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    apic/Arménie/80e anniversaire génocide/Dr Bernhardt

    APIC - INTERVIEW

    Des oeillets pour faire mémoire du génocide d’Arménie (230495)

    Il y a 80 ans, 1,5 million d’Arméniens étaient exterminés

    Aujourd’hui... L’analyse du docteur Bernhardt, de retour d’Erevan

    Propos recueillis par Michèle Fringeli, APIC

    Le docteur Jean-Pierre Bernhardt, de Porrentruy, rentre d’Arménie. Il vient

    notamment de signer la constitution d’une fondation et partant, de donner

    le feu vert à la reconstruction de l’hôpital Arakbir. Hôpital pour lequel

    il a lancé l’action "un oeillet pour l’Arménie". Ce lundi 24 avril, les Arméniens se souviennent que 1,5 million des leurs ont été exterminés par la

    Turquie, il y a juste 80 ans.

    J-M. B: Le génocide a commencé le 24 avril 1915 avec l’arrestation et l’assassinat de 600 notables arméniens à Constantinople. Les soldats arméniens

    sont envoyés aux travaux forcés, puis fusillés. Les Arméniens d’Anatolie

    orientale reçoivent l’ordre de partir en déportation. Les hommes valides

    sont fusillés à la sortie des villages. Les femmes, les enfants se sauvent

    à pied sans nourriture. En chemin, ils sont violés, égorgés par les tribus

    kurdes et trukmènes. En août 1915, ce sont les Arméniens d’Anatolie occidentale et de Cilicie qui sont déportés. En un an, plus d’un million et demi d’Arméniens périssent de la sorte. Les Turcs refusent les chiffres et le

    terme de génocide ou nettoyage ethnique. Cependant le témoignage des étrangers en poste dans ces régions sont accablants. Tous rapportent les mêmes

    atrocités et le même calvaire des populations civiles.

    APIC: Qu’en est-il aujourd’hui en Arménie?

    Actuellement, la notion d’ennemi héréditaire reste dominante en Arménie.

    Tant les Turcs que les Azéris maintiennent le blocus des frontières. Pourtant, dans le conflit qui oppose le Kharabagh et l’Azerbaïdjan, le cessezle-feu, promulgué voici plus d’un an, profite sans doute aux Arméniens qui

    soutenaient leurs "frères du Kharabagh". Le règlement de paix reste lointain et l’Armémie encerclée de pays de situations troublées.

    Conséquences: les conditions de vie des Arméniens demeurent peu enviables. Seul un investissement massif de la part de la diaspora et des milieux occidentaux semble à même d’assurer un avenir meilleur. L’action humanitaire est plus que jamais indispensable pour améliorer un peu la qualité de

    vie de la population et l’aider à tenir le coup durant cette période de

    transition.

    APIC: A propos d’aide humanitaire, vous venez précisément de signer la

    constituion d’une fondation.

    J-M. B.: Oui, trois organisations non gouvernementales (ONG), dont la Fondation suisse pour les enfants atteints de maladie rénale en Arménie, viennent de signer la constitution de la Fondation pédiatrique unifiée Arabkir.

    Ses buts: la reconstruction de l’hôpital Arakbir et la gestion mixte - ONG

    et autorités arméniennes - du centre pédiatrique. La première séance du

    Conseil de fondation a désigné les membres de son bureau exécutif. Dès la

    signature de cette fondation, le chantier d’Arabkir a pu démarrer. Il

    s’agit de consolider le corps central resté debout après le tremblement de

    terre de 1988. Les travaux dureront de 12 à 18 mois. Leurs coûts: 350’000

    francs suisses. Nous disposons de 150’000 francs de subvention fédérale de

    l’aide au développement et de 40’000 francs récoltés jusqu’ici par notre

    Fondation. Et de l’argent que nous espérons recueillir avec l’aide des

    Eglises du Jura, du Jura-bernois et de Neuchâtel, lors du week-end de la

    fête des mères, les 13 et 14 mai prochains. Dans le canton du Jura, ce ne

    sont pas moins de 15’000 oeillets qui seront mis en vente sous le sigle "un

    oeillet pour l’Arménie".

    APIC: Quelles sont les nouvelles conditions de santé?

    J-M.B.: Les conséquences du blocus, l’absence d’énergie conduisent à une

    dégradation de l’état sanitaire. Les enfants et les personnes âgées sont

    les plus touchés. Les affections, notamment infectieuses, se développent.

    Et les moyens pour y remédier sont limités. Le budget de la Santé de

    l’Etat, qui était de 16 millions de francs suisses l’an dernier, a quasiment doublé cette année. Même avec cette amélioration, il reste maigre. Il

    équivaut à peu près au budget de l’hôpital de Porrentruy, mais pour trois

    millions d’habitants! Avec cela, l’Etat doit entretenir 180 hôpitaux et

    payer 15’000 médecins hérités du plein emploi soviétique. En conséquence,

    les seuls hôpitaux qui peuvent fonctionner sont ceux qui bénéficient de

    l’aide humanitaire qui couvre par exemple les 95% en médicaments.

    APIC: Et l’économie du pays?

    J-M.B.: L’aspect d’Erevan a changé. Les grands axes sont en meilleur état,

    les transports en commun sont plus nombreux, mais plus chers. Le commerce

    privé s’organise. Il est mieux achalandé. Les produits de première nécessité sont abordables, mais les produits de luxe, qui proviennent de circuits

    parallèles, du marché noir, ne sont pas accessibles pour la plupart des Arméniens dont le salaire moyen est de 5 dollars par mois.

    La rumeur parle de corruption des autorités en place et de la police. La

    mafia prend une place prépondérante. La population compte beaucoup sur

    l’Eglise apostolique arménienne, l’une des plus anciennes Eglises chrétiennes, comme rempart moral.

    APIC: Quel est le climat politique?

    J-M.B.: Dans son ensemble, la population garde courage et son énergie. Toutefois, les propos désabusés se font plus fréquents que l’an dernier. Les

    critiques fusent à l’égard du gouvernement rendu responsable des conditions

    de vie extrêmement difficiles. On se rend toutefois compte qu’aucune équipe

    gouvernementale ne disposerait de recette-miracle pour venir à bout des

    problèmes. Les élections qui verront le renouvellement du parlement auront

    lieu en juin. La dispersion des partis politiques est si grande qu’il ne

    semble pas y avoir de réelle opposition au gouvernement de coalition en

    place. Pour l’heure, la situation politique est calme, malgré l’interdiction du parti Dachnak, ancien opposant au régime soviétique, mieux représenté en diaspora qu’en Arménie. (apic/mf/ba)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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