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    apic/Argentine / Mères de la Place de Mai

    Argentine: Les Mères de la Place de Mai (130297)

    veulent mettre en place un réseau mondial

    Genève, 13février(APIC) Taty Almeida, une des fondatrices du mouvement

    des Mères de la Place de Mai, association de femmes argentines qui fait

    campagne depuis 20 ans pour connaître la vérité sur les 30’000 morts et

    disparitions entre 1975 et 1983, souhaite aujourd’hui le développement d’un

    réseau mondial de femmes afin de mettre fin à la répression et à l’impunité

    pour les crimes passés.

    Les "Mères" argentines avaient pris contact avec des femmes se trouvant

    dans la même situation dans plusieurs pays d’Amérique latine et en Bosnie a

    précisé Taty Almeida lors d’une rencontre au Centre oecuménique, à Genève,

    le 11 février.

    Mme Almeida, âgée de 66 ans, est venue en Europe pour recevoir, au nom

    des Mères, un "prix de la solidarité" remis par la maire de la ville de

    Pedreguer, en Espagne. Lors de sa visite, elle a également rencontré des

    membres du Parlement européen, de la branche française d’Amnesty International et de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT),

    ainsi que Danielle Mitterrand, veuve de l’ancien président français.

    "Mme Mitterrand veut promouvoir l’idée d’une association de Mères dans

    le cadre d’un réseau mondial", a dit Taty Almeida. "Nous avons des contacts, mais pas encore de réseau."

    30’000 victimes entre 1975 et 1983

    Des enfants, des jeunes et de nombreuses femmes, y compris des grandsmères, figurent parmi les 30’000 victimes, assassinées ou "disparues", durant cette période de "terrorisme d’Etat" en Argentine. Une terreur qui a

    commencé en fait sous le régime d’Isabelita Peron en 1975, une année avant

    le coup militaire de 1976 qui a entraîné un durcissement de la répression.

    Le 17 juin 1975, le fils de Mme Almeida, alors âgé de vingt ans, étudiant en première année de médecine, est sorti de la maison en disant à sa

    mère qu’il serait vite de retour. "Je ne l’ai jamais plus revu", a témoigné

    Taty Almeida.

    Vingt ans après le début du mouvement, les Mères font toujours campagne

    pour savoir ce qui est arrivé aux membres de leur famille et à tous ceux

    qui ont disparu. Mme Almeida a souligné que les autorités argentines sont

    en possession d’informations qu’elles refusent de révéler. Les Mères veulent aussi que celles-ci admettent officiellement la responsabilité de

    l’Etat argentin et versent des indemnités aux familles des victimes.

    Le mouvement des Mères a commencé le 30 avril 1977. Ce jour-là, 14 femmes dont les enfants ou autres parents avaient disparu se sont rassemblées

    sur la Place de mai, à Buenos Aires, en face du palais du gouvernement, ou

    se tenaient traditionnellement les manifestations.

    "Il était alors interdit de se rassembler", a expliqué Mme Almeida.

    "Tout rassemblement de plus de trois personnes était interdit, et comme elles étaient 14, la police les a fait circuler. C’est ainsi qu’elles ont

    commencé à marcher. Et à partir de ce jour, elles ont décidé de marcher

    chaque jeudi."

    On a souvent demandé à Taty Almeida pourquoi il n’y avait pas de "Pères

    ou Grand-pères de la Place de Mai". "Lorsque le mouvement a commencé, il

    était beaucoup plus dangereux pour les hommes de protester. Mais lorsque

    les femmes, mères ou grands-mères, étaient arrêtées, des hommes ont fait

    tout ce qu’ils pouvaient pour qu’elles soient libérées."

    "Notre mouvement n’était pas un groupe féministe, mais les femmes sont

    plus fortes dans cette situation. Certains hommes se sont suicidés durant

    la même période. De nombreuses mères étaient veuves."

    Pas de pardon sans justice

    Des informations essentielles, portant sur 10’000 disparitions, ont été

    rendues publiques après les recherches effectuées par des organisations des

    droits de l’homme en Argentine. Pour Mme Almeida, il incombe au gouvernement de fournir toutes les données sur la totalité des cas. "On doit reconnaître qu’il y a eu un génocide en Argentine". Les gouvernements successifs

    ont appelé à la réconciliation et ont adopté des lois "d’amnistie" pour empêcher que les responsables militaires soient poursuivis, mais il faut que

    justice soit faite.

    "Si le président Menem veut personnellement pardonner aux responsables

    militaires, c’est bien. Mais nous ne pensons pas que le pardon devrait être

    accordé aux dépens de la justice. Le président devrait suivre l’exemple du

    pape - il a pardonné à l’homme qui a tenté de l’assassiner, mais la justice

    a suivi son cours", a rappelé Mme Almeida. (apic/eni/mp)

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