Londres, 22octobre(APIC) La torture reste l’un des traits principaux de
l’état d’urgence en vigueur en Egypte depuis octobre 1981, dénonce Amnesty
international dans un communiqué paru le 23 octobre. Selon l’organisation
des militants politiques, leurs proches et parfois des adolescents sont
victimes de graves violations perpétrées par les forces de sécurité. Le
gouvernement présente ces sévices comme des exceptions à la règle, mais le
fait que le nombre de cas signalés ne cesse d’augmenter d’année en année
suffit à démontrer que cette pratique est bel et bien systématique.
Amnesty international (AI) s’est entretenu avec nombre de victimes et a
reccueilli des centaines de témoignages de personnes détenues en vertu de
l’état d’urgence, le plus souvent sans inculpation ni jugement. Parmi elles, beaucoup ont été torturées pendant des jours voire des mois. Pourtant
le gouvernement égyptien a ratifié un certain nombre d’accords internationaux importants, notamment la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Leur
inobservation et l’absence d’efforts visant à supprimer la torture font
douter de l’engagement du Gouvernement égyptien en faveur des droits de
l’homme, observe AI.
Les tribunaux égyptiens reconnaissent cependant l’existence de la torture et ont accordé des compensations financières à de très nombreuses victimes, même lorsque les tortionnaires n’avaient pas pu être identifiés ni déférés à la justice.
La plupart des victimes sont des membres ou des sympathisants présumés
de groupes islamistes ou leurs proches. De nombreuses personnes qui
n’avaient aucune affiliation politique ont toutefois été appréhendées et
torturées lors des vagues d’arrestations arbitraires qui ont suivi les
flambées de violence politique dans le pays. Parmi ces personnes figurent
des travailleurs manuels, des médecins, des enseignants, des avocats, des
journalistes et des employés de bureau.
Compte tenu du caractère systématique des arrestations arbitraires et
des détentions au secret pouvant se prolonger pendant des semaines, il est
évident que pratiquement personne n’est à l’abri de la torture, s’inquiète
AI.
La torture a été utilisée pour convaincre les victimes à avouer leur
participation à des tentatives d’assassinat visant des dirigeants ou d’anciens responsables politiques, ou à fournir aux forces de sécurité des informations sur leurs amis ou leurs proches.
Selon AI de nombreuses victimes ont été déshabillées et suspendues aux
poignets, les yeux bandés, aux portes et aux fenêtres. Certaines ont été
brûlées avec des cigarettes. D’autres ont reçu des décharges électriques,
ont été l’objet de sévices sexuels ou menacées de meurtre ou de viol sur
leur personne ou sur leurs proches.
Amnesty international n’a eu connaissance que d’un seul cas, au début
des années 80, où des membres des forces de sécurité, de la police et de
l’administration pénitentiaire ont été poursuivis pour avoir torturé des
prisonniers politiques. Plus de 40 fonctionnaires ont été jugés et acquittés en 1988. Un grand nombre de victimes ont déclaré aux représentants de
l’organisation qu’elles n’avaient pas déposé de plainte, car elles ne pensaient pas qu’une enquête serait ouverte. D’autres avaient peur de subir
des représailles. (apic/com/ap)