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    apic/Afrique/ développement

    L’Afrique: un continent qui ne veut pas du développement? (200695)

    Les Africains veulent traiter d’égal à égal avec les pays du Nord

    Berne, 20juin(APIC) L’Afrique avec ses catastrophes chroniques: guerres

    ethniques, famines, exploitation, dictatures, corruption, ne fait plus recette. En Occident beaucoup de gens jugent aujourd’hui qu’il vaudrait mieux

    laisser les Africains se débrouiller tout seuls. De leur côté les Africains

    ne veulent plus d’un modèle imposé de l’extérieur. Ils exigent de traiter

    d’égal à égal avec les pays du Nord.

    Une vingtaine de journalistes et d’invités suisses et africains en ont

    débattu le 19 juin à Berne à l’occasion de la deuxième rencontre du Club de

    la presse de l’Association suisse des journalistes catholiques. Jean-François Giovannini, directeur suppléant de la de la Direction de la coopération au développement et de l’aide humanitaire (DDA), Markus Haefliger, ancien correspondant de la radio en Afrique et Roger de Diesbach, journaliste

    au "Journal de Genève", ont apporté leur expérience d’hommes de terrain.

    Au regard de 30 ans d’indépendance et de développement des pays

    d’Afrique noire, le constat apparaît plutôt sombre. La part de l’Afrique

    dans l’aide européenne au développement a pourtant doublé entre 1970 et

    1995, passant de 17% à 37%. Dans le même temps cependant la dette extérieure a grimpé, de 200 milliards de dollars en 1986 à 270 milliards en 1995,

    tandis que les investissements ont diminué de moitié. C’est dire si le continent est à un tournant de son évolution.

    Pour Markus Haefliger, ancien correspondant de la radio alémanique à Harare, capitale du Zimbabwe, et rédacteur du magazine zurichois "Facts",

    l’Afrique ne peut pas rester en marge, ancrée dans son système agraire. Elle doit obligatoirement intégrer le commerce mondial, augmenter sa production, développer des industries de transformation, exporter ses marchandises. On ne peut s’arrêter au mythe d’une société rurale idéalisée.

    "Cessons de nuire aux pays africains!"

    "Cessons de nuire aux pays africains!" Telle est l’injonction que lance

    aux pays occidentaux Jean-François Giovannini, directeur suppléant de la

    DDA. En particulier en offrant une solution à la question de la dette extérieure, en supprimant les entraves mises au commerce africain de matières

    premières, mais aussi de produits finis, et surtout en cessant de décider à

    leur place de ce qui est bon pour eux.

    Si le développement correspond au bien-être personnel et social de

    l’Africain, personne ne s’y opposera. S’il consiste en de grands projets

    imposés par les Occidentaux, la Banque mondiale ou le FMI, mis en route par

    eux et réalisés finalement à leur profit, l’Afrique dit ’non’, ont relévé

    plusieurs participants africains.

    Il faut reconnaître, relève J.F. Giovannini, que l’Afrique est partie

    avec un lourd handicap, que d’autres continents n’ont pas dû porter. La

    structure politique parcellisée en des Etats trop nombreux, aux frontières

    souvent artificielles est un frein sérieux à une politique régionale coordonnée. Aujourd’hui, les quelque 40 Etats sub-sahariens dégagent tous ensemble un produit intérieur brut inférieur à celui de la Suisse et leurs

    exportations atteignent le tiers du niveau de celles de la Suisse.

    La deuxième difficulté est la persistance du pacte colonial qui veut que

    l’Afrique se contente de fournir les matières premières aux industries de

    transformation du Nord. Les modèles de développement inadaptés aux réalités

    économiques et sociales des Etats ont conduit à des échecs flagrants. Enfin

    l’intérêt géo-stratégique de l’Afrique a presque totalement disparu depuis

    la fin de la guerre froide.

    Des richesses confisquées au profit d’une minorité

    Depuis quelques années, les Africains ont aussi pris conscience de leur

    propre responsabilité dans l’échec du développement, remarque Markus Haefliger. Ce n’est d’ailleurs pas les pays les plus pauvres qui ont les régimes les plus mauvais. Plus le pays est riche, plus la lutte pour le pouvoir

    est dure, plus le régime est corrompu. C’est ainsi que le Zaïre est devenu

    un pays incontrôlable et incontrôlé. Les richesses et les aides ont été

    confisquées au profit des membres de l’appareil d’Etat sans jamais être

    réinvesties de manière productive.

    Un changement de mentalité est nécessaire en Afrique. La notion de contrôle du développement par le peuple est essentielle, relève Roger de Diesbach. Mais comment l’exercer dans des pays ignorant ou bafouant les règles

    démocratiques? Un des axes de l’aide au développement doit être la prise en

    compte de l’élément politique. L’établissement d’un état de droit disposant

    d’instances efficaces, la mise en place d’une société civile capable d’être

    un contre-poids au pouvoir de l’Etat sont des démarches indispensables.

    Le développement ne se mesure pas uniquement en termes économiques.

    D’autres critères sociaux, culturels religieux entrent aussi en jeu, a remarqué un intervenant africain. L’Afrique veut le développement de tout

    homme et de tout l’homme. Pour cela l’aide doit se faire à la base et avec

    sa collaboration. (apic/mp)

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