Genève, 14octobre(APIC) Des programmes de lutte contre la culture de la
coca ont été mis sur pied ces dernières années en Bolivie, avec notamment
la collaboration du gouvernement, des syndicats de mineur et de paysan et
des syndicats agricoles de coca. Des tentatives semblables ont été menées
au Pérou. Et en Colombie, la guerre déclarées aux trafiquants de drogue a
fait chuter les prix jusqu’à ramener la culture de la coca à la limite du
seuil de rentabilité. Une affirmation que n’a pas hésité à lancer jeudi à
Genève Alain Labrousse, journaliste au "Monde diplomatique", écrivain et
responsable de l’Observatoire de géopolitique des drogues, lors d’une conférence donnée à l’invitation du groupe chrétien Carabaya, de la Fédération
genevoise de coopération, et de la Déclaration de Berne.
Lors de sa conférence, qui abordait les alternatives possibles à la production de coca en Bolivie et au Pérou, le journaliste français a relevé
qu’en dépit de la lutte contre les producteurs et les trafiquants de drogue
en Bolivie, au Pérou et en Colombie, des programmes pouvant aboutir à la
généralisation de cultures alternatives n’ont pas abouti. Dès lors se pose
la question de savoir si toute alternative partielle n’est pas d’emblée
vouée à l’échec.
L’orateur a rappelé le plan de lutte contre la culture de la coca adopté
en 1987 par le gouvernement bolivien. Un plan entré en vigueur en 1988 et
appuyé par la Centrale ouvrière bolivienne (COB), le syndicat unique des
paysans et par le syndicat des producteurs de coca. L’accord portait sur
trois zones de culture: l’une traditionnelle, l’autre illégale et la troisième dite de "transition". Une aide internationale était prévue. On avait
de plus garanti qu’aucun défoliant ne serait utilisé.
L’aide financière s’est cependant révélée insuffisante. On a fait usage
de défoliants, contrairement aux promesses. Ce qui a provoqué des conflits
entre les paysans et l’armée, conflits au cours desquels plusieurs personnes ont trouvé la mort.
Perte de confiance
L’issue dramatique de cette expérience a eu pour effet de miner la confiance qui s’était établie entre les cultivateurs de coca et le gouvernement. Par ailleurs, toujours selon Alain Labrousse, l’effondrement du prix
de vente de la coca, qui a passé de juillet 1989 à ce printemps de 140 à 5
dollars les 50 kilos, n’a pas davantage favorisé le développement de cultures alternatives. Mais, relève le journaliste, ce qui, au-delà de ces
aspects, a rendu surtout impossible la réussite de l’accord en Bolivie et
la généralisation de cultures alternatives à la coca, a été la faiblesse
des moyens financiers mis en oeuvre.
Pour l’orateur, pour qu’un plan puisse réussir, il faut que l’ensemble
de la communauté internationale (ONU, Communauté européenne, etc), mette
sur pied une sorte de plan "Marshall" afin d’offrir une alternative d’économie, pour le moins régionale, aux cultivateurs de coca. Toute autre mesure partielle, avec des moyens financiers limités, au bénéfice de l’appui
d’ONG uniquement, ne peut qu’échouer. (apic/pp/pr)