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    apic/Argentine/Eglise/Evêque/Dictature militaire

    Argentine: Les évêques du pays examineront (070595)

    le problème de la complicité de l’Eglise durant la dictature

    "Les mères de la Place de Mai demandent de suspendre les prêtres "collabos"

    On ne peut donner la communion avec les mains pleines de sang, disent-elles

    Buenos Aires, 7mai(APIC) La Conférence épiscopale d’Argentine a décidé,

    au terme d’une session extraordinaire tenue à Buenos Aires, de procéder

    "sereinement à un examen de conscience" et de passer en revue les actions

    de l’Eglise catholique sous la dictature militaire de 1976 à 1983, durant

    laquelle des milliers de personnes ont été assassinées, sans parler des

    quelque 30’000 disparus.

    La déclaration publique des évêques du pays, qualifiée de bien insuffisante par des milliers d’Argentins, fait suite aux déclarations d’officiers

    ayant reconnu leur participation aux assassinats collectifs, et aux révélations sur les agissements complices de membres du clergé, d’aumôniers notamment. Les Argentins s’attendaient à une prise de position plus claire de

    la part de l’Eglise à l’issue de cette réunion, dit-on.

    La rencontre a été mise sur pied à la suite des déclarations de certains

    membres de l’armée ayant publiquement admis la responsabilité des militaires dans les "horreurs" perpétrées durant la dictature, avec la complicité,

    souvent, des aumôniers militaires. Au moment même de la réunion, d’autres

    officiers avouaient avoir participé à des séances de torture et à l’assassinat de prisonniers.

    L’un d’entre eux a avoué publiquement avoir pris part à des vols organisés, durant lesquels des prisonniers étaient poussés hors de l’avion et jetés dans les eaux du Rio de la Plata.

    Quelque 4’000 personnes ont été tuées de cette façon et, selon cet officier, même des femmes enceintes ont été jetées dans les eaux infestées de

    requins.

    Examen de conscience

    A l’issue de la réunion de la Conférence épiscopale, son président, le

    cardinal Antonio Quarracino, a convoqué une conférence de presse pour lire

    une déclaration, mais il s’est refusé à répondre aux questions des journalistes.

    "L’Eglise commencera à préparer, sereinement et à son rythme, un examen

    de conscience qui fera la lumière sur les péchés les plus graves de nos

    vies et de celles de tous les chrétiens dans l’histoire de notre nation",

    ont déclaré les évêques.

    Cet examen de conscience devrait être fait "conformément à l’Evangile et

    selon les voeux du pape".

    La déclaration rappelle que les membres du clergé sont aussi accusés

    d’avoir réconforté les officiers ayant pris part à ces opérations et aux

    actes de répression, et d’avoir été vus dans des camps de concentration en

    compagnie de militaires sans accorder attention à la situation des

    prisonniers.

    "Si un membre de l’Eglise, quel que soit son rang, a donné son approbation ou participé à ces actions, il est responsable de ce qu’il a fait,

    parce qu’il a commis un péché grave à l’encontre de Dieu, de l’humanité et

    de sa conscience", précise la déclaration.

    L’Eglise doit demander pardon

    Seul un évêque sur 80 a reconnu ce qu’il a appelé la complicité de

    l’Eglise avec les militaires. Dans une lettre ouverte, Mgr Jorge Novak,

    évêque de Quilmes, co-président de l’Assemblée permanente des droits de

    l’homme, a déclaré que "l’Eglise, en Argentine, dont nous sommes membres, a

    commis certaines actions qu’elle doit confesser et pour lesquelles elle

    doit demander pardon, à cause de notre manque de sensibilité, de notre lâcheté, de nos erreurs, et de notre participation aux mauvaises actions".

    Les Mères de la Place de Mai, dont les proches ont disparu sous la dictature, se sont rendues devant le lieu où étaient réunis les évêques, dans

    l’espoir de leur parler. Pour la première fois depuis la fondation de leur

    association en 1977, elles ont été reçues par les évêques à qui elles ont

    remis un document soulignant que "de nombreux prêtres avaient trahi Dieu,

    leur Eglise et leur peuple" durant la dictature.

    Elles ont aussi demandé que les "prêtres ayant collaboré avec l’administration des camps de concentration ne soient plus autorisés à célébrer la

    messe. Ceux qui ont avoué avoir commis des violations, des assassinats et

    des actes de torture, ne peuvent continuer à enseigner l’Evangile. Ils ne

    peuvent pas lever l’Eucharistie "durant la messe en ayant du sang sur les

    mains".

    Les Mères de la Place de Mai ont reconnu avoir eu un "bon entretien" durant lequel les évêques leur ont demandé "de pardonner aux prêtres ayant

    pris part à la répression". Apic/eni/pr)

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