Amérique latine: vers un 500e anniversaire (230390)
Bogota, 23mars(APIC) "Evangélisation de la culture" et "Commémoration pénitientielle et transformatrice", tels sont les titres de deux projets antagonistes pour 1992, année qui marquera le 500e anniversaire de la colonisation de l’Amérique latine. Les deux projets ont été discutés à l’occasion
du Rassemblement mondial "Justice, Paix et Sauvegarde de la Création" qui
s’est tenu du 5 au 12 mars à Séoul. Mais d’autres projets sont avancés dans
le cadre de ce 500e anniversaire particulièrement contesté.
Les deux projets émanent l’un du Vatican et du Conseil épiscopal latinoaméricain (CELAM) qui tiendra sa 4e conférence en octobre 1992 à Saint-Domingue, l’autre de la CLAR (Confédération latino-américaine des religieux).
Déjà le document préparatoire circule. Le pape Jean Paul II et le roi d’Espagne Juan Carlos sont invités aux festivités prévues pour célébrer à Santo
Domingo le 500e anniversaire de l’évanglisation de l’Amérique latine.
Au cours de la réunion régionale, des participants latino-américains au
Rassemblement de Séoul ont fait entendre des voix critiques contre ce projet officiel: "Laissons le pape, le roi d’Espagne et le CELAM fêter l’arrivée de l’empire. Nous commémorerons en 1993 l’arrivée du premier missionnaire", ont-ils déclaré à cette occasion.
Quant aux indigènes, parmi les principaux intéressés, ils ont d’autres
projets. Celui, entre autres, de déposer une plainte contre l’Espagne auprès de la Cour internationale de la Haye pour exiger des réparations suite
à l’invasion de l’Amérique.
Le service "Paix et Justice" en Amérique latine, fondé par Adolfo Perez
Esquivel, travaille pour sa part dans la perspective de la résistance pendant cinq siècles au colonialisme, aux tensions qui continuent et à la survivance de l’esclavage. Malgré tant de destructions, une culture autochtone
subsiste. Il s’agit de la sauvegarder. Il est aussi prévu d’occuper des
terres pour symboliser qui sont les vrais propriétaires.
Une autre idée a été émise lors de la réunion latino-américaine de Séoul. Elle s’inspire de l’Ancien Testament, de la notion de jubilé (les Hébreux restituaient terres et esclaves tous les 50 ans) qui "pourrait être
appliquée aux terres à distribuer à ceux qui la cultivent, ainsi qu’à la
dette extérieure, tant il est vrai qu’après 500 ans de pillage et d’exploitation, ce n’est pas l’Amérique latine qui a des dettes vis-à-vis des pays
du Nord", ont souligné les participants. (apic/spi/pr)