Angleterre: entre blancs et noirs, de la peur au partenariat (090992)
Bruxelles, 9septembre(APIC) Mgr Patrick Kalilombe, ancien évêque de Lilongwe au Malawi, actuellement directeur du Centre oecuménique pour le partenariat chrétien entre blancs et noirs à Birningham en Angleterre, a fait
part récemment en Belgique de l’expérience originale qui se vit à
Birningham avec des noirs établis en Europe. Il a souligné la nécessité de
changer de perspective pour mieux saisir la réalité.
Dans les années de prospérité, la Grande-Bretagne a attiré de nombreux
ressortissants des pays de l’ancien empire. Parmi eux des Noirs venus des
Caraïbes ou d’Afrique. La Grande-Bretagne est ainsi devenue multiraciale,
multiculturelle et multireligieuse. "Elle l’est et le restera", souligne
Mgr Kalilombe. Comment la nation va-t-elle apprendre à vivre d’une manière
nouvelle et accepter que ce mélange est une occasion d’enrichissement? Pour
Mgr Kalilombe, l’Eglise "sacrement d’un monde nouveau", a un rôle essentiel
à jouer.
Autres yeux, autres réalités
Le Centre que dirige l’évêque à Birningham a été créé en 1978, pour permettre l’apprentissage concret de l’ouverture multiculturelle. En vue de
favoriser connaissance et partage réciproques entre les étudiants qui vivent dans le Centre, on a inversé les proportions habituelles. Les minoritaires sont devenus majoritaires. Il y a plus de noirs que de blancs, plus
de femmes que d’hommes, plus de membres des Eglises indépendantes que de
membres des Eglises majoritaires. "Quand on est obligé de voir les choses
de l’autre côté, on les voit autrement", souligne Mgr Kalilombe.
Pour montrer l’intérêt de ce changement d’optique, l’évêque utilise un
exemple liturgique. Les Européens estiment souvent les Africains trop bruyants dans leurs liturgies. Ils ne comprennent pas pourquoi les "noirs
crient dans leurs prières". "Les noirs crient parce que dans la vie ordinaire, ils sont méprisés. Alors ils sont heureux de pouvoir partager devant
Dieu leur joie d’être des hommes et d’être aimés de lui", explique Mgr Kalilombe. "Dieu se plaît à prendre pour amis les marginaux, ceux qui humainement sont pauvres." Dès lors, enchaîne l’évêque, "si Dieu a amené tous
ces noirs en Angleterre, c’est pour que les chrétiens européens apprennent
une nouvelle manière de partager".
Mgr Kalilombe estime que les uns et les autres pourraient davantage tirer parti d’une grande proximité. "Par exemple dans le domaine de l’endettement international, le caractère lointain ou anonyme des transactions,
empêche l’Européen de voir que la rénumération de l’argent qu’il confie à
sa banque peut faire mourir des enfants. En revanche, s’il connaît des
pauvres de près, il pourra commencer à comprendre ce dont ils souffrent."
Accueil difficile au sein des Eglises
Lorsque les noirs sont arrivés en Angleterre, les Eglises n’étaient pas
prêtes à les accueillir, bien qu’ils fussent souvent de confession chrétienne et membres d’Eglises issues d’Angleterre, estime Mgr Kalilombe. Les
noirs croyaient se retrouver chez eux dans ces Eglises. Ne leur avait-on
pas enseigné que le Christ fait tomber toutes les barrières? En réalité ils
ont été refoulés par les chrétiens anglais, "non par malice, mais plutôt
par peur". Beaucoup de noirs se sont tournés ainsi vers des communautés
plus chaleureuses, plus vivantes, plus expressives, souvent considérées
comme des sectes par les grandes Eglises. Et Mgr Kalilombe de mettre en
garde: "Peut-on appeler sectes, les moyens que Dieu utilise pour faire revivre l’Eglise?". (apic/cip/mp)