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    apic/Afrique du Sud/Eglise/Le frère Pieterse/entretien

    Afrique du Sud: Du "danger romain" vers un partenaire estimé (070795)

    Un "laïc" qui coordonnait la Conférence épiscopale sudafricaine

    Rome/Le Cap, 7juillet(APIC/Johannes Schidelko) Pendant des décennies,

    l’Afrique du Sud s’est fortement méfiée du "Roomse Gevaar", du danger romain. Aux yeux des politiciens et des défenseurs de l’apartheid, l’Eglise

    catholique passait pour dangereuse, suspecte et subversive. Les catholiques

    avaient très tôt ouvert leurs écoles aux enfants noirs et avaient contourné

    les lois de la ségregation raciale. L’Eglise faisait du travail social dans

    les endroits "chauds". Le Vatican critiquait ouvertement la politique

    d’apartheid.

    L’archévêque catholique du Cap s’était plusieurs fois rendu à la fameuse

    île-prison de "Robben Island" pour visiter le prisonnier le plus "éminent",

    Nelson Mandela. Aujourd’hui, le premier président de la nouvelle Afrique du

    Sud, sait apprécier l’engagement des catholiques. L’Eglise catholique, nettement minoritaire (7,5% des 40 millions d’habitants du pays sont catholiques), est devenue un partenaire respecté.

    Une curiosité mondiale

    Le secrétaire de la Conférence épiscopale sudafricaine, Jude Pieterse, a

    joué un rôle déterminant pour l’orientation de l’Eglise dans la difficile

    période d’intérim. Après 7 ans, d’activité il a démissionné de sa fonction

    en juillet. Son départ met fin à une curiosité mondiale: Si les secrétaires

    des Conférences épiscopales sont en règle générale des évêques, les 35 évêque de l’Afrique du Sud ont été "aux ordres" d’un "laïc", religieux nonprêtre.

    Jude Pieterse est frère mariste, une congrégation specialisée dans

    l’enseignement. Il a été pendant plusieurs années professeur de mathématiques et de physique, ce qui explique, peut-être ses analyses pointues et

    ses brillantes expertises, hautement estimées aussi au Vatican. Cet homme,

    âgé de 55 ans, prendra la fonction de provincial de sa congrégation. Son

    successeur au sein de la Conférence des évêques d’Afrique du Sud est Buti

    Tlhagale, un prêtre noir, originaire de Soweto.

    La lutte contre l’apartheid

    Les premiers jours du frère Pieterse dans sa fonction de secrétaire en

    1988 furent marqués par un attentat. Une nuit, le siège de son bureau, la

    maison "Khanya" dans le centre de Pretoria, fut la proie des flammes. Les

    instigateurs de cet attentat n’ont jamais été retrouvés. On parle de la

    "troisième violence", une organisation obscure composée de militaires,

    d’agents secrets et de policiers mécontents, à qui on a attribué beaucoup

    d’attaques semblables.

    "Durant mes premières années de fonction, le combat contre l’apartheid

    était très dur: Insurrections dans les townships, répression massive de la

    part de l’armée et de la police. Il y avait beaucoup de prisonniers et de

    nombreux cas de torture," explique Jude Pieterse. Son prédecesseur au sein

    de la Conférence épiscopale, Smangaloso Mchatschwa, aujourd’hui député du

    Congrès national africain (ANC) au parlement, avec la bénédiction de

    l’Eglise, était à l’époque également incarceré. Les relations avec le gouvernement étaient marquées par la méfiance. "Nous étions régulièrement convoqués. Les évêques devaient, parfois de façon humiliante, justifier d’infractions aux lois de l’apartheid.

    Rester la "conscience critique"

    Les relations Eglise-Etat se sont améliorées avec l’ouverture démocratique et l’abolition de la discrimination raciale sous le président de Klerk.

    Le point de fracture fut la libération spectaculaire de Nelson Mandela en

    février 1990. Le couple de Klerk-Mandela a dû s’opposer aux sceptiques, aux

    partisans de la ligne dure et aux extrémistes tant noirs que blancs, pour

    mener au bout son programme de réformes. Le prix Nobel de la paix a été

    leur récompense. Le premières élections libres à la fin avril 1994 ont

    scellé le changement.

    Le frère Jude estime que l’Eglise catholique doit rester une "conscience

    critique" aussi dans la nouvelle Afrique du Sud, où l’euphorie du "miracle

    électoral" s’évapore dans la désillusion. Comme auparavant, l’Eglise dénoncera également à l’avenir les violations des droits de l’homme. Le problème

    principal est la criminalité; Johannesbourg est une des villes ayant le

    taux de criminalité le plus élevé au monde.

    Education de la nouvelle société

    L’ancien secrétaire de la Conférence épiscopale déclare de ne pas craindre une escalade politique. Selon les récents sondages, seulement 13% des

    11 millions des jeunes Sudafricains entre 16 et 30 ans s’intéressent à la

    politique. A la tête de l’échelle des intérêts se trouvent - et c’est une

    surprise - la religion, l’Eglise et la famille. Le sport vient seulement

    après.

    La victoire lors de la coupe du monde de rugby a créé un nouveau sentiment national. Cela démontre, souligne le frère Pieterse, que l’élément radical parmi les jeunes est plus faible que ce que l’on craignait. Même si

    les dérapages ne sont pas exclus. Raison pour laquelle le système d’éducation est un défi central pour la nouvelle société sudafricaine.

    Environ 17% des enfants en âge scolaire en Afrique du Sud ne fréquentent

    pas l’école. Et la "génération perdue" - celle des combattants noirs des

    barricades qui voulaient "d’abord la liberté et ensuite la formation" - n’a

    que peu de perspectives d’avenir. Il y a encore beaucoup de barrières à

    surmonter et l’Eglise donnera un coup de main. (apic/cic/fs)

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