Amérique Latine: une crise sans précédent (041188)
Indaiatuba (Brésil), 4novembre(APIC) Une Assemblée qui chante avec
enthousiasme des hymnes sur des rythmes brésiliens, des cultes ou la foule
des fidèles ondule en choeur, à tel point que toute la nef semble tanguer.
Une réunion charismatique? Non. C’est la prière de 600 participants à la
IIe Assemblée du Conseil des Eglises d’Amérique latine (CLAI) à Indaiatuba
(Sao Paulo) du 28 octobre au 2 novembre. Le culte public s’est terminé le
dimanche 30 octobre, avec le rassemblement de milliers de fidèles dansant
sur le terrain du Palais des sports de la ville, au son d’un orchestre tropical.
Après avoir dressé un tableau inquiétant, quoique remarquable par sa lucidité, l’évêque méthodiste Argentin Federico Pagura, tout en alternant la
joie avec la gravité, s’adressa aux 360 délégués en ces termes: "Le CLAI
doit être fidèle à l’Amérique latine, qui est frappée d’une crise sans
précédent, pire que celle de 1930. La fidélité et l’engagement des membres
du CLAI doivent prendre naissance au sein d’une spiritualité profondément
biblique, vécue dans la lutte contre les pouvoirs de la mort, qui ont nom
faim, oppression, injustice, pollution, guerre et mensonge".
Qu’est-ce que le CLAI?
Né d’un mouvement d’Eglises évangéliques ouvertes à l’oecuménisme, la
création du CLAI fut décidée en 1978, lors de l’Assemblée d’Oaxtepec (Mexique), par l’UNELAM (Mouvement pour l’unité évangélique en Amérique Latine)
créé en 1964.
L’objectif premier du CLAI, selon sa constitution, est de "promouvoir
l’unité du peuple de Dieu en Amérique latine, comme l’expression locale de
l’Eglise universelle du Christ, comme signe..."
Travaux de l’Assemblée d’Indaiatuba
Les participants ont pu célébrer le culte quotidien selon différentes
traditions confessionnelles et culturelles. Outre les études bibliques, ils
ont pu bénéficier de plusieurs témoignages notamment celui du pasteur salvadorien Carlos Sanchez expliquant "comment la violence a obligé les Eglises d’Amérique centrale à chercher la paix et la justice en luttant contre
les structures d’oppression et de mort".
Parce qu’elles s’engageaient aux côtés des pauvres et des opprimés, les
Eglises ont été persécutées, calomniées, martyrisées. Comment annoncer la
Vie parmi tant de morts? demanda le pasteur Sanchez. Une voix de femme
répondit: "Je vis tous les jours pour tuer la mort, je meurs tous les jours
pour donner naissance à la vie, et dans cette mort à la mort, je meurs mille fois, et je ressuscite autant de fois, donnant l’amour qui nourrit
l’espérance de mon peuple".
L’acceuil du cardinal Arns, archevêque de Sao Paulo, reconnu comme
représentant de "l’Eglise prophétique", par l’évêque Pagura, président
réélu du CLAI, fut ovationné par les 600 participants à l’Assemblée. L’archevêque apporta aux congressistes "le salut des 40 diocèses de l’Etat de
Sao Paulo qui viennent de l’élire à leur tête. Cette mesure est un signe de
l’attachement des catholiques de l’Etat face aux mesures du Vatican à
l’égard du cardinal. [...] Mgr Arns a expliqué devant les délégués du CLAI
que le souci premier de ses fidèles est le respect et la défense de la
dignité de la personne. L’archevêque brésilien a également dénoncé l’injustice du commerce international, qui est à la base des problèmes du
Brésil et de l’Amérique latine". Il mentionna les mérites du COE, du CLAI
et du Conseil national des Eglises chrétiennes du Brésil, et parla de ses
visites en URSS et en Chine. En URSS, il fut, non seulement, invité par
l’Eglise orthodoxe russe, mais il parla aussi devant les komosomols (jeunesses communistes soviétiques); en Chine, on lui demanda son point de vue
sur les communautés ecclésiales de base, la théologie de la libération et
sur l’Evangile. Ainsi l’occasion lui fut donnée de montrer que la religion
n’est pas l’opium du peuple.
Le nouveau visage du CLAI
Au terme de son Assemblée ou les délégués ont donné un nouveau mandat à
l’évêque argentin méthodiste Federico Pagura (62 ans), le CLAI se donna une
nouvelle direction dans le but d’une meilleure représentativité des minorités selon un mode d’élection inédit. Il décida de lancer un nouveau programme écologique et "fut déterminé à combiner, à l’avenir, son style actuel d’engagement et de célébration avec une méthodologie de réflexion et
de dialogue". Ensuite, furent élus, successivement les représentants des
cinq circonscriptions (Caraïbes et Grande Colombie, Amérique centrale, Andes, Rio de la Plata, Brésil). Trois noirs, un autochtone et quatre femmes
sur 17 membres feront désormais partie de la "junta directiva" ou Conseil
exécutif.
Le cinquième centenaire de l’Amérique
"Dans son intervention, le secrétaire général du Conseil oecuménique des
Eglises (COE), Emilio Castro, invita ses compatriotes latino-américains à
manifester leur solidarité avec la lutte des noirs contre l’apartheid et
leur volonté de réaliser une conférence de paix au Proche-Orient". Le
pasteur Castro suggéra que le 500e anniversaire de la soi-disant découverte
de l’Amérique soit non seulement pour le continent, mais aussi pour les
Asiatiques et les Africains, l’occasion de réinterpréter leur histoire; il
plaça cet anniversaire du cinqième centenaire sous le titre: "1992: Te Deum
ou Requiem?". (apic/pe)