Il ne faut pas utiliser le mot "secte" à toutes les sauces
Genève, 7juin(APIC) Le théologien protestant argentin René Padilla, cofondateur de la Fraternité théologique latino-américaine (FTL), explique
pourquoi le protestantisme se répand actuellement de façon rapide en Amérique latine. Dans une interview accordée à Dafne Sabanes Plou, il déplore
aussi que la majorité des catholiques latino-américains utilisent trop vite
le terme de "secte" pour qualifier péjorativement tous les nouveaux mouvements évangéliques.
Le service oecuménique de presse et d’information (SOEPI), qui reprend
cette interview dans sa dernière édition, rappelle que la FTL a été fondée
au début des années 70 pour répondre au besoin que ressentait un vaste
groupe de jeunes pasteurs et théologiens évangéliques de rompre leurs liens
avec des conceptions théologiques et idéologiques des missions protestantes
étrangères travaillant en Amérique latine et originaires pour la plupart
des Etats-Unis. La FTL a parrainé la réunion de trois congrès continentaux
dont le dernier s’est tenu à Quito (Equateur) en aoùt 1992. Le théologien
René Padilla a été secrétaire exécutif de la FTL jusqu’au Congrès de Quito.
Il reste aujourd’hui l’un des chefs de file d’un courant évangélique qui
exerce une grande influence sur la pensée théologique protestante à travers
tout le continent latino-américain.
Ne pas séparer l’Evangile et la vie
Le représentant de la FTL explique le changement de ton, inauguré par
une partie du mouvement évangélique au Congrès de Quito: "On peut dire en
général que les 1080 délégués envoyés à Quito par les Eglises protestantes
et évangéliques de toute l’Amérique latine - allant des prédicateurs pentecôtistes aux théologiens des Eglises historiques protestantes - représentent une nouvelle génération de responsables capables d’autocritique. Ces
gens ont vu leur conscience sociale s’éveiller. Ils savent qu’à travers
tout notre continent, les évangéliques rendent témoignage et sont engagés
concrètement au service d’une vision globale. Ils ont pleinement conscience
de ce que cela signifie de s’engager au service de l’Evangile en Amérique
latine, en particulier des secteurs pauvres de la population. Ils ont manifestement le désir d’être fidèles à l’Evangile, et en même temps, d’être en
prise avec la réalité que vivent les gens. Au sein de la FTL, ajoute René
Padilla, on a mené toute une réflexion sur la nécessité de ne pas dissocier
foi privée et foi publique et de réunir ce qu’il n’aurait jamais fallu séparer: l’Evangile et la vie.
Etre prudents quand on parle de "secte"
A la question: "Quelle distinction la FTL elle-même fait-elle entre ’les
sectes’ et les nouveaux mouvements religieux?", le théologien argentin répond: "Nous devons nous montrer très prudents quand il s’agit de qualifier
les mouvements religieux. A mon sens, le terme de "secte" peut s’appliquer
par exemple à un groupe comme celui des "Davidiens" aux Etats-Unis qui dans
son fanatisme, a décidé de s’armer pour défendre sa foi par des moyens violents s’il le fallait. Malheureusement la majorité des catholiques latinoaméricains semblent croire que tous les mouvements évangéliques sont des
"sectes". Ils utilisent ce terme dans un sens péjoratif, dénigrant. Parfois, j’ai l’impression qu’on nous qualifie de sectes, nous les évangéliques, pour la simple raison que nous gagnons du terrain dans la société et
représentons ainsi une menace pour les Eglises établies dominantes".
Une certaine ambiguïté
René Padilla souligne que le rythme de conversion met en évidence un
phénomène très réel: la rapide expansion du mouvement évangélique en Amérique latine. "En même temps j’aimerais ajouter que ce phénomène présente une
certaine ambiguïté, poursuit René Padilla. D’un côté, il reflète le fait
qu’un grand nombre de gens ont des préoccupations spirituelles et cherchent
des réponses hors de l’Eglise catholique, qui traditionnellement a exercé
un monopole religieux sur ce continent. C’est au moment où ce monopole a
commencé à s’effriter que l’on s’est mis à attaquer ’les sectes’ et à les
dénigrer".
"La progression évangélique démontre également que la sécularisation qui
a eu lieu en Europe, par exemple, ne s’est pas produite en Amérique latine.
Mais d’un autre côté, la faim spirituelle est si grande que les gens sont
souvent malheureusement prêts à essayer de la satisfaire avec n’importe
quoi. On commence à voir prospérer des groupes dont la prédication est malsaine. La crise religieuse en Amérique latine traverse actuellement un moment très critique", (apic/soepi/ba)
Sabanes Plou
Nou