre "Abortus na de wet", c’est-à-dire: "L’avortement après la loi".

    Mieux protéger la vie à naître

    Le professeur Nys juge d’abord que la loi est "en contradiction avec les

    obligations internationales de la Belgique", en particulier avec l’article

    2 de la Convention européenne sur les droits de l’homme, qui impose aux

    Etats signataires un devoir de protection à l’égard de la vie humaine.

    Certes, les juristes ne sont pas d’accord sur l’étendue de la vie à protéger: la Convention inclut-elle la vie des enfants non-nés, même la vie

    des foetus jugés non viables? A ce propos, Herman Nys invoque deux éléments

    nouveaux intervenus depuis 1990. La position adoptée en 1992 par la Commission européenne pour les droits de l’homme est ouverte au devoir de protection de la vie encore à naître. En outre, ce devoir de protection est mentionné dans un projet de convention européenne en matière de bioéthique.

    Selon le juriste belge, la loi belge sur l’interruption de grossesse

    comporte de telles lacunes quant à la protection de la vie à naître qu’elle

    rend cette protection légalement impossible. Le champ d’application de la

    loi s’étend, en effet, de la conception jusqu’au stade de la viabilité du

    foetus, vers la 22e semaine. Au-delà de cette période, l’enfant à naître

    est censé être protégé par la loi sur l’infanticide. C’est, du moins une

    "interprétation implicite" que l’on peut prêter au législateur. A défaut

    d’une précision formelle, un doute subsiste: l’interruption de grossesse

    après 22 semaines ne semble punissable, ni en vertu de la loi sur l’avortement, ni en vertu de la loi sur l’infanticide.

    Limiter le remboursement

    Deuxième raison avancée pour une révision de la loi: le remboursement de

    l’interruption de grossesse. Pour le professeur Nys, un tel remboursement

    est contraire à l’esprit de l’assurance maladie, qui ne devrait couvrir que

    les interventions curatives: 3% seulement des interruptions de grossesse en

    Belgique peuvent relever de ce type d’intervention.

    De plus, en mettant le coût de l’interruption de grossesse à charge de

    la collectivité, estime encore Herman Nys, le législateur devrait laisser à

    chaque citoyen la liberté de contribuer ou non à cette prise en charge.

    Tout comme pour les médecins, chacun devrait pouvoir invoquer en la matière

    un droit à l’objection de conscience, précise le juriste louvaniste.

    Contrôler la procréation assistée

    Le troisième motif d’insatisfaction du professeur Nys concerne le développement de la procréation assistée, moyennant le recours à la fécondation

    en éprouvette. Dans un grand nombre de centres spécialisés, les choses se

    passent sans aucun contrôle, et l’on y pratique des avortements à la demande, soupçonne le juriste. Aussi réclame-t-il d’urgence de nouvelles dispositions législatives pour éviter que la procréation assistée ne soit la

    porte ouverte à un plus grand nombre d’avortements.

    Faire oeuvre d’éducation

    De son côté, Paul Schotsmans, directeur du Centre d’Ethique Biomédicale

    de la même université, attire l’attention sur d’autres conséquences de la

    loi sur l’interruption de grossesse. La loi ne semble pas avoir favorisé

    une hausse du nombre d’avortements, qui est resté à 10’000. Mais P. Schotsmans s’inquiète d’une évolution plus sournoise. Le législateur, explique-til, a pris avant tout en compte la "situation de détresse" pour déclarer

    l’avortement non punissable s’il est pratiqué dans des conditions déterminées. Dans l’esprit initial de la loi, la notion de "situation de détresse" s’applique à une situation particulièrement dramatique. Or, au fil du

    temps, la notion en vient à désigner de manière plus générale, jusque chez

    les jeunes, les "grossesses non désirées", déplore P. Schotsmans. Le moraliste s’inquiète de la "banalisation" d’un problème dont on ne perçoit plus

    la "gravité éthique" et estime que "notre culture sexuelle devient amorale".

    Raison de plus, selon le professeur Schotsmans, pour faire oeuvre d’éducation. Avant et après la loi sur l’interruption de grossesse: on a trop

    attendu avant de mettre en oeuvre des mesures de prévention, dit- il. Trop

    longtemps, l’attention s’est focalisée sur les moyens d’empêcher une dépénalisation de l’avortement. Aujourd’hui plus que jamais, poursuit-il, "nous

    avons le devoir d’éduquer les jeunes et la société en général à une capacité de relation; il nous faut promouvoir une culture de la vie, comme dit le

    pape dans sa récente encyclique". (apic/cip/pr)

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