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    apic/Allemagne / Eglises / travail

    Allemagne: Prise de position des Eglises sur l’économie (40397)

    "Le travail coûte bien moins cher que le chômage"

    Bonn, 4mars(APIC) Les Eglises allemandes préconisent "plus de réformes

    aux frais des possédants" et souhaitent que la richesse devienne un thème

    du débat politique". Dans un document de 90 pages publié mardi et intitulé

    "Pour un avenir de solidarité et de justice", elles affirment qu’"à l’heure

    actuelle, on partage seulement les déficits, sans toucher au superflu".

    Les Eglises allemandes font connaître leur position sur la situation

    économique de leur pays. Dans ce document qui porte la signature de Mgr

    Karl Lehmann (Mayence), président de la Conférence épiscopale catholique,

    et de Klaus Engelhardt, président du Conseil des Eglises évangéliques,

    elles soulignent que l’"on ne construira pas une société viable sans

    vaincre le chômage massif. Un taux de chômage élevé, c’est moins de revenus

    pour la sécurité sociale et des coûts accrus pour les dépenses sociales. Ce

    n’est pas la sécurité sociale qui coûte cher, c’est le chômage".

    Les Eglises préconisent "plus de réformes aux frais des possédants" et

    souhaitent que "la richesse devienne un thème du débat politique". "A

    l’heure actuelle, on partage seulement les déficits, sans toucher au superflu", soulignent les Eglises. Mais la préoccupation des Eglises va surtout

    au chômage, "non comme une fatalité face à laquelle le politique, l’économique et le social seraient impuissants, mais comme un défi pour vérifier

    les acquis réels de l’économie de marché". Car "il n’y a pas d’ordre économique sans contraintes sociales" et, "le travail coûte souvent bien moins

    cher que le chômage".

    Du travail pour tous

    Les Eglises, qui plaident pour "la construction d’une économie sociale

    de marché qui tienne compte du contexte écologique et global", mettent en

    garde contre "une pure économie de marché, incapable de résoudre les problèmes qui se présentent". Pour créer de nouveaux emplois, il faudra "créer

    les conditions qui encouragent l’autonomie et le goût d’entreprendre". La

    société ne peut non plus reculer devant "la réduction du temps de travail

    et la suppression des heures supplémentaires, l’égalité des droits entre

    hommes et femmes, le travail à temps partiel et une meilleure intégration

    des tâches ménagères et professionnelles". En matière d’emploi, tous les

    secteurs doivent participer à l’effort, "le secteur public aussi bien que

    le privé", de sorte qu’il y ait du travail pour tous et un partage juste et

    équitable des revenus pour l’intégration de tous.

    Dans leur description d’une société en pleine mutation, les Eglises

    n’oublient pas la crise écologique, le processus d’intégration européenne

    et la problématique sociale et économique à l’échelle mondiale. Leur vision

    de l’homme les amènent à rappeler qu’une solution n’est pas acceptable

    lorsqu’elle est au détriment des pauvres, des femmes, des familles et des

    citoyens de l’ancienne Allemagne de l’Est"; de même, "toute solution, pour

    être juste, doit faciliter l’intégration des étrangers qui vivent en Allemagne". Les Eglises entendent par "économie sociale de marché" un "modèle

    économique et social tourné vers l’avenir, où l’économie et une sécurité

    sociale sont les deux piles d’un même pont". A ce titre, elles mettent en

    garde contre la recherche du seul "intérêt privé, qui, bien qu’il joue un

    rôle important dans l’économie de marché, peut dégénérer dans une forme

    d’égoïsme dangereuse si elle ne tient aucun compte de la dimension sociale

    de l’économie de marché". Elles plaident en faveur d’une réforme de la sécurité sociale "afin de prévenir les gaspillages, de garantir la stabilité

    financière du système et d’encourager le sens de l’épargne".

    Les Eglises n’oublient pas d’appliquer ces principes à leur propre agir

    économique en tant qu’employeurs (par exemple dans l’égalité de traitement

    entre homme et femme), investisseurs, gestionnaires de leurs biens et collaboratrices d’autres partenaires sociaux, comme aussi dans le rôle qu’elles ont à jouer dans la coopération au développement. Sur le plan de la solidarité internationale, elles demandent que "toutes les décisions de portée nationale tiennent compte de leurs répercussions internationales" et

    que la politique de coopération au développement "ne soit plus considérée

    comme relevant de la responsabilité d’un département particulier, mais comme la responsabilité commune de tous".

    Pour une politique des migrations cohérente

    Les Eglises souhaitent de même "que les pays pauvres aient davantage de

    voix dans les organismes internationaux" et que soit mise en oeuvre à

    l’échelle mondiale "une politique cohérente des mouvements de réfugiés et

    des migrations" qui prenne en considération leurs causes afin de les prévenir et d’y apporter des remèdes. En chantier depuis deux ans, elle a fait

    l’objet d’une consultation sans précédent, qui a permis de recueillir, par

    le biais des paroisses et communautés d’Eglise, plus de 2’500 avis et suggestions (10’000 pages en tout) dans tous les secteurs de la société: autorités publiques, chefs d’entreprise, syndicats, scientifiques, militants...

    Mgr Lehmann et Klaus Engelhardt ont averti ses destinataires qu’ils ne devaient pas y chercher des arguments pour conforter des points de vue des

    partis politiques. Le document propose "des perspectives et des principes

    généraux que tout parti politique doit avoir à coeur" et "c’est seulement

    aux partis de décider comment ils se situent par rapport à ces principes".

    La lettre a été bien accueillie par le monde politique, notamment par le

    chancelier Kohl et le ministre du Travail Norbert Blüm, qui appartiennent

    tous deux à la CDU (chrétiens démocrates), et par le président du SPD, Rudolf. (apic/cip/fd)

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