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    apic/Afrique du Sud/ Interview

    APIC - interview

    Afrique du Sud: Mgr Wilfrid Napier archevêque de Durban (070396)

    "La perte d’espoir est une grave menace pour la démocratie"

    Bruxelles, 7mars(APIC) Mgr Wilfrid Napier, archevêque catholique de Durban en Afrique du Sud, est cette année un des invités de la campagne du Carême de Partage en Belgique. Le 6 mars à Bruxelles, devant l’Association

    des Journalistes d’Information Religieuse, il a souligné l’importance du

    chemin qui reste à faire pour fortifier la démocratie en Afrique du Sud. Ce

    qui est impensable sans l’aide des Européens, a-t-il dit.

    Près de 44 millions d’habitants, dont 35 millions de Noirs; un taux de

    chômage moyen de 17% à 47% selon les provinces; quelque 7 millions de sans

    abri, 13 millions d’analphabètes: Les inégalités restent criantes en Afrique du Sud. Quand un Blanc gagne 8’000 rands, un autre Sud-Africain en gagne 3’000 s’il est asiatique, 2’000 s’il est métis, 1’000 seulement s’il est

    noir. Dans la nouvelle province du Kwazulu-Natal, dont Durban est la grande

    métropole portuaire au bord de l’Océan indien, une personne sur trois ne

    sait ni lire ni écrire. Et pour le grand Durban, près de la moitié des

    630’000 ménages vivent dans des taudis, sans eau courante ni installations

    sanitaires.

    Vice-président de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe, l’archevêque noir sait que rien ne se construit sans espérance.

    D’où, chez lui, un sourire toujours en réserve, pour ramener sans cesse

    l’espoir à l’avant-scène, même quand le ton est grave.

    Contrastes et signes

    "Beaucoup semblent croire que l’Afrique du Sud est une société normale

    et développée. Mais le pays qui a émergé des premières élections démocratiques d’avril 1994 et qui a vu en mai Nelson Mandela accéder à la présidence

    en est encore loin", relève Mgr Napier. Même si beaucoup de choses ont déjà

    changé, les contrastes restent violents. Sur la route, les voitures de luxe

    côtoient toujours des épaves ambulantes. Les bidonvilles poussent à l’ombre

    des châteaux. "Nous avons encore un grand besoin de l’aide des Européens

    pour fortifier notre démocratie."

    L’existence d’inégalités criantes n’empêche pourtant pas l’évêque de relever des signes de changement "où l’intervention de Dieu est perceptible,

    à commencer par le changement des esprits et des coeurs". "Le niveau de

    bonne volonté et de solidarité entre Blancs et Noirs a augmenté. Les uns et

    les autres arrivent à coopérer sans problème dramatique. Ils s’acceptent

    mieux, se respectent davantage. Il ne s’identifient plus seulement comme

    citoyens, mais perçoivent que l’avenir est à une patrie de frères et de

    soeurs. Des sentiments réciproques comme l’amitié ne leur paraissent plus

    inconcevables."

    Mgr Napier ne cache pas que Nelson Mandela a joué un rôle capital dans

    cette évolution: "C’est un homme qui ne récrimine pas, n’agit pas par amertume. Un homme qui a même été prendre le thé avec la veuve d’un Blanc,

    théoricien de l’apartheid, à qui il doit 27 années d’emprisonnement".

    Vaincre la violence

    La tenue d’élections démocratiques en 1994 et la victoire du Congrès National Africain (ANC), ont assuré une certaine période de stabilité. "Aujourd’hui, cependant, constate Mgr Napier, les gens ne sont pas encore libérés des tensions, des suspicions, des peurs, des intimidations..." La

    province du Kwazulu Natal, notamment, reste un terrain de conflits violents

    dans la lutte pour le pouvoir entre l’ANC et le parti Inkhata du chef Buthelezi. Ce climat de violence, selon l’archevêque de Durban, trahit un

    manque inquiétant de volonté politique de la part des dirigeants: "Ils ne

    veulent pas s’attaquer sérieusement au problème de la violence, et se contentent de compter les points entre les adversaires."

    "Pendant ce temps, ajoute l’évêque, les gens voient s’aggraver la situation, car les responsables ne tiennent pas leurs promesses électorales en

    matière de logement, d’emploi, de sécurité sociale, d’éducation. La population a un sentiment d’abandon. Un tel contexte est propice à toutes sortes

    de maladies sociales: perturbation de la famille et des communautés humaines, augmentation de la criminalité, et surtout désespoir."

    Le rôle des Eglises

    "La perte d’espérance est la plus grave menace pour la stabilité d’un

    pays et pour la démocratie", souligne Mgr Napier. "C’est l’espérance qui

    nous a mis en route pour passer d’une société d’apartheid à une société démocratique. La route est loin d’être finie. Mais nous ne pourrons la poursuivre sans une nouvelle vision. Il faut donner la priorité à la paix, à la

    tolérance, au dialogue, à l’esprit et aux structures démocratiques."

    L’archevêque a évidemment en vue les prochaines élections qui, pour sa

    province, ont été reportées de novembre 95 à mai 96. Les Eglises n’ont pas

    attendu ce moment pour se concerter. Depuis plusieurs années, elles vivent

    l’oecuménisme pratique. Depuis 1995, l’Eglise catholique, bien que ne

    représentant que 10 % de la population sud-africaine, est membre à part

    entière du Conseil des Eglises d’Afrique du Sud.

    Le président Mandela, sans afficher publiquement son appartenance

    l’Eglise méthodiste, ne cache pas qu’il compte sur les Eglises pour

    s’engager sur le terrain de la société.

    Plan pastoral

    Le mot "engagement" est un mot-clé dans l’Eglise catholique d’Afrique du

    Sud, relève Mgr Napier. En 1989, un plan pastoral a été lancé sous le signe

    "Etre une communauté au service de l’humanité" afin de bâtir la solidarité

    pour reconquérir ce que l’apartheid a détruit. La dernière lettre pastorale

    des évêques intitulée "Vers un avenir démocratique" en nomme les conditions

    essentielles: amour, justice et paix. Mgr Napier y ajoute, à l’attention

    des Européens: "Seuls, nous ne pourrons pas réussir!"

    L’archevêque de Durban n’est pas venu seulement demander, il témoigne

    aussi de la vitalité de son Eglise. "On m’a dit, assure-t-il, que la participation chez nous était encore plus importante que chez vous. Est-ce dû au

    fait que nous manquons davantage de prêtres ? En tout cas, nos laïcs sont

    actifs.

    "L’enjeu d’une participation à la vie politique, ce n’est pas la conquête du pouvoir, mais la promotion de l’humanité, y compris de la vie de

    l’enfant à naître", ajoute Mgr Napier. Dans un pays où la vie est si fragile, nous tenons à ce que ce droit humain fondamental soit garanti par notre

    Constitution. S’en tenir seulement à défendre un droit des femmes à disposer de leur corps, c’est manquer d’une vision d’ensemble.

    Un jour, Nelson Mandela sera remplacé à la présidence de l’Afrique du

    Sud. "Ce jour-là, il sera difficile de maintenir l’unité du gouvernement

    national, l’unité de la nation, et l’unité au sein de l’ANC, dont tous les

    membres sont loin de s’en tenir au principe de non discrimination raciale,

    avertit Mgr Napier. "On attend trop de Mandela. Ce n’est pas le Messie!"

    (apic/cip/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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